‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 61 sur 153 · BIEN NÉS · texte numérisé non relu

BIEN NÉS

(1) Inversio, latin; formé de inierclei', invei^utîi, ictourncr, renverser en sens contraire.

Dans les affaires d'éclat, où Ton est soutenu par lo désir de la gloire, par les espérances de la fortune, par le bruit des acclamations et des louanges, souvent on se contraint et Ton se déguise; mais dans une vie particulière ou retirée, où rftme, sans intérêt et sans précaution, s'abandonne à ses mouvements naturels, on se découvre tout entier.

Ordre analytique. — On se contraint et l'on se déguise souvent DANS les affaires d'éclat (où Von est soutenu par le désir de la gloire, par les espérances de la fortune, par le bruit des acclamations et des louanges) ; mais on se découvre tout entier dans une VIE particlxière ou retirée (où l'âme slahandonne à ses mouvements naturels, sans intérêt et sans précaution).

11 sera facile de ramener, dans les exemples suivants, Tinversion à la construction grammaticale :

ALOIS SBOLEMENT, ET NI PLUS TÔT, NI PLUS TARD, CE qut ItS phUoSOpfieS U'ont OSé

tenter, ce que les prophètes, ni le peuple juif, lorsqu'il a été le plus protégé et le plus fidèle, n*ont pu faire, douze rÊcHEcns envoyés par Jésds-Ghrist et témoins

DE SA RÉSURRECTION, l'oNT ACCOMPLI. (BOSSUet.)

Un esprit amoureux, absent de ce qu'il aime,

Par sa mauvaise humeur fait trop voir ce qu'il est ;

Toujours mornej rêveur, triste, tout lui déplaît. (Corneille.)

Celui qui n*a égard en écrivant qu'au goût de son siècle, songe plus à sa personne qu'à ses écrits : il faut toujours tendre à la perfection ; et alors, cette justice qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains, la postérité sait nous la rendre. (La Bruyère.)

Ce prince dont mon cœur se faisait autrefois

Avec tant de plaisir redire les exploits ,

A qui même en secret je m'étais destinée.

Avant qu'on eût conclu ce fatal liyménée,

Je n'ai donc traversé tant de mers, tant d* États,

Que pour venir si loin préparer son trépas,

L'assassiner, le perdre? (Racine.)

Quelle discipline peut établir dans le camp, celui qui ne peut régler ni son esprit ni sa conduite? Et comment saura calmer ou émouvoir, selon ses desseins, *^ns une armée, tant de passions différentes, celui qui ne sera pas maître des tiennes? {Yléchier.)

Ah ! tel est de la mort l'inévitable empire :

Vertueux ou méchant, il faut que l'/iomme expire. (Legouvé.)

« Cette figure, dit Dumarsais, était, pour ainsi dire, naturelle au ** latin. Comme il n'y avait que les terminaisons qui, dans Tusage * ordinaire, fussent les signes de la relation que les mots avaient ** entre eux, les Latins n'avaient égard qu'à ces terminaisons, et ils /* plaçaient les mots selon qu'ils se présentaient à l'imagination, ou ** selon que cet arrangement leur paraissait produire une cadence et *• une harmonie plus agréables ; mais parce qu'en français les noms ^ ne changent point de terminaison, nous sommes obligés commu- ** nément de suivre l'ordre de la relation que les mots ont entre eux.

» Ainsi nous ne saurions faire usage des inversions que lorsqu'il » est aisé (le les ramener à Tordre de la construction grcimmaticale. »

Au dix-septième siècle, et dans les nuMlhmrs écrivains, on rencontre beaucoup de constructions qui sont de véritables latinisnies.

En voici des exemples :

Quelqu'un a-t-il à voir dessus mes actions, />on/ j'aie à prendre Tordre on mes affections? Veuve et qui ne dois plus de respect à personne, ^le puis-je disposer de ce que je te donne? (Corneille. )

Que George vivo ici, puisque George y sait vivre,

^;{*un million comptant, par ses fourbes acquis.

De clerc, jadis laquais, a fait comte et marquis ;

Que Jacquin vive ici, dont l'adresse funeste

A plus causé de maux que la guerre et la peste. (Boileau.)

Alors la syntaxe n'était pas encore établie, et Ton se permettait des constructions qui ne seraient plus admises aujourd'hui ; ainsi la pi ase suivante, claire du temps de l'auteur, est pour nous otocure et mal construite :

// est malaisé de décider si le conseil de rendre les prisonniers a été salutdre car, d'une part, qui considérera l'irrévérence des peuples, pour ne pas dire leur emportement, tel qu'il y avait d craindre un attentat contre la majesté royaUfil semblera que la prudence ne pouvait conseiller un autre parti que celui de Is douceur, puisque la force manquait pour les réduire.,, (La Rochefoucaald.)

L'inversion est vicieuse quand il résulte une équivoque de Téloignement des termes qui sont en rapport de sens :

Les fleuves, les lacs, les ruisseaux de la Laponie sont si pleins de poissons, çu'io* homme peut, en une demi-heure de temps, en prendre autant quHl enpeutportff AVEC UNE SEDLE LIGNE. (Rognard.)

La clarté exige en prendre avec imE seule ligne autant qu'il «* peut porter.

Les fanatiques, les esprits étroits et durs, le peuple du partie s'applaudissatiS^ de ces mesures.,. Cromwell seul s'en inquiétait en y consentant, non par alcC^ SCRUPULE, ni qu'il hésitât à tout faire pour réussir, ( Guizot.)

Cette phrase ne peut prêter à l'équivoque, cependant la construc?*' tion serait plus nette si l'auteur eût écrit : Cromwell seul, en y con^ sentant, s*en inquiétait, non par aucun scrupule, etc.

Le gladiateur s'avançait lentement dans l'arène, laissant tomber ses bras anHic une sorte d'abattement, en creusant la terre qu'il allait bientôt ensanglanter,» BOUT DE SA lance. (A. Guiraud.)

Ici il y a équivoque : du bout de sa lance est le complément de en creusant et non de ensanglanter^ après lequel il est placé; il fallait donc écrire : en creusant du bout de sa lance la terre qu'il allait bientôt ensanglanter.

n. Be rellîpM.

I. V ellipse (1) est une figure qui consiste dans la suppression d'un ou de plusieurs mots nécessaires à la construction pleine de la phrase.

Sans rien ôter à la clarté de la pensée, Tellipsc rend le discours plus rapide, plus concis et plus énergique.

L'elÛpse est une figure tellement naturelle qu'elle se produit dans les éléments les plus simples de construction : ainsi toute proportion qui a un sujet ou un attribut composé est essentiellement ëKptique dans sa foitne, et renferme implicitement autant de pro* foÂions qu'elle contient de sujets et d'attributs simples.

U strophe suivante, dont la construction parait pleine et qui -Rflfarme douze sujets partiels en rapport avec un seul verbe, est par flibrme tout à fait elliptique :

Tes riches magasins, tes temples, tes portiques. Tes vastes arsenaux, tes palais magnifiques.

Tes prêtres, tes soldats, les docteurs de ta loi. Tes trésors, tes projets, et tes grandeurs si vaines.

Et tes femmes hautaines, Dans les profondes mers tomberont avec toi. ( Lefranc de Pompignan.)

Ainsi la construction pleine donnerait douze propositions ; Tes riches magasins tomberont avec toi dans les profondes mers ; Tes temples tomberont^ etc. ; Tes portiques^ etc.;

Et ainsi de suite jusqu'au dernier des douze sujets. On voit par là que Y ellipse est une construction qui doit se prc- ^«iter très-fréquemment dans toutes les langues. Les termes qu'on ellipse le plus souvent sont : •" Le s:ujet :

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte. (Racine.)

Il vous imite en tout. Vous, d'une ardeur ej^trôme,

Buveik, joue%, aime%; je bois, je joue et j'aime. (Regnard.)

Heureux qui dans ses vers sait, d'une voix légère,

Passer du grave au doux, du plaisant au sévère. (Boileau.)

Ellipse. — Celui-là est heureux qui sait passer du plaisant au sévère.

S'' Le verbe^ quand il a été déjà exprimé et qu'on ne veut pa> ^longer la phrase en le répétant plusieurs fois :

l'iinposture est le masque de la vérité; la fausseté, une imposture naturelle;

0) EX).e(\{;{^, grec ; manquement, omission.

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