DEUXIEME OBSERVATION
Se la place du sigd»
Voltaire, dans ses Commentaires sur Corneille, fait une remarque assez curieuse à Toccasion de ces deux vers de Cinna :
Là, par un long récit de toutes les misères
Que^ durant notre enfance, ont enduré nos pères.
« Ont enduré^ dit-il, paraît une faute iiux grammairiens; ils vou- » draient, les misères qu'ont endurées nos pères. Je ne suis point du » tout de leur avis. Il serait ridicule de dire : les misères qu'ont » souffertes nos pères^ quoiqu'il faille dire : les misères que nos » pères ont souffertes. S'il n'est pas permis à un poète de se servir » en ce cas du participe absolu, il faut renoncer à faire des vers, n
Si Ton acceptait cette doctrine grammaticale émise par Voltaire, le participe d'un verbe transitif se trouverait alors sous la double dépendance du complément et du sujet; il y aurait accord quand le complément et le sujet précéderaient tous deux le participe, tandis que, précédé du complément et suivi du sujet, le participe resterait invariable.
Cette opinion ne mérite pas d'être combattue. Ici, et dans tous les cas analogues, le sujet ne peut exercer aucune influence sur le participe, qui n'est en rapport grammatical qu'avec le complément direct.
Laissons à Voltaire poëte le soin de réfuter Voltaire grammairien :
Va, cours, înformc-toî des funestes effets
Et des crimes nouveaux gu 'ont produits nos forfaits.
Votre âme impatiente était trop alarmée Des bruits qu& répandus l'aveugle renommée*
Allons, je trouverai dans l'empire infernal
Les monceaux de Romains gu a frappés Annibal.
Le dernier vers prouve que c'est bien là l'orUiographe de Vol-
taire; car si Ton écrivait frappé invariable, comme enduré Ag Corneille, il n'y aurait plus de vers.
Quand on trouve, dans Voltaire, l'emploi du participe qu'il appelle absolu^ c'est toujours une négligence et un moyen de rimer plus facilement. Une pareille licence serait aujourd'hui une impardonnable faute.
On écrit donc, sans tenir compte de la place du sujet :
La froideur Qc'avaten/ téuoign£b les tribuns déconcertait ses vues, (Vertot.)
n ne peut rien offrir, aux yeux de l'univers,
Que de vieux parchemins qu'ont épargnés les vers. (Boileau.)
n est des bords Cameux que l*on nomme Hespérie, (^'autrefois ont peuplés des enfants d'OEnotrie. (Delille.)
J'attends encor de toi ces secours généreux
Que jamais sans succès n'ont implorés mes vœux. ( Le Brun.)