‹ Grammaire générale; ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de l'art de parler, considéré dans l'esprit et dans le discours, au moyen des usages comparés des langues hèbraïque, grecque, latine, allemande, anglaise, italienne, espagnole, française et autresChapitre 8 sur 140 · ES · texte numérisé non relu

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Les Hébreux n’ont ni suppositif, ni subjonctif, ni optatif: les Latins confondent le suppositif et l’optatif avec le subjonctif qui sert à les désigner à la fois ; les Grecs ou plutôt leurs grammairiens appellent oplalif ce qui est nommé suppositif dans la grammaire française ; les langues modernes font du suppositif : à peu près le même usage que les Grecs de l’optatif, d’où il suit que la dénomina- {ion de suppositif doit se trouver dans les grammaires à la place de celle d’optatif, qui a l’air de présenter une nouvelle idée, et qui est la même chose sous un autre nom; l'impératif est tronqué partont, puisqu'il n’a pas de premiére personne en grec ni en lalin, quoique nous ayons en français celle du pluriel; qu’au contraire il n’a point de troisième personne chez nous, tandis qu’il en a daus ces deux autres langues; qu’enfin il n’a point en latin d'antérieur-futur, quoiqu'il ait ce tems en grec et dans nos langues modernes. Ces modes ne tiennent donc point à l'essence du verbe, comme le positif, le participe et linfinitif ; leurs caractères différentiels ne tiennent point à la nature du verbe; ce sont des idées ajoutées accidentellement à la signification fondamentale , et il aurait été possible d'introduire plusieurs modes de la même espèce, par exemple, un mode interrogatif, un mode négatif, etc.; car le mode verbal se modifie encore par ses relations avec le sujet de la phrase, qui produisent le genre, :e nombre, la personne ; par ses relations avec l'acte de l’esprit, qui produisent l'affirmatif, le négatif, linterr "ogatif, le provocatif et le désidératif ; variations qu'il faut ici éclaircir. |

Les personnes, en grammaire, considérées d’une manière abstraite et générale, sont les diverses relations que peut avoir à la production de la parole le sujet de la proposition ;et dans les verbes, ce sont les diverses terminaisons que le connectif variable reçoit selon la relation actuelle du sujet de ce verbe à la production de la parole.

Dans toutes les langues, les verbes au mode personnel sont soumis à la variation de personne , puisque c'est

TOM. Ile 2 ?

= 18 — par cette variation qu'ils sont l’énonciation fidèle de Ja pensée.

Le nombre verbal est la forme qui marque la concordance du verbe avec le sujet de la proposition. Cette variation est commune au connectif variable dans toutes les langues.

Le genre verbal est la concordance du verbe avec le nom distribué en différentes classes ; cette variation, ainsi que celle de nombre, n'est qu’accidentelle, et ne modifie Je verbe que dans quelques langues, comme l’hébraïque, la snédoise.

IL n’est point ici nécessaire d’entrer dans de plus grands développemens sur les variations de personne, de genre et de nombre; ce ne sont que des accidens du verbe qui marquent son identification avec le sujet de la proposition.

Les règles en sont expliquées à l’article de la concordance du connectif variable,

L'esprit, en déterminant le caractère de l'identité, donne à son acte ou délibération différentes formes pour en exprimer Îles manières. Ces formes, que nous avons déjà citées, sont l’affirmatif, le négatif, l’interrogatif, le provocatif, le désidératif. La délibération affirmative prononce le caractère positif ou rationnel de l'identité sous une forme propre à montrer la certitude qu'elle a de la coexistence de la modification avec le sujet : il vient, il viendra. La délibération négative prononce le caractère de l’identité sous une forme qui montre la certitude qu'elle a de la privation ou absence de coexistence entre la modification et le sujet : il n’est pas venu. La délibération interrogative exprime le doute de l'esprit qui cherche à savoir la certitude du caractère dont l'identité est revélue, Dans cette phrase, est-il venu ? la délibération, après avoir compris venir sous une forme positive, absolue, d’après les apparences qui ont: occasionné son jugement, doute encore si elle est conforme ou non à la réalité, et pour dissiper son doute, elle demande le témoié gnage d’une certitude étrangère ou extérieure. Dans cette autre phrase: viendrait-il si je l’appelais ? la délibéra-

tion, après avoir placé l'action venir sous une forme rationnelle relative, demande si son acte s'accordera avec l'expérience de l’action. La délibération provocative, après avoir compris une identité sous une forme affirmative, fail exprimer à Pobjet de la parole son acte sur une identité qu’il semble ignorer ou craindre de découvrir : n’est-il pas venu ? Notre délibération est pour nous certaine, et nous demandons la forme de la délibération d’un autre, c'est-à-dire, s’il juge comme nous affirmalivement. Elle est différente de l’interrogative en ce qu’elle marque la certitude de la part de celui qui parle, et la question qu’il adresse à un autre pour lui faire déclarer son opinion sur une coexistence qu’il paraît ignorer ou céler ; au lieu que l’interrogative exprime le doute de celni qui parle et la question qu’il fait à celui qui l'écoute pour connaître la vérité. La délibération désidérative exprime le désir d’une coexistence qui n’a pas lieu et qui est un besoin pour la personne de la parole : que nevientil! L’affirmatif et le négatif sont employés dans les trois modes généraux du verbe; les autres ne sont usités qu’au mode verbal. L’affirmatif, le négatif sont usités à tous les cas du mode verbal; l'interrogatif, le provocatif, le désidératif ne se trouvent ni à l’impératif ni au subjonctif; le désidératif ne se trouve qu’au suppositif, et c’est ce que la. grammaire grecque nomme optatif dont les usages s’é-. tendent plus loin que son nom ne le porte.

Ces manières dont l’esprit analyse Ja co-existence et prononce sur l'identité de la modification avec le sujet, sont, par ce caractère, faciles à distinguer des cas du mode verbal et des autres qui expriment cette co-exis= tence, ce rapport sur lequel l’esprit prononce sa délibération.

LE PogtTIF.

Le positif est de le mode verbal-personnel la forme qui exprime l'identité de fait, la co-existence certaine et positive dans Île tems eutre le sujet et sa modification. Il

exprime la co-existence dégagée de tonte incertitude, de toute contingence , de toute volonté , en un mot, de toute rationnalité; il indique l'identité pure et fondamentale sans le mélange de quelqu’idée accessoire et accidentelle que Îles autres modes personnels y ajoutent. Delà vieut que le positif est le seul cas du mode personnel qui dans toutes [cs langues admette toutes les espèces de temsau- torisées par l'usage de leur syntaxe ; c’est ce qui le rend propre à représenter la co-existence principale de toute proposition. Aussi est-il presque toujours construit en phrase principale, et si quelquefois il est tourné en phrase accessoire, il exprime encore une identité certaine, une circonstance arrivée dans Je tems, un objet de l'acte de l'esprit affirmatif.

De tous les cas du mode verbal le positif (l'indicatif) , l'impératif et le suppositif sont les seuls qui se construisent en phrase principale ; c’est ce qui les distingne du subjonctif qui exprime la co-existence comme subordonnée à une co-existence principale. Mais l'impératif et

le sappositif ajoutent à la co-existence pure du connectif

l’idée de commandement et d’hypothèse : c’est ce qui les sépare du supposiüf, qui est le cas pur et direct. Delà vient que les autres cas du mode verbal ont un système de tems moins définis ct moins précis. On peut consulter à cet égard le tableau du verbe grec. Le simultané-passépériodal (l’imparfait), l’antérieur- passé-périodal (plus que parfait) , le postérieur-passé-périodal ne se trouvent que dans le positif; ils n’ont point de tems correspondans pour les autres cas du mode personnel. La preuve eu est qu’il y a aux autres cas moins de tems, et que ces tems sont dérivés des tems historiques du cas positif.

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