TOME H
fugitives, où l'on retrouve tant d'images gracieuses, comme lessuivantes:
Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore, ete.
Eh quoi ! vous êtes étonnée ,
Qu'au bout de quatre-vingts hivers,
Ma muse froide et surannée,
Puisse encore fredonner des vers! etc.
À le métaphore se rapporte la syllèpse oratoire (ovdauéaww, comprehendere), par laquelle un même mot est pris en deux sens dans la méme phrase, l’un au propre, l’autre au figuré. .
Ego sardofs videor tibi amorior herbis. (Vire. Eglog.)
Je parais à Galathée plus amer que les herbes de Sardaigne.
Je souffre tous les maux que j'ai faits devant Troie; Yaincu, chargé de fers, de regrels consumé , . Brûlé de plus de feux que je n’en allumai.
(Racine. ndromaque.)
La métonymie (usta, trans; ovoua nomen ; ; changement de nom} est une figure d'élocution qui consiste à substituer à l'expression propre d'une idée celle d’une autre idée qui luiest subordonnée sous le rapport de cause, ou d'effet, ou de lieu, ou de signe, ou de nembre, ou de tems. Exemples : vivre de son travail (vivre de ce que l’on gagne en travaillant) ; il a lu Virgile (il a lu les ouvrages de Virgile); nec habet Pelion umbras (le mont Pelion n’a point d’arbres); il aime la bouteille (le vin); un damas (un sabre, un couteau fabriqué à Damas); sceptre (autorité royale); il a du cœur (ila du courage).
François de Neufchâteau parle ainsi de la métonymie dens son poème des Z'ropes, déjà cité :
C’est la métonymic, habile en l’art de peindre, Qui sait changer un nom, l’étendre ou le restreindre. Dela cause à l’effet on peut le transporter;
De l'effet à la eause one fait remonter.
Mars, auteur de la guerre, en exprime la rage. À l’abri de Vénus il n’est point de courage.
Tout périt par le fer, ou par lui tout fleurit ; Le glaive détruit l’homme et le soc le nourrit. Les états différens, du sceptre à la houlette, Trouvent dans un seul mot leur image complète, Thémis a son mortier, Belloné son drapeau; Décoré de la mitre, on aspire au chapeau,
(Ghant 111.)
À la métonymie se rapporte la métalepse (psraaubave, transfero) , qui substitue la postériorité à l’antériorité et l'antériorité à la postériorité de modification, Exemples : Nulla navis desiderabatur (aucun vaisseau ne périt); c'est un vin de quatre feuilles (c'est un vin de quatre ans); c'en est fait, madame, et j'ai vécu (je me meurs); je ne vous connais plus (je vous méprise). |
La synecdoque (de owv, cum, eË ex, exouar capio; comprehensio), est une figure d'élocution qui rappelle à l'esprit une idée individuelle par une idée générale ou une idée générale par une idée individuelle qui lui est coexistante. Exemples: Les moïtels (les hommes) ; il y à cent mille âmes dans cette ville (cent mille habitans); le germain (les Germains révoltés ; il me l'a dit vingt fois, cent fois (plusieurs fois); la versisn des septante (la vetsion des soixante et dix interprètes); aprés quelques hivers, quelques étés (quelques années); faire un traité avec la Porte (cour ottomane); la Seine a des Bourbons, le Tibre des Césars (la Seine, c’est-à-dire, les Français; le Tibre, les Italiens), de l'argent (des pièces d'argent), un castor (un chapeau de castor). |
En son poème sus rappelé, François de Neufchâteau, qui à l'exemple de Boileau et malgré l'étymologie, écrit synecdoche , au lieu de synecdoque, défimt avet élégance ce trope dont le propre est de prendre le plus pour le moins, et le moins pour le plus , et d’aller de la partie au tout et du genre à l'espèce; citons seulement ces deux vers:
‘La voile est un navire, et les flots sont là mer. Les canons, c’est l’airain ; l’airain vomit le fer.
L'antonomase (avr, au lieu; ovapatw, je nomme), est une espèce de synecdoque par laquelle on met un nom spécifi
que au lieu d’un nom individuel ou un nom individuel pour un nom spécifique. Exemples : chez les anciens, le phi- Josophe, c'est Aristote; chez les latins , l'orateur, c'est Cicéron, et le poète, Virgile; chez les Grecs, l'orateur, c'est Démosthènes, et le poète, Homère ; le destructeur de Carthage et de Numance, c'est Scipion Emilien ; un Sardanapale, c’est un homme voluptueux ; un Néron, un prince cruel et barbare; un Crésus,un homme riche.
L’Antonomase encor, par les rhéteurs vantée, D’emprunts du même genre offre l’heureux secours Pour créer des surnoms imgénieux et courts.
Le Salomon da Nord en fut l’exemple insigne.
Meaux brilla par son aigle et Cambrai par son cygne. L'éloquence est liée au nom de Cicéron, Comme la tyrannie à celui de Néron.
Un Tartufe, chez nous, fait toujours quelque dupe, Chez les Romains, Livie était Ulysse en jupe.
(Les Tropes, ch. 111.)
La répétition est une figure d’élocution que l’on affecte dans des vues particulières d'ornement ou d'énergie, et indépendamment des besoins de la syntaxe.
Abner, le brave Abner, viendra nous défendre. (4thalie.) Pauvre Didon, où La réduite De tes amans le triste sort !
L’un en mourant, cause ta fuite, L'autre en fuyaat cause ta mort.
Un sot ni n'entre, ni ne sort, ri ne s’assied , zx ne sc lève, nine setait, ai n’est sur ses jambes commeun homme d'esprit. Labruyère).
La répétition renferme la réduplieation , la réversion, la conversion, la complexion. elc. |
La redite est l'expression réitérée de la même pensée.Si la redite se fait dans les mêmes termes par intervalles et ménagée pour l’ornement ou peur l'analogie, elle est cette figure d'élocution qu'on nomme répétition. Si la redite se fait sous les mêmes termes sans aucun besoin , elle est un vice d'élocution qu'on nomme fautologie (de vo auto, le même ; Aoyos, discours), Si la redite se fait sons des termes
différens suggérés par le goût, soit pour rendre la pensée plus lumineuse, soit pour en faire mieux sentir l'énergie et l'importance, c'est une figure de pensée par développement connue sous le nom d'expolition : voyezles figures de pensée. Enfin, si la rcdite se fait sous des termes différens sans utilité et sans grace, ce n'est qu'une sorte de périssologie, c'est une battologie de paroles vides de sens.