‹ Grammaire générale; ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de l'art de parler, considéré dans l'esprit et dans le discours, au moyen des usages comparés des langues hèbraïque, grecque, latine, allemande, anglaise, italienne, espagnole, française et autresChapitre 123 sur 140 · Figures d'harmonie · texte numérisé non relu

Figures d'harmonie

Les figures d'harmonie sont principalement destinées à rendre remarquables une pensée, une maxime, une relation parliculière, en fixant d'une manière marquée l’attention de l'oreille. Telles sont l’imitation par les sons, et la consonnance.

L'imitation par les sons ou l'harmonie imitative consiste dans uh choix de mots, de syllabes, de lettres, disposées dans la contexture de la phrase, de manière que les

sons qui en résultent, légers ou graves, brefs ou longs, doux ou rudes, sourds ou sonores, muets ou éclatans, successifs ou transposés, monotones ou variés, coupés ou liés, représentent à l'oreille, comme la peinture aux yeux, l’image des idées que l'écrivain s’est formées des objets décrits, narrés ou raisonnés.

Les élémens de l'harmonie imitative sont donc le choix des sons et la coupe des phrases.

Boileau, dans son ode sur la prise de Namur, dépeint en phrases imitatives et en vers élégans le soldat qui gravit contre une brèche.

Cependant l’effroi redouble

Sur les remparts de Namur ;

Son gourverneur qui se trouble , S’enfuit sous son dernier mur.

Déjà jusques à ses portes

Je vois monter nos cohortes

La flamme et le fer en main;

Et sur les monceaux de piques ;,

De corps morts, de rocs, de briques, S’ouvrir un large chemin.

Virgile offre uu exemple d’harmoñie imitative dans ce . vers de l’Enéide, liv. 1°* :

Luctantes ventos tempestastesque sonoras,

Vers que Delille a dignement reproduit par celui-ci :

Les vents tumultueux, les tempêtes bruyantes.

Perse dépeint de la manière suivante uu homme qui nazille :

Raucidulum quiddam balbä de nare loquutus.

On peut encore citer comme exemple analogue ce vers de l’'Enéide, qui rappelle les deux vers des Cyclopes à

l'œuvre :

nli inter se se multä vi vulnera miscent, (Liv. xur.) Ils creusent obstinés leurs horriblesblessures, (MozLevaur.)

L’onomatopée (ovouaromots, comme pour dire tou ovouutog Roinsiç, nomiuis creatio) a été regardée par quelques rhéteurs comme une espèce de fignre qui se rapporte à

l'harmonie imitatives; mais à plusieurs égards ce n’en est pas une; car elle ne déroge d'aucune maniére ni au matériel primitif des mots ni à leur construction. C'est la

” forme constitutive du mot qui présente une imitation de

l’idée qu'ilexprime. Lafontaine està peu près le seul denos poètes du grand siècle qui ait réussi à former et qui ait fait passer dans ses fables quelques mots de ce genre et quelques épithètes imitatives :

La gent trotte-menu s’en vient chercher sa perte. (Liv. xx.) Ronge-maille (le rat eut à bon droit ce nom), (Liv. x1r.) Le héron au long bec emmanché d’un long cou. (Liv. vx1.)

La dame au nez pointu, la belette, etc, (Liv. vis.)

La consonnance est la ressemblance des sons des mots dans la même phrase ou période. Elle est ou physique ou rationnelle. La consonnance physique est une identité de sons qui n’entraîne aucune analogie dans les idées. La consonnance rationnelle est une identité de sons qui désigne de l’analogie entre les idées.

Les consonnances physiques ont de la grace en latin, pourvu qu’on n'en fasse pas un usage trop fréquent dans le même discours, et qu’elles se trouvent dans une position convenable en l’un et en l’autre des membres relatifs. Exemples :

Si non præsidio in pericula, tamen solatio inter adversa. (QuiINTILIEN.)

Sine individià culpa plectatur et sine culpâ individia ponatur. (Jbid.)

Nemo potest alteri dare matrimonium nisi quem penes sit patrimoninm. (Quintir.)

Cette figure en français n'est autorisée ni en prose ni en vers. Dans la poésie elle est remplacée par la rime. Toutefois les proverbes chez nous offrent un bon nombre de consonnances :

Quai langne a, à Rome va.

A bon chat bon rat,

” Qui terre a, guerre a. S Quand il fait beau, prends ton manteau ; Quand il pleut, prends-le si tu veux.

La consonnance rationnelle consiste à employer dans la même période plusieurs mots dérivés du même primitif. Elle donne quelquefois au discours une élégance qui semble en accroître l'énergie. Exemples :

Quüm vanitas sit vamitatis filia, Et vanitati vanitatem procreet, O vanitas ! quid vanitate vanius ?

Sed ut tüm ad senem senex de senectute, sic hoc libro ad gmicum amicissimus de amicitid scripsi. ( Cicer., de Amie. )

Armand, qui pour six vers m’as donnésix cents Uyres, Que ne puis-je à ce prix te donner tous mes livres! (Guillaume CoLzgrer.)

Plus mars que le Mars de la Thrace.

Nerone neronior ipse,

Si Rodrigue est mon fils, il faut que l’amour céde, Et qu’une ardeur plus haute à ses flammes succède.

(Connxizze. Le Cid, acte 1.

Mais pour bien mettre ici leur grasse en tout leur lustre, Il faut voir dy logis sortir ce couple illustre. (BorLeau, satire x.)

À tous çes beaux disçaurs j’étais comme une pierre, Ou comme la statue est au festin de Pierre.

Ces exemples prouvent que la consonnance rationnelle peut se montrer avec grace et donner même an discours de la force et de l'énergie; mais il est bien des cas où elle n’est qu’un jeu de mots, presque toujours puéril et rin dicule, et une affectation que le génie de notre langue

ne permet guère ou par plaisanterie en faveur de 1 rime.

Écoute mon cher comte, Si tu fais tant le fier, ce n’est pas là mon compte. (Dsesroucxs.)

Hodiè Perpetua et Felicitas perpetuà felicitate gaudent, (Saint Aucusrin.)

Aujourd’hui Perpétue et Félicité jouissent d’une perpétuelle félicité.

La cacophonie (xuxos mauvais, govn, son), vice de diction, est la ressemblance ‘des sons ou des mots trop proches et dont il yaplusde denx qui se ressemblent, d’où il résulte un son qui déplaît à l'oreille.

O fortunatam natam me consule Romam !

Dans La suite scylla la pilla.

Perire me malim malis mordis

Le pain dont nous nous nourrissons.

En grammaire et en littérature la cacophonie ou mauvais son qui blesse l'oreille est un vice grandement à éviter; on a blâmé, sous ce rapport, plusieurs vers de nos meilleurs poètes.

Croyez-moi, quelqu’éclat qui les puisse toucher. (Racine. Alexandre, acte 11.)

Non, il n’est rien que Namine n’honore. (Volt.) N'’auras-tu pu verser que le sang de ton maître.

(Volt. Mahomet,

Vierge non encor née, en qui tout doit renaître. (J-B. Roussxau, ode x, liv. 1v.)

Il est une espèce de cacophonie que l’on nomme hiatus (du latin hiatus, bâillement), et qui résulte de l’ouverture continuée de la bouche dans l’érnission consécutive de plusieurs voix qui ne sont distinguées l’une de l’autre par aucune articulation.

Ne va au bal, qui n’aiïmera la danse ; Ni à la mer, qui craiñdra le danger ; ANi au festin, qui ne voudra manger ; Ni à la cour, qui dira ce qu’il pense. (Pisr Ac.)

La garde, tes doctes écrits Montrent les soins que tu as pris. | é Mazuenser, ode à M. de la Garde.)

Page 1