CLARTÉ
La clarté est une qualité de l'élocution relative à la propriété des termes et à l’ordre ou méthode des idées. Elle se compose de la propriété et de la précision. La clarté tient aux choses mêmes que l’on traite ; elle naît de la distinction des idées. C’est l’effet du choix et de l’enploi des termes; de l’ordre seion lequel on les a disposés et de tout ce qui rend facile et nette à celui qui écoute et qui lit, la compréhension du sens ou de la'pensée de celai qui parle ou qui écrit.
La Propr iété grammaticale est la conformité de l’expression aux idées qu’elle représente. La propriété de l’élocution se forme de la conformité des idées aux objets ou de celle des termes aux idées ; ce qui fait l’exactitude et la propriété des termes.
On distingue la propriété des langues, la propriété des mots ou la pureté, la propriété des termes ou la justesse, Ja propriété du style ou ;la convenance,
L’exactitude de l'expression est l'exposition fidèle de toutes les idées accessoires au bat que l’on se propose, Elle tombe sur les faits et les choses, Ce qui est écrit ëtactement dans une langue, rendu fidèlement, est exact dans toutes les langues.
La propriété des termes dépend de la convenance des mots avec Îles objets auxquels on les applique de manière que les objets soient rendus avec justesse et précision 1 par les termes dont on se sert. Le terme propre est célui qui énonce précisément le sens qu'on a prétendu faire entendre, La justesse du style saisit les rapports, les circonscrit et les met à leur place. La propriété des termes est défectueuse par te vague des idées, l'incertitude des applications: L'application est le nouvel emploi d’un passage
soit de prose soit de vers. Plus le nouveau sens ou le nouveau rapport que l'application donne au passage est éloigné de son sens primitif, plus l'application est ingénieuse lorsqu'elle est juste.
L’élocution est obscure par un mauvais arrangement de parole, par une construction louche ou équivoque ou par une trop grande briéveté. C’est le plus grand défaut de l’élocution. L’obscurité de l’élocution vient 1° de l’indécision des rapports, ce qui produit les équivoques, les constructions louches; 20 de la contexture des incidens trop compliqués qui jettent de la confusion et du louche dans les idées, ce qui produit un entassement confus de mots et de phrases entrelacées, vice qui sort de l’art plus souvent que de la nature; 3° de l'affectation de paraître fin, délicat, mystérieux, profond. Il fant concilier avec la clarté les finesses et les délicatesses de l’expression, et ne pas vouloir briller aux dépens de la clarté et ne rien soigner ayant elle.
La précision est la qualité de l’élocution relative au discernement des idées propres et nécessaires au sujet traité. Elle comprend l'énergie et la prolixité.
La précision n’exclut aucun des agrémens du style; elle doit se réunir à la clarté. L’expression la plus précise est la plus claire ; et c’est au moyen de la correction et de Ja pureté que la clarté se concilie avec la précision: nous dirions au moyen de la propriété, si nous ne parlions que du style philosophique. Mais le style oratoire et le style poétique ont plus de latitude, et la justesse leur suffit. Dès que l'expression ou simple ou figurée répond exactement à la pensée, elle est précise et claire. Tout ce qui intercepte la lumière du style, en éteint la clarté ou en ternit l'éclat. La précisionse réunit donc avec l'élégance, larichesse, l'exactitude, la liberté, la correction, la grâce; elle est toujours relative à l’effet que l’on se propose, et ne consiste qu’à se réduire aux vrais moyens de l'obtenir. Ainsi la précision du style de l’orateur et du poète n’est pas la précision du style du philosophe et de l’historien ; mais le principe en est le même, savoir, de viser àson but,
Or le style philosophique a pour but de démêler la vérité, l'historique de la transmettre, l’oratoire de l’amplifier, le poétique de l’embellir, Tout ce qui rend l’idée plus lumineuse et plus frappante, l’image plus vive et plus forte, le sentiment plus pénétrant, la passion plus véhémente; tout ce qui ajoute à la persuasion, à l'illusion, aux moyens d'émouvoir, aux plaisirs d’être ému, n’est donc pas moins nécessaire au style de l’orateur et du poète que ne l’est au style du philosophe et de l’historien ce qui rend l'instruction plus facile et plus attrayante : rnequid nimis, rien de trop, est leur règle commune; et si d’un côté l’emphase, l’enflure, la redondance sont un excès contraire à la précision, la sécheresse est l'excès opposé. Le poète ou l’orateur qui ferait gloire de préférer une expression laconique, mais faible, froide et sans couleur, à une expression moins serrée, mais revêlue d'éclat ou de force et de grâce, ne serait pas seulement économe ; il serait avarc et se priverait du nécessaire, en s’abstenant du superflu.
L'énergie est celle qualité qui dans un seul mot ou dans un petit nombre de mots fait apercevoir ou sentir un grand nombre d'idées, ou qui au moyen du petit nombre d'idées exprimées par les mots, excite dans l’ame des sentimens d’ädmiration, de respect, [d'horreur, d'amour, de haine, etc., que les mols seuls ne désignent point. Energie dit plus que force.
La célérité des idées qui s’échappent comme des traits de lumière, communiquée à l'expression, fait la vivacité du style; leur facilité à se succéder même sans vitesse imitée par le style en fait la volubilité, Le style est vif quand on ne représente que le nécessaire, qu’on supprime l’utile, et qu'aux idées neuves on joint des termes inattendus.
Le style sec est dépouillé de toute espèce d’ornemens. L'auteur ne vise qu’à se faire entendre et s'embarrasse peu de flatter l'oreille ou l'imagination. Cette sorte de style n’est Lolérable que dans lesécrits didactiques; encore fautil pour le faire supporter que l’élocution soit bien claire
et que le sirjet soit sérieux et important, Aristote nous offre un modèle complet du style sec.
La fécondité est la facilité de l'imagination à développer ses idées par leurs circonstances les plus remarquables et à Îcs présenter successivement par une énnmération rapide dans leur rapport à la fin de la pensée. Elle fait enfanter à une idée toutes celles quien peuvent naître, ct le gland qui produit le chêne chargé de glands estle symbole de la fécondité.
La prolixité prise dans le sens de la fécondité est une modification de la précision, qui sous une expression succincte décrit tous les incidens nés d’une idée et se rapportant à Îa fin de la pensée. C’est la précision du style oratoire. Mais si la prolixité entre dans des détails minutieux el inutiles ; sielle suit sans retenue des idées étrangères au sujet que l’on traite, qui n'y tiennent. point ou qui n'y tiennent qu’accidentellement, elle est alors un vice d’élocution opposé à la précision,
Le style froid vient tantôt de la stérilité, tantôt de l’intempérance des idées. Celui-là parle froidement qui n’échauffe point notre ame et qui ne sait point l’élever par la vigueur de ses idées et de ses expressions. La froideur du style est le résultat des figures qui manquent de justesse et qui ne peignent point nettement leur objet.
Le style ést enflé quand les expressions sont plus grandes que les idées, ou les idées plus grandes que les choses.
On appelle ambages de l’élocution (lu latin ambages, détours, érjuivoques) un amas confus de paroles obscures ct entorillées dont on a peine à démêler le sens ; un long circuit, un verbiage ennuyeux qui loin d’éclaircir ce dont il s’agit, semble au contraire redouter la clarté et ne vou. loir au plus être entendu qu'à demi. |
Le galimathias (gallus mathiæ, polymathie) cst un vice d'élocution opposé à la clarté et qui consiste dans nn mélange confus de paroles et d'idées incohérentes que l’on ne saurait entendre, quoiqu’elles semblent dire quelque chose. Le caractère de cette sorte de vice est une obscu-