‹ Grammaire générale; ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de l'art de parler, considéré dans l'esprit et dans le discours, au moyen des usages comparés des langues hèbraïque, grecque, latine, allemande, anglaise, italienne, espagnole, française et autresChapitre 3 sur 140 · SECONDE DIVISION GÉNÉRALE DES TEMS · texte numérisé non relu

SECONDE DIVISION GÉNÉRALE DES TEMS

La sous-division la plus générale des tems doit se prendre dans la manière d’envisagetr l’époque de comparaison : pour déterminer les diverses relations de cette époque, il faut la comparer à un point fixe de la durée qui en marque les diverses positions d’une manière invariable pour celui qui parle et pour ceux à qui le discours est transmis soit de vive voix soit par écrit.

Ce point fixe est l'instant même de la production delà parole. «C’est celui qui dans toutes les langues sert de derhier terme à toutes les relations de tems que l’on a besoin d'exprimer, sous quelque formie que l’on vettille les rendre sensibles. On peut donc dire que la position

de l’époque de comparaison est la relation à l'iustant même de l'acte de la parole ».

Or le tems, comme nous l'avons dit, est un point de vue, un lieu fictif, où l'esprit place, pour les observer, les instans divers qui se succèdent rapidement dans l'existence des êtres. Pour fixer la position de ces instans qui lui échappent sans cesse, il considère le tems comme partagé en trois périodes déterminées : la période actuelle, qui coincide avec l'acte de la parole, une période antérieure, qui précède l'acte de la parole, et une période postérieure

ui suit J’acte de la parole. |

De là, la distinction de trois espèces de périodes : période présente, période passée, ct période future. :

La période présente comprend la série des instans qui fixent l’existence actuelle ou comme simultanée à l'acte de la parole, ou comme antérieure à l’acte de la parole, ou comme postérieure à l’acte de la parole.

La période passée comprend la suite des instans qui ont coïncidé avec ou précédé ou suivi une époque passée antérieure à l’acte de la parole.

La période future comprend la suite des instans qui coïncideront avec ou précéderont ou suivront une époque future postérieure à l’acte de la parole.

On peut donc dire qu'il y a dans chaque période une époque de comparaison autour de laquelle se groupent les instans divers de l’existence et qui est le centre où se rapjortent toutes les relations possibles des époques de la durée. Or ces trois époques sont exprimées par ces trois formules : je lis, je lisais, je lirai. Je lis (je suis lisant ) est l’existence actuelle rapportée à l'acte de la parole. Je lisais (j'étais lisant) est l'existence présente rapportée à la période antérieure à l'acte de la parole dont elle est séparée par un intervalle qui est mesuré par une antre existence antérieure à l’acte de la parole. Je lirai (je serai lisant) est l’existence présente rapportée à la période postérieure à l'acte de la parole dont elle est séparée par un intervalle mesuré par une autre existence postérieure

à l’acte de la parole.

Ces deux formules, je lisais, je lirai, sont des modifications de l’existence présente ou simultanée à l’acte de la parole ; elles en sont des transformations rapportées à d’autres époques ; car elles portent dans leur essence le caractère commun de simultanéité qui marque le présent. Mais cette simultanéité n’est point le caractère d’une relation avec le moment de la parole , puisqu'elles en sont détachées , séparées par une distance qui n’est déterminée que par une époque à la quelle elles coïncident ou parce qu’elles précèdent ou suivent dans la période passée ou future. C’est cette relation à une époque antérieure ou postérieure à l’acte de la parole qui constitue leur caracière distinctif.

De ce caractére particulier résulte la distinction da tems absolu et du tems relatif; le premier, qui exprime Pexistence absolue au moment de la parole sans aucun rapport avec quelqu’autre existence; le second qui exprime l'existence démêlée du moment de la parole et rapportée à une époque qui est séparée de l’acte de la parole par un intervalle plus ou moins déterminé.

De cette manière de considérer le tems comme absolu et relatif vont sortir les développemens du système des tems comme des conséquences lumineuses et méthodi- . ques qui seront les preuves naturelles des principes que nous avons déduits de la nature des tems généraux du verbe. Ajoutons, à l'appui deces notions, une réflexion du comte de Tracy dans sa Grammaire générale, sur la distinction des tems absolus et des tems relatifs.

« Le présent dans le discours, dit-il, est toujours l'instant de l’acte de la parole, et cette époque est toujours la même dans tons les discours ; à à la vérité, elle est perpétuellement variable ; mais cela est indifférent parce que toutes les autres du sont énoncées sont relatives à celle-là et se groupent autour d'elle.

« L'idée du présent n’est susceptible ni de plus ni de moins : ainsi il ne peut y avoir qu'un tems présent à chaque modedes verbes. Le passé et le futur, au contraire, admettent divers degrés : aussi les verbes dans chacune de leurs manières d'être , ont-ils ou du moins peuvent-

ils avoir plusieurs tems passés et plusieurs temps futurs. »

« Cette seule réflexion, ajoute-t-il, suffirait pour m'empêcher d'adopter le système des tems de Beauzée. Je respecte ses lumières plus que qui que ce soit, mais je ne comprends pas comment il n’a pas senti qu’il ne pouvait y avoir ni présent antérieur ni présent postérieur. De tels présens ne sont présens que relativement à une autre époque que celle de l’acte de la parole; et lui-même venait trés-bien de prouver que c’est à celle-là que l’on doit rapporter tous les tems des verbes. »

Le présent actuel est absolu ; les autres sont relatifs à à des é époques passées ou futures, et par conséquent ne sont plus présens , Si par présent l’on doit entendre l'instant simultané à l'acte de la parole comme létymologie du mot le marque ; présent venant de ens, entis, ancien participe de esse, et de præ, devant, tems étant devant la parole , tems placé sous Pacte de la parole.

Les autres dénominations de passé, prétérit, parfait, imparfait , plusque parfait , etc. , sont encore plus vagues, plus indéterminées, plus fausses : c’est ce qui va être démontré dans la classification des tems.

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