III. Et ne doit pas être exprimé
l"" S'il y a synonymie entre les termes d'une énumération :
Son luxe, son faste, importune tout le monde
Le noir venin, le fiel de leurs écrits.
N'excite en moi que le plus fh>id mépris. (Ck)iardeaa.)
Ml LÀ GONJOIfCnOIf. 103
2** Quand il y a gradation dans les termes ou dans les propositions :
Femmes, moines, vieillards, tout était descendu ; L'équipage suait, soufflait, était rendu. ( La Fontaine.)
Le client sort, reconduit, caressé, confus, presque contbmt ^être rtftué»
(La Bruyère.)
Un souffle, une ombre, un rien, fout lui donnait la fièvre.
(La Fontaine.)
On se battait le matin, à midi, le soir, la nuit. (Ph. Chasles.)
3* Entre deux propositions mises en opposition, et surtout quand elles commencent par|î/M«, mieux ^ moins^ autant :
Lb plus riche des hommes, c*est V économe ; le plus pauvre, c'est V avare.
(Chamfort.) Un tiens vaut, ce dit-on, mieux que doux tu Tauras; L'un est sûr, l'autre ne l'est pas. ( La Fontaine.)
4^ Et se supprime surtout entre deux propositions mises en opposition commencent par ati^an^, mieux ^ répétés ; /)/««, niotVw, répétés ou rapprochés Tun de l'autre :
Quelle fut alors sa ferveur et son %èle? Autant de mots, autant de sentiments de piété; autant de soupirs, autant de transports depénitence, (Fléchior.)
Plus je vais en avant, PLUsje trouve qu'il n'y a rien de si doux que le repos de la <onscience. ( Racine.)
Moins on mérite un bien, moins on l'ose espérer. (Molitre.)
Moins on a de passions, plus on renferme en soi d'éléments de bonheur.
(Marmontel.)
Plus on a de lumières, plis on a de devoirs à remplir. (Duclos.)
Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte. (Molière. )
Les gens qui ont peu d'affaires sont de très-grands penseurs. Moins on pense, **Lts on parle. (Montesquieu.)
5° Mais on doit exprimer et entre deux propositions commençant par un de ces adverbes, lorsqu'elles sont ajoutées Tune à Tautre et 'apposées à une troisième qui les suit ou les précède :
PLU8;e lis la Fontaine, plus je l'admire et plus je le crois inimitable.
(Mai'montel.)
Dans cette phrase, la première proposition est opposée aux deux dernières qui sont coordonnées entre elles et justement unies par la ^"ODJonction et.
On ne doit donc pas écrire :
Plus je rentre en moi, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dans ***<)» âme : Sois juste et tu seras heureux. (J.-J. Rousseau.)
Mais : Plus je rentre en moi-même et VLVSje me consulte^ VLVSje *î'«, etc., parce que l'opposition est établie ici entre les deux premières propositions et la troisième.
104 G!i\MMAlRE GÉNÉRALE ET HISTORIQUE.
Daiis la phrase suivante, au contraire, elle est établie entre h prtmière proposition et les deux propositions qui la suivent :
Plus s'élèvent cet grandes âmes, plis elles doutent d'elles-mêmes, plus elles se sentent loin du splendide exemplaire qu'elles contemplent et qu'elles ne reprodmt ont jamais. {LtâùenntAi.)
On aurait donc dû écrire : et plus elles se sentent^ etc.
Ni.
I. Ni s'emploie pour unir deux propositions principales négatives dont la seconde est elliptique :
On k'est jamais m si heureux m si malheureux qu'on s'imagine..
(La Rochefoucauld.)
Le lion n*est pas fait pour tracer les sillons,
Ni l'aigle pour voler dans les humbles vallons. (J.-B. Rousseau.)
II. On remploie encore pour unir les subordonnées dépendant d'une négative :
Il ke faut pas qu'on vous accuse m qu'on vous soupçonne.
III. On remploie enfin pour unir les parties semblables d'une proposition négative :
Le soleil m la mort ne se peuvent regarder fixement. (La Rochefoucauld.)
Quoique Dieu soit puissant, il ne peut violer ses promesses ni troupbr ^^ hommes. ( Montesquieu.)
Us NE savaient point encore se priver du nécessaire pour le superflu, ni prépébbr le faste aux choses utiles. (La Bruyère.)
IV. Ni se répète élégamment avant chacun des sujets, des attri' buts et des compléments coordonnés d'une proposition négative :
Il ?i*€st NI bon NI aimable. Il N'a ni foi m loi.
Les enfants n'ont m passé ni avenir; et, ce qui ne nous arrive guère, ilsjouis^ sent du présent. (La Bruyère.)
L'histoire, qui ne reprochée Alfred m défaut ni faiblesse^ le met au premier ran^ des héros utiles, {y oitsiire.)
Ni l'aveugle hasard, ni l'aveugle matière.
N'ont pu former mon âme, essence de lumière. (L. Racine.)
V. Ni est encore employé pour éviter la répétition de sans et de sans que :
Dans les rêves, les sensations se succèdent sans que Vâme les compare .m les réunisse. (Buffoh.)
Mais si Ton répète sans^ on emploie la conjonction et :
Sans Joie et sans murmure elle semble obéir. ( Racine.)
VI. Ni a été quelquefois employé, par nos meilleurs écrivains, après empêcher^ défendre^ employés îîffirmativement :
Bientôt ils défendront de peindre la Prudence,
De donner à Thémis ni bandeau ni balance. (Boiieau.)
Est-ce une faute? Non; car il est évident qu'une idée négative était dans Tesprit de lauteur, et qu'il a voulu dire : Ils ne permettront p.vS de donner à Tliémis un bandeau ni une balance ; remploi de ni résulte donc do la pensée même, et la construction est ici Irès-conecte, mais sylleptique.
Il en est de même des vers suivants :
Gardez-vous de donner, ainsi que dans Clélie,
L'air ni Tcsprit français à Tantiquc Italie. (Boiieau.)
Gardez-vous de donner équivaut à cette proposition négative : Ne donnez pas l'air ni l'esprit^ etc.
Ou.
I. La conjonction ou s énonce le plus ordinairement avant le second des deux termes qu'elle unit :
l'ne FROIDEUR ou une incivilité qui vient de ceux qui sont au-4essus de nous, fàoui les fait haïr; mais un salut ou un sourire nous réconcilie,
Nos maux physiques se détruisent ou nous détruisent; le temps ou la mort soîit '^os remèdes, (J.-J. Rousseau.)
Selon que vous serez puissant ou misérable^
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. (La Fontaine.)
Avec moi de ce pas venez vaincre ou mourir. ( Boiieau.)
. 11. S'il y a plus de deux termes énoncés, on peut exprimer la conjonction avant le dernier seulement :
Le roi, Tàne ou moi nous mourrons. ( La Fontaine.)
^U bien l'exprimer avant le second et chacun des temps qui suivent :
tes seuls amis solides sont ceux qu'on acquiert par des quaUiés êolides; let ^'^tres sont des convives, ou des compagnons^ ou des complices. (J.-B. Say.)
Ui Enfin on peut exprimer ou avant le premier terme et le répéter avant tous les autres :
Plus de raisons : il faut ou le perdre ou mourir f ( Racine.)
106 GRAMMAIRE GÉMÉRALB ET HUTORIQUB.
Ou tous deux nout formon» un dessin téméraire.
Ou nou9 avons tous deux mCmo droit de lui plaire. (Corneille.)
Ou lassés, ou soumis.
Ma funeste amitié pèse à tous mes amis. (Racine. }
IV. Ou ne peut lier que les termes semblables à'uneproposUiim^ affirmative; ainsi, au lieu de dire : Votre père ou votre frère m viendra pas; on dit : Votre père ni votre frère ne viendront pas.
V. Ou ne peut joindre non plus deux membres de phrase dont Tun est négatif et Tautre affirmatif; ainsi, au lieu de dire, connue Barthélémy : Des pays qui ont été point ou mal décrits, on dira : Des pays qui n'ont point été DÉCRrrs ou qui l'ont été fort mal.
Mais,
I. Mais sert à unir les propositions de même nature afffinnatives ou négatives :
Le premier de nos devoirs est d'être homme , mais le second est d'être et^oyes.
IL 11 sert aussi à unir les propositions de nature différente :
On DONNE des conseils, mais on ne donne pas la sagesse d'en profiter.
(La Rochefoucauld.)
Les convenances de la nature ne sont pas celles d'un sybarite, mais elles SONT celles du genre humain. (Bernardin de Saint-Pierre.)
III. Si la première proposition est négative et la seconde affirma'^ tive^ on peut supprimer le verbe :
Le premier de tous les biens nfESi pas dans l'autorité, mais dans la liberté.
(J.-J. Rousseau.)
Le flambeau de la critique ne dot^ pas brûler, mais éclairer. (Favart.)
IV. Si la première proposition est affirmative et la seconde néga^ tive^ il faut ou répéter le verbe, ou faire suivre la conjonction mai9 de la négation non :
On aime à deviner les autres, mais on ti'aime pas à être deviné. (Vauvenargaes.)
On TROUVE des moyens pour guérir de la folie, mais on N'en trouve pas poitr guérir un esprit de travers. (Le môme.)
On dirait bien aussi : mais non à être deviné ; mais non pour guérir y etc.
MB Lk ooiBummo». 107
Soit, soit que.
Lorsque ces conjonctions ont été exprimées une fois, on peut les répéter ou les remplacer par om, avant le second terme :
Son clémence, uon justice. — Soit Qv*il trive, soit qv^U meure.
Son démence ov justice, — Soit Qc't/ vive ou Qu't7 meure.
N'en doutez point, seigneur, soit raison, soit caprice, Rome ne Tattend point pour son impératrice. ( Racine.)
Lm forÈmme, son bonne ou mauvaise, soit passagère ou constante, ne peut rien mr Véme du sage. ( Marmontel.)
• On eût dit à m*entendre
Que dans ma noble ardeur je devais tout pourfendre ; Mais, 50}/ qu'un mal soudain plus tard vint l'amortir, SaU que le froid des ans se fît déjà sentir.
Je n'étais plus le Cid (C Delavigne.)
Sou QUE le cardinal Ma%arin fût innocent ou Qu'ï/ se fût justifié aux dépens de sou amU, il demeura au conseil, ( La Rochefoucauld.)
Mais on ne doit pas dire : SoiT clémence ou injustice,,. SoiT ^il vive ou SOIT QU'«7 meure.
Le rapprochement de ou et de soit est une négligence que cominettent quelquefois les écrivains modernes.
Cette conjonction est celle qui joue en français le rôle le plus ^nuportant, et même le plus grand nombre de rôles.
I. La fonction propre de la conjonction que est d'unir à une pro- Wtion principale la proposition subordonnée qui en est le complé- '^t nécessaire ; elle marque la dépendance de ce qui suit avec ce qui précède :
^'auteur de la nature n'a pas voulu que nous puissions bien connaître ce que "^ sommes. (Saint-Évremond.)
(^ter DiP.E OPE les vkes sous attenî«sst dans le cours ût la vle^ comme der. T^i ehei qui il faut successivement loger; je doute que l'expérience nous les f!t ^^£R, s'il nous était permis de faire deux fois le même chemin,
( La Rochefoucauld. )
Qui rit d'autrui,
Doit craindre qu*en revanche on rie aussi de lui. (Molière.)
Il faut demeurer d'accord, à l'honneur de la vertu, que les plus grands malheurs ^Ks HOMMES SONT ceux OÙ ils tombent par les crimes^ (La Rochefoucauld.)
Dans ces phrases, chaque proposition subordonnée est Texplica- ^^on, le développement nécessaire du sens incomplet, de Texpres-