HARMONIE
L'harmonie (épuovte, suite, enchaînement, liaison, accord; racine &pw, je concerte; j’ajuste, j’accorde) de la diction comprend le choix et le mélange des sons, leurs intonations, leur durée, le discernement et l'emploi du nombre, la texture des périodes, leur-coupe, leur enchafnement, enfin toute l’économie du discours relativement à l'oreille et l’art de disposer les mots soit dans la prose soit dans les vers, de la manière la plus convenable au caractère des idées, des images, des sentimens que l’on veut exprimer; elle se compose donc de la mélodie, du nombre, du rhythme, de la cadence, de la coupe des vers.
La mélodie, mot tiré du grec uéhos, harmonie, et wôn, chant, consiste à imiter les sons par des sons, la vitesse par la vitesse, et la lenteur par la lenteur avec des nombres analogues. C’est limitation du bruit ou du mouvement des objets par des nombres correspondans. Ce sont les onomatopées, les termes imitatifs et les tours imitatifs.
On sait que l’onomatopée , expression formée du grec
&voux, nom, et rouu, je forme, est une figure de rhétorique par laquelle on imite, en effet, le son, le bruit naturel de Ja chose que le mot représente. Voyez la consonnance physique ; et en passant citons pour exemples les deux passages suivans. La première citation peint à merveille Les efforts des Cyclopes au travail dans les forges de Vulcain.
OI inter se se magnä vi brachia tollunt In numerum versantque tenaci forcipe ferrum.
(Vincize, Géorg. Liv. iv.)
Passage que l’abbé Delille a ainsi rendu :
Etleurs bras vigoureux lèvent de lourds marteaux, Qui tomhent en cadence et domptent les métaux.
La seconde citation est tirée du Lutrin de Boileau :
….. La mollesse oppressée,
Dans sa bouche, à ce mot, sent sa langue glacée;
Et lasse de parler, succombant sous l'effort,
Soupire, étend les bras, ferme l’œil et s’end ort.(Ch, 11.)
Le nombre, ainsi nommé, dit Lebatteux, parce qu'il ne saurait être que plusieurs, est le mouvement qui résulte d’une succession de syllabes réunies dans un petit espace de temps distinct et limité. Ce petit espace est divisé à l'oreille en parties aliquotes ou unités de tems, et selon que chaque syllabe occupe une ou deux de ces parties de leur tems commun, elle est brève ou longue. L’espace de temps qu’elles occupent, est ce qu'on appelle mesure ; l’articulation de la mesure est ce qu’on appelle cadence: l'égalité ou l'inégalité des syllabes réunies, et si elles sont inégales, leurs diverses combinaisons, forment la diversité des nombres. Il y a nombre poétique, nombre oratoire ; le nombre poétique exige plus d’art.
Le rhythme, mot tiré du grec fus, qui signifie nombre, cadence, proportion, mesure, est un espace terminé sælon certaines lois. Le mètre ou mesure est aussi un espace terminé, mais dont chaque partie est remplie selon certaines lois.
Deux langues, le grec ct le latin, forment le rhythme appelé spondée; de quelque façon qu’on le tourne, il y a toujours deux temps : virgo, xovpn. Le mot spondée vient du grec omavèn, libation, sacrifice ; il était employé pendant les sacrifices, à cause de sa mesure grave et convenable à Je dignité imposante d’un culte majestueux.
Le mètre peut varier Pespace qui le circonscrit, en le äivisant en parties plus ou moins longues, en mettant
deux brèves à la place de la dernière, d'où résulte le dactyle, mot tiré da grec Saxrio, doigt, membre qui est composé ainsi que le dactyle d’une partie longue et de deux brèves. Si le mètre a deux brèves suivies d’une longue, c’est un anapeste, ou dactyle renversé, expression dérivée d’avaxaw, frapper à contre-sens ; s’il y a seulement deux brèves, c’est un pyrrique; trois brèves, un tribrache; une brève et une longue, un iambe; une longue et une brève, un trochée ou chorée; enfin, s’il y a une longue, deux brèves et june longne, c’est un choriambe, composé du chorée et de l’iambe.
Chaque langue a sa méthode de décomposer et d’articuler le nombre prosodique. La langue française, au lieu du mètre dans le nombre poétique, compte les syllabes, Jes termine par la rime, les divise par la césure en hémistiches ou moitié de vers, fait succéder ou croise les rimes et combine ses vers, poèmes, stances, strophes ou couplets. Voici le résumé de la diction poétique française.
La diction poétique de la langue française est formée tant du mécanisme du vers que du choix de l'expression.
Le mécanisme du vers doit être considéré dans sa composition et dans sa construction. Dans sa composition il comprend la mesure du nombre et des syllabes, d’où naissent différentes espèces de vers tels que 1° grands vers, . d'abord de douze syllabes, dits alexandrins ou héroïques,
ensuite de dix syllabes ou endécasyllabes, ou comiques ou badins; 2° petits vers, c’est à dire de huit syllabes, de sept, de six, de cinq, de quatre, de trois, de deux et d’une syllabe. Après la mesure viennent fa césure ou repos au milieu du vers, d'où l’hémistiche : et la rime, qui est exacte ou riche. Dans sa constraction il y a d’abord, la disposition des rimes, la rime plate ou uniforme, et la rime croisée avec ses divers mélanges ; ensuite la combinaison des vers, d’où stances de nombre pair ou impair, et vers réguliers ou libres avec rimes croisées.
Quant au choix de l'expression, il porte sur trois points essentiels, 1° choix des mots harmonieux, pittoresques,
al
des termes figurés; 2e choix de tours ou développemens de la pensée ; 3° choix des images et des idées.
La diction considérée dans la coupe où liaison des phrases est coupée ou périodique. La diction coupée est celle dont toutes les parties sont indépendantes et sans liaison réciproque. La diction périodique cest celle où les phrases sont liées les unes aux antres soit par le sens même soit par des conjonctions. Le style périodique a deux avantages sur le style coupé [: le premier, c'est qu'il est plus harmonieux; le second, qu’iltient l'esprit en suspens. Le style coupé a plus de vivacité et plus d'éclat. On les emploie lour à tour suivant que la matière l'exige,
La rudesse et la dureté, dont nous avons déjà parlé, sont des excès de la diction nerveuse ; ils proviennent des mots inusités, des constructions irrégulières, des inversions forcées, et du trop de négligence pour la douceur des sons on pour leur harmonie.
Le style est dur, raboteux, lorsque les pensées ne naissent point les unes des autres, qu’elles se choquent ou s’écartent par la suppression des idées intermédiaires ; que les métaphores sont dures et fréquentes, que les membres des périodes sont jetés plutôt que placés; enfin quand les membres sont rompus trop souvent, et que l'oreille est blessée par le défaut d'harmonie.