DEUXIÈME SECTION
Z. Da partleîpe passé eoi^ugaé avee avoir ^ et employé
sans complément direct.
Tout participe passé conjugué avec Tauxiliaire avoir ^ et employé sans complément direct, est invariable :
La tyrannie K plus ou moins subsisté, suivant qu'elle a plus ou moins NÉGUGh: de se cacher. (Barthélémy.}
Où la moacho a passéy le moucheron dcmcuro. (La Fontaine.)
Ma langue embarrassée
Dans ma bouche vingt fois a demeuré glacée. ( Racine.)
Adorateurs stupides de l'antiquité, les philosophes ont rampé durant vingt siècles sur les traces des premiers maîtres. (Guénard.)
Ce principe est applicable au participe passé de tous les verbes intransîtifs conjugués avec avoir^ et de tous les verbes transitifs employés sans complément direct.
OsBERVATiON. — Le participe passé conjugué avec avoir j et employé sans complément direct, forme des temps composés qui, comme tous les temps simples, s'accordent avec le sujet en nonaibre et en personne.
Or, comme Tauxiliaire avoir règle déjà cet accord, le participe^ qui représente le radical du verbe employé dans la phrase, ou^ comme le disent quelques grammairiens, une forme de Tinfinitif, est nécessairement invariable.
Ainsi, dans le vers de la Fontaine, l'auxiliaire a s'accorde avec h> ^ujet moucheron^ et passé est invariable, comme représentant le radical pass.
Et dans le second vers de Racine, demeuré est l'équivalent du ra- , dical demeur^ et le verbe a, Téquivalent de la terminaison a dans demeur-«.
ï.^ exemples suivants présentent T^pplication de ce principe :
Les poiriers rompent de fruits cette année, les pêchers ont donné avec ahon^ dance» (La Bruyère.)
Nos imprudents aïeux n*on^ vaincu que pour lui. (Voltaire.)
Le christianisme, la dernière religion qui ait paru sur la terre, est aussi de beaucoup la plus parfaite, ( V. Cousin.)
Le christianisme n'est pas moins que le résuhié des deux systèmes qui ont tour à tour RÉGNÉ dans l'Orient et dans la Grèce, (Le môme.)
J*ai retenu le chant, les vers m ont échappé, ( J.-B. Rousseau.)
ZZ. Ihi partieipe paité eoijagué arte (lf^oif\ et Aoeompagné
d'un eomplémoit direct.
I. Le participe passé d'un verbe transitif conjugue avec avoir ^ et accompagné d'un complément direct, est :
1** Invariable quand le complément direct le suit :
Autre n*a mieux que toi soutenu cette guerre ;
Autre de plus de morts n'a couvert cette terre, ( Corneille. )
Les Arcadiens et les Lydiens ont négligé les sciences et cultivé les arts.
( Barthélémy.)
Cest le christianisme qui, après avoir conservé le dépôt des sciences, des arts, des lettres, leur a donné une impulsion puissante, ( V. Cousin.)
2° Variable si le complément direct le précède :
Les meilleures harangues sont celles que le cœur a dictées. (Marmontel.)
J'entrevois en vous des sentiments dangereux, et je ne sais trop qui vous les a inspirés. (Voltaire.)
Le courage se remarque dans les animaux qui sentent leurs forces , c'est-à-dire qui les ont éprouvées, mesurées et trouvées supérieures à celles des autres,
(Buffon.) Quelle guerre intestine avons-nous allumée? (Corneille.)
Quels obstacles a jamais trouvés là^essus la volonté de ceux qui tiennent en leurs mains la fortune publique? (Massillon.)
Comme on le voit, le participe prend le genre et le nombre que le pronom complément direct emprunte lui-même du nooi qu'il représente, et cet accord a lieu avec le pronom même lorsque le terme qu'il représente est placé après lui, comme dans le premier de ces vers :
Oui, je /'ai vue aussi cette cour peu sincère,
A ses maîtres toujours trop soigneuse de plaire ;
Des crimes de Néron approuvant les horreurs.
Je Vai vue à genoux consacrer ses fureurs. ( Racine.)
II. Les compléments directs qui précèdent les participes sont rarement représentés par un substantif; on n'en trouve d'exemples fjue dans les poètes antérieurs au dix-huitième siècle :
Ainsi les justes dieux ont mes vaux exaucés.
Puisque Horace est vainqueur, et vous a repoussés. ( Duryer.)
Il est de tout son sang comptable à la patrie ;
Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie, ( Corneille.)
Voltaire fait, h l'occasion de ces vers, cette remarque assez singulière : « La sévérité de la grammaire, dit-il, ne permet pas ce /fe- » trie : il faut, à la rigueur, a flétri sa gloire; mais a sa gloire fléw trie est plus beau, plus poétique, plus éloigné du langage ordi- » naire, sans causer d'obscurité. »
DU PARTICIPE. Il
Ce que la grammaire ne permet pas , c'est T invariabilité dans (»ette construction ; car toutes les fois que le complément direct est énoncé le premier, le participe en prend le genre et le nombre.
Racine a donc eu raison d'écrire :
La valeur d'Alexandre a la terre conquise.
Et Molière :
Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées De la confusion do telles assemblées.
Et la Fontaine :
U avait dans sa terre une somme enfouie.
Ce que Voltaire a voulu dire, sans doute, c'est que Tusage n'admet plus cette construction, que quelques poëtes modernes ont à tort essayé de rajeunir.
Observation. — Dans certains cas, le verbe avoir et le participe passé qui le suit peuvent être tout à fait indépendants Tun de l'autre; avoir alors n'est pas auxiliaire^ mais verbe transitifs et le participe est un qualificatif qui modifie le complément direct au-> quel il se rapporte :
Ainsi, dans la phrase suivante, on écrira nécessairement le participe passé invariable^ si l'on considère le verbe avoir comme auxiliaire :
Non» AVONS RÉUNI et classé par ordre chronologique deux cents lettres inédites de Vdttnrt,
C'est l'action de réunir et celle de classer qu'on a ici en vue, et on les exprime par le passé indéfini de chaque verbe.
Mais si le verbe avoir est pris comme verbe transitif et qu'il exprime là possession, alors les participes passés deviennent deux qualificatifs modifiant le complément direct lettres^ et s'accordant avec lia : on devra donc alors écrire :
Nous avons, réunies et classées par ordre chronologique, deux cents lettres inédites de Voltaire,
L'exemple suivant, que nous empruntons à la préface d'une trèsremarquable étude littéraire et philologique publiée par M. Romain Comut, démontre avec la plus complète évidence que le verbe avoir et le participe passé peuvent, dans certains cas, être placés fun à côté de l'autre sans former cependant une même expression verbale :
Ce modeste travail de correcteur serait Je n'en doute pas, un des monttmentsde la gloire de Bossuet lui-même, si nous avions écrites par lui toutes les pensées qui lui vinrent à l*esprit et qui déterminèrent son goût,
{ Les Confessions de M"« de la Vallière.)