II. Syllepse de nombre
\ Cette syllepse consiste à mettre en rapport un singulier avec un pluriel, ou un pluriel avec un singulier :
Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge,
Vous souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin,
Gomme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin. (Racine.)
Dans les exemples suivants, qu'il est facile de ramener, comme» ^lui que nous venons de citer, à la construction grammaticale, la *yDepse ne nuit en rien à la clarté de la pensée :
La plupart, emportés d'une fougue insensée.
Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée. (Boileau.)
L'accord du participe emportés et du verbe vont se fait avec le ^i poètes^ complément sous-entendu de la plupart.
Des biens que m*a ravi^la colère céleste.
Ha gloire, mon honneur, est le seul qui me reste. (Voltaire.)
C'est-à-dire, est le seul bien.
134 GRAMM.ilRE GÉNÉRiLB ET HISTORIQUE.
Quand diacun connaîtrait son tatent et voudrait le suivre, coMMn k laM* RâiBirr? Combien surmonteraient (fm^t/s/f s obstacles? Combibn xAincuàJfm^*' digne» concurrents?
Les trois \cvhes pmirraioit^ surmonteraient^ vaincraient^ scmtau pluriel, parce qu'ils s'accordent sylleptiquement avec /sommes soQ»en tendu et complément de l'adverbe combien.
Les dieux dam leur séjour reçurent ces grands hommes ;
Le reste, confondus dans la foule où nous sommes.
Jouissaient des traraux do leurs sages aieux. (J.-B. Roussean.)
Le participe confondus est au masculin pluriel, et le verbejfwrffsaient au pluriel, parce que l'accoM a lieu avec le complémeolda collectif /e reste (des hommes) sous-entendu.
Au bruit de son trépas, Paris se livre en proie
Aux transports odieux de sa coupable joie ;
De cent cris de victoire ils remplissent les airs. (Voltaire.}
Ils pour les Parisiens^ que le collectif Paris représente et (f^ était dans la pensée de Fauteur.
11 en est de même des citations qui suivent :
Pendant celte émeute, le parlement DÉLiBÉRArr sur la détention de LBOUf frères, avec d'autant plus de courage qu*il voyait le peuple se soulever en sa fa
( La Rochefoucauld.)
Belle mer d'Ionie, protège nos tendres enfants ; et si tu nous engloutis dam t^ ondes, ne porte pas nos cadavres vers les rives où commande l'Anglais ; ils le$f^ draient à nos tyrans. (De Poucqueville.)
XF. Ihi pléoBMme.
Le pléonasme (l) est une surabondance de termes inutiles au «ens et à renonciation de la pensée.
Il y a pléonasme, 1° quand il y a répétition ou du svjet^ ou d'tm des complém£nts ;
2® quand on joint à un verbe, pour ajouter au sens que par lui même il exprime cependant d'une manière nette et précise, un complément qui ne sert qu'à donner plus de force et de relief à l'expfefrsion.
Le pléonasme ne peut être admis que s'il ajoute à Texpression simple plus de netteté ou d'énergie :
Je Tai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu.
Ce qu'on appelle vu (Molière.)
Les éclairs sont moins prompts ; je Pal vu de mes yeux. Je Tai vu qui frappait ce monstre audacieux. (Voltaire.)
(1) nXcovaapoç, gr.; formé de irXtov, davantage.
DE LA CSœfSTRUCnON. 135
lyMiiB vornB SOMMEIL, riche% de la terre. (Bossuct.)
Eh! que m'a fait, à moi, cette Troio 6ù je cours? ( Racine.)
Voici des exemples des pléonasmes les plus fréquents; nous les indiquerons en mettant les mots qui font pléonasme en petites capitales, et ceux dont ils sont le développement en italique.
n est difficile de rapprocher les uns des autres ceux que Tintérfit di?ise. I Yoas n'unire% jamais ensemble le Danube et la Loire. Les oiseaux sont nés pour voler dans l'air.
Beaucoup de gens ne croient que ce qu'ils voient de leurs teux. Cet homme, il est Traimcnt fou ; il nie ce qu'il a entendu de ses oreilles. Eh! que m'a fait, À moi, cette Troie où je cours? (Racine.)
le pléonasme est condamné par le goût, quand il ajoute à la îbse un ou plusieurs termes qui en rendent la marche traînante et ^ai affaiblissent la pensée qu'ils reproduisent :
n en coûta la vie et la tête à Pompée. (Corneille.)
Trois sceptres à son trône attaches par mon bras. Parleront au lieu d'elle et ne se tairont pas. ( Le môme.)
Cependant leur sçavoîr ne s'étend seulement
Qu'k regratter un mot douteux au jugement. (Régnier.)
H N'y a que le seul Racine qui soutienne constamment V épreuve de la lecture.
(Voltaire.)
Ckhon avait étendu les bornes et les limites de l'éloquence. (Voiture.)
Jl te vit FORCÉ malgré lui à renoncer à son entreprise.
(Grammaire des grammaires.)
Mes emplois sont bien lourds, — Je le sais. — Bien pesants.
(Voltaire.)
hmà les pléonasmes vicieux, voici quelques-uns de ceux qui se "^produisent le plus souvent :
l^icendre en bas. — Monter en haut. — S'entr'aider mutuellement. — Combler ^ ïiLLE éloges, — Ils pourront peut-être réussir. — Se peut-il qu'il puisse tenter ^poreiUe entreprise? — Immortaliser À jamais, -r 5e borner uniquement à...
nwïïu M MOTS, on hétaplashes.
On désigne sous le nom général de métaplasmes (l) tous les chan- [ ï^nœnts intérieurs que peuvent éprouver les mots, par le retran- ^ment ou l'addition d'une lettre ou d'une syllabe.
On donne aux différents métaplasmes les noms Ae prostlièsej de I ^^agoge^ d'aphérèse^ d'apocope^ de métathèse^ d'attraction^ de con- ' ^<^tion et de diérèse.
(^} Mcra, qui indique le changement, et trXaeraoj, je forme. '
Za VrOttlMMa
La prosihèse (l) consistedans Taddition d'une lettre au commencement d'un mot. Les Latins ont dit, par prosthèse, gnatus pour natiis; et c'est au moyen de cette figure que nous avons fonné de romtnculus^ grenouille; de wnbilicus^ nombril.
C'est encore par prosthèse que se sont formes : espace de spatiwn , esprit de spiritus; estomac de stoniachus ; étude , étudier (anciennement estude^ estudier)^ de studium^ studere^ etc.
On doit regarder comme une véritable prosthèse toute particule placée à la tête d'un mot, et qui ajoute au sens de ce mot une id» accessoire : iimener, coTwprendre, e/cdire, wa/traiter, 7;iecontenter» reprendre, etc.
ZZ. Paragoge.
La paragoge (2) est l'addition d'une lettre ou d'une syllabe à la . tin d'un mot; c'est par paragoge que les latins disaient eyowe/pour jj ego^ hicce pour hic^ que nos poètes ont employé avecque pour avec, -^ et qu'on écrit encore guères pour guère ^jusques pour jusque^ cerkf pour certe.
Notre pluriel, le féminin de nos adjectifs, et les adverbes terminés en ment^ sont formés par paragoge; il en est de même desnoflî* abstraits beauté^ bontés chasteté ^ pureté^ foimés des ajectifs beau, bon, chaste^ pur.
Quelques poètes ont ajouté, par une sorte de paragoge, une f^ à la fin de certains mots, contrairement à Tétymologie ou à la syntaxe:
Le long d'un clair ruisseau buvait une colombe.
Quand sur Teau se penchant une fourmis y tombe;
Et dans cet océan on eût vu la fourmis
S'efforcer, mais en vain, de regagner la rive. (La Fontaine.)
— Vous savez à quel mot nous nous reconnaissons ?
— Oui. — Maintenant vas donc, vas /... On frappe !... Attendons.
(E. Legouvé.)
ZZZ. Aphérèse.
V aphérèse (3) est le retranchement d'une lettre ou d'une syHs*^! au commencement d'un mot; ainsi /ors pour alors^ /as pour W se sont formés par aphérèse:
Oh ! combien lors aura de veuves
La gent qui porte le turban. ( Malherbe.)
(1) ITfôç, devant; TeGrjiui:, placer.
(2) Ilocpdc, au delà; ayco, je conduis.
3) Atco, de, et alp cTv, enlever.
DE LA CONiSTRUCTION. 137
Vous ariez lors la panse un peu moins pleine. (La Fontaine.)
Ils se yerront au temple en hommes généreux ;
Mais las ! ils se verront et c*est beaucoup pour eux. (Corneille.)
On écrivait autrefois /cy, «ci, après un nom et un pronom :
Et quoi, Je m*iray plaindre apriis ces (jens icy? . Mon, Texemplo du temps n'augmente mou soucy. ( Régnier.)
Aujourd'hui on écrit ci par aphérèse : Cet homme-ci'^ celui-ci. On disait famihèrement par aphérèse ardes pour regardez :
Ardei le beau museau,
Pour nous donner envie encore de sa peau. ( Molière.)
C'est encore par aphérèse que du latin arrogans^ fier, nous avons formé rogue; d'avunculus^ oncle ^ et de gibbosus^ bossu.
ZV. Apocope.
\J apocope (1 ) est le retranchement d'une lettre ou d'une syllabe à lafin d'un mot; c'est par apocope que les Latins disaient di pour <^tt\ que nos poètes écrivent en vers encor pour encore; je di^ je croi^ pour je dis^ je crois; pié pour pied (2), etc., et que nous écrivons Pdnd'mère^ grand' cliambre^ grand' messe ^ etc., four grande mère ^ 9^(inde cliambrCy grande messe.
Une foule de nos mots, tels que bon^ vil^ bel^ ont été formés, par apocope, des mots latins bonus^ vilis^ bellus. De nudus nous avons formé nud^ puis nu (3).
C'est aussi à l'apocope que nous devons les noms propres Aris- ^^'e, Longin^ Paris^ Franc^ formés do Aristoteles^ Longinus^ Pa- ^*îï, Francus,