‹ Grammaire générale et historique de la langue françaiseChapitre 63 sur 153 · IV. L'ellipse est essentiellement vicieuse · texte numérisé non relu

IV. L'ellipse est essentiellement vicieuse

1^ Quand on supprime le verbe en passant du sempositifHU sens «^•tt/*, sans qu'une conjonction, servant à marquer l'opposition entre ce qui précède et ce qui suit, soit exprimée; ainsi, dans co vers:

L^amour n*est qu*un plaisir, et l'honneur un devoir; l'ellipse est irrégulière ; Corneille devait dire :

L*amour n'est qu'xxn plaisir, Thonneur est un devoir.

La même obsei^vation est applicable à l'exemple qui suit :

^^ n'ai jamais été tenté de faire un couplet de chanson contre qui que ce soit. '^^Afieti ma vie bien des sottises, et jamais de méchancetés. (Montesquieu.)

^\% jamais eût été plus exact.

I^'ellipse, au contraire, est régulière dans cette phrase :

^ flambeau de la critique ne doit pas brûler, mais éclairer, (Favart.)

P®^ que la conjonction mais annonce nettement que le second Membre de la phrase est employé affirmativement.

^^ Quand on sous-entend dans une proposition un verbe qui ne ^^t pas employé, si on l'énonçait, au temps où il figure dans la Proposition pleine qui précède :

J'eusse été près du Gange esclave des faux dieux.

Chrétienne dans Paris, musulmane en ces lieux, (Voltaire.)

La première proposition elliptique, chrétienne dans Paris^ présente une ellipse régulière, car le temps du verbe sous-entendu est ^lui qui est exprimé précédemment : J'eusse été près du Gange ^lave des faux dieux.

Mais la seconde proposition elliptique est vicieuse; car Zaïre no

veut pas dire : J'eusse été musulmane en ces lieux; mais Je sntÎMisulmane en ces lieux ^ ce qui est tout différent.

Le môme vice de constniction se remarque dans les vers suivants :

La vaine opinion règne sur tous les âges :

Son temple est dans les airs porté sur les nuages...

Elle fuit et revient ; elle place un mortel

Hier sur un bûcher, demain sur un autel. (Rulhièrc.)

C'est-à-dire, Elle le plaçait hier sur un bûcher; elle le PLAGBiA demain sur un autel,

M. Francis Wey condamne avec raison les ellipses suivantes:

// était juste de dire que nulle part la langue n'était mieux parlée, e/ son esprit représenté avec plus d'éclat, (Préface du Dictionnaire de rAcadémie.)

« Ici, dit-il, l'on sous-entend à la fois que relatif, un adverbe, uD » pronom, un substantif et un verbe. Le lecteur est obligé de choisir «parmi les termes sous-entendus, et d'en retrancher Tadverb^ » mieux ^ que le sens rejette. Puis il faut que, distribuant les mùts » sous-entendus, il les intercale à deux endroits différents, dans Jf- » proposition elliptique, afin d'obtenir une période régulière que » voici :

M 11 éià\i']usie Ae dire qm nulle part\a\angaen'étaitïmewipdT\ée, » et QUE NULLE PART SOU esprit n'était représenté avec plus d'éclat. »

« Quand, ajoute le même écrivain, une phrase, dans le premier » membre, contient la négation ne, et que cette négation doit être )) corroborée de pas dans le second membre, il n'est pas permis de la » supprimer. On lit dans M. V. Cousin :

Quiconque ne croit pas à la véracité de ses facultés, n'a le droit de croire à quoi que ce soit, et à la véracité de Dieu plus qu'à toute autre chose.

» La négation doit être répétée et doublée dumot;?a5, à la seconde » proposition : et n'a pas le droit de croire à la véracité, etc. »

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