‹ Grammaire générale: ou, Philosophie des langues, présentant l'analyse de lChapitre 22 sur 96 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LÀNGVES I>8 L*B8rAXT KT LiNGXnSS 1»U DISCOURS.

Après ces dëveloppemens^ sur Torigine et la formatian des langues, pour rexposition desquels il n^a pas été nécessaire d^imaginer des machines ni de rêver des miracles, ît noua reste, pour compléter l'analyse (1) de l'origine des langues (2), à les considérer dans l'esprit comme nous les avons considérées dans le discours.

Or, comme le dit Condillac, la pensée, considérée eu général, est la même dans tous les hommes. Dans tous , ajoute-t-il, elle vient également de la sensation ; dans tous; elle se compose et se décompose de la même manière.

Les besoins qui les engagent à faire lanalyse de la pen-sée sont encore communs à tous ; et ils» emploient tous i cette analyse des moyens semblables, parce qa'ils sont tous conformés de la même manière. La méthode qu'ils suivent est donc assujétie aux mêmes règles dans toutes les (langues.

Mais , dit encore Condillac, cette méthode se sert dans différentes langues de signes différens. Plus ou moins gros* sière, plus ou moins perfectionnée, elle rend Jes langues plus ou moins capables de clarté, de précision et d'énergie, et chaque langue a des règles qui lui sont propres.

On peut donc considérer les langues dans l'esprit et dans le discours.^ Si vous considérez les langues dans le discours, dans la multitude des sons émis et modifiés par

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(1) Le mot ankaîyte^ qui signifie décomposition ou réduction d'un tout à ses parties élémentaires, vient du grec avaXuvic, dissolution, résolution, dérivCd'ava, et de Xucd, je dissous. L'analyse est l'opposé de la synthèse , auvOsai; , composition, dérivé de auv, ensemble, et dé TiTiîfAi, placer, mettre.Voir p. 9.

(â) Systèmes de signes pour représenter les idées , systèmes em-s pruntés à la voix articulée par la langue, linguay les lèvres, ete.

Torgaiie toe^I ^ vons compterez autant de langues que de nationB. •

Si faisant abstraction de toute cette diversité d^aecensel d'articulations, vous considérez la parole comme pouvant s'appliquer aux divers objets de nos connaissances, vous verrez sortir de cette nouvelle considération une nouvelle classe de langues aussi nombreuse ou plus nombreuse même que la première.

D'un coté, vous aurez les langues hébraïque, grecque^ latine, allemande, anglaise, italienne., espagnole, française ) de Tautre, vous trouverez toutes les langues des arts et des sciences, les langues de la morale, de la chimie, de Tastronomie, de la grammaire, etc : en un mot, on aura d'autant plus de langues qu'il y aura plus de peuples, que le nom* " bre des idées acquises sera plus grand, et qu on sera plus avancé dans la civilisation.

Ainsi, outre cette quantité innombrable d'idiomes dont chacun sert de communication à tous les individus d'une même contrée, et toutes les langues plus ou moins savantes qui se partagent entre elles les vocabulaires des nations, il existe chez tous les peuples une langue toujours présente, qui est distincte de toutes les autres, mais qui les pénètre toutes pour leur donner la vie. Nous la nommons la /^/igue de Vesprit.

C^tte langue, qui est la méthode analytique de décomposer la pensée, se sousdivise en deux espèces ; car, ainsi que nous l'avons dit précédemment, l'esprit pour analyser la pensée, procède de deux manières \ ou ihigit au dehors de l'âme sur les objets, causes occasionnelles des sensations et plus exactement sur les sensations elles-mêmes ; ou il agit au dedans dç l'ome sur les sensations démêlées, sur les perceptions^ sur les idées.

Dans le premier cas, il va des idées aux sensations \ dans le second, il va des sensations aux idées. Mais pour aller des sensations aux idées, il faut qu'il ait déjà décomposé ces sensations en idées ; et pour aller des idées aux sensationis, il n'a qu'à substituer aux idées les sensations de di<* vers objets eq les çonibiniint en tableaux. Il est doucév)-

dent que Tune de ces méthodes se trouve toujours plus ou moins mêlée à l'autre, et que rarement on la parle et dans toute sa pureté.

La méthode qui procède des idées aux sensations, nous la nommons la langue de T imagination ^ celle qui procède des sensations aux idées, nous Fappelons la langue delà raison ou. du raisonnement. Ces deux langues se partagent entre elles le domaine de nos connaissances : la langue de Timagination revendique les beaux-arts , la poésie ; la langue de la raison , les arts du raisonnement, les sciences. L'une et Tautre modifient Tusage des signes variés qui figurent les sons, de la parole; chacune les combine d'une manière différente et en fait un discours distinctf La langue de Timagination procède par le mètre^ par le rhytlime^ei forme le discours mesuré y dont les phrases cadencées se nomment vers^ qui eàt ou métrique^ comme celui des Grecs et des Latins, ou rhylhmique, comme celui des Français, des Italiens, des Espagnols, qui le terminent par la rime^ c*est à dire par l'idenlilé de consonnance finale, et le circonscrivent dans un nombre déterminé de syllabes cadencées par Faccent tonique ou métro^ rhythmîque, comme celui des allemands et des anglais, qui emploient la rime et le mètre, ou simplement me^urie, c^cst à dire circonscrit dans un certain nombre de syllabes sans rimes, tel que l'emploient quelquefois les Anglais, les Italiens, les Espagnols, sous des noms différens, entre autres sous celui de vers blancs, La langue delà raison procède par le discours simple qui suit la succession des déductions d'idées, et dont les phrases nombreuses, c'est-àdire proportionnées dans leurs nombres ou parties symétriques et graduées, prennent le nom de prose^ qui est ou didactique, comme celle des ouvrages philosophiques, ou oratoire, comme celle des ouvrages d'éloquence.

De là vient la distinction de la langue des poètes et de la langue des philosophes etorateurs, dès les premiers siècles du genre humain; on a eu des poètes avant d'avoir des philosophes ; car l'esprit agit au dehors avant d'agir au dedans de lui-même ; il combine, il généralise des sensations

avant de déduire^ d abstraire des idées 5 il perçoit des idçt\s individuelles et générales , avant de percevoir des idées abstraites et particulières ; il fait des substitutions avant de faire des déductions. Donc la langue de Fimagination s'est développée avant la langue de la raison. Nous ne prétendons point que Tune ait existé avant Taulre ; car aussitôt que Thomme décompose sa pensée, il raisonne 5 et le raisonnement commence avec Tanalyse de la pensée. Nous voulons dire que le raisonnement s'exerce sur deux objets , sur les sensations et sur les idées ^ qu'en changeant Tobjet^ il change de nom, sans changer de nature ; qu'il s'appelle imagination lorsqu'il opère sur des sensations, et raison lorsqu'il a pour objet des idées, et que sa méthode de procéder s'appelle langue^ dont celle de ttinagination détermine les premiers progrès, et celle de la rai« ^071 développe et perfectionne ces progrès. L'une est la continuation de l'autre, sous un changement déforme, dans un autre point de vue; mais toutes deux se prêtent un appui mutuel. En effet, l'on trouve dans VIliade et V Odyssée d'Homère, dans X Enéide de Virgile, les éléments de la philosophie et des sciences.

Les langues ont leur type primitif dans la nature soit des idées soit du sentiment qu'elles sont chargées d'exprimer, et qui fait leur caractère de vérité. Les langues du discours ont pour modèle les langues de l'esprit, et la vérité du discours consiste dans sa conformité à la pensée. Les langues de l'esprit ont pour type la langue du sentiment, le langage de la nature. D'où il suit que la vérité de la pensée est sa conformité au sentiment, à la nature.

Or, la nature humaine a quatre caractères ; le physique, le civil, le moral, l'intellectuel: car l'homme est gouverné par quatre principes: l'instinct, l'honneur, la conscience, j'intelligence. Par conséquent, si nous considérons les lan* gués rationnelles ou du raisonnement dans les caractères que leur impriment ces quatre principes, nous aurons les langues de la physique, de la politique, de la morale, de la métaphysique ou plutôt de la philosophie qui les cm* brasse toutes comme leur centre d'unité et de It^mière.

Si nous cbibpai<bbs tes lAàguës isdùs ces caràttèi^is^ H6lis découvrirons leur ):)rogtès ^ leur perfectionileiûeht, lëui* décadente. D'Uh côté, noUs Tertons dans les emprunts qu'elles se sont faits mutûlenemehty leur filiation^ leur gë iiëratiôii ; d'Un autre côlé, nous trouVet-ons dans le genre de connaissances (^u'ëlle^ sont le plus propres à exprimer, le génie et les mœurs des peuplés qui les parlent ou qui les Ont parlées.

Sous cet aspect, nous Verrons, psir exempte, les langues (de rôrient abonder en termes serviles etB^jects, conformes à Tétat de îservitude et d'abjeclion des nations de cette contrée ; les sentimens dé ces nations s^exalter f>ar des hyperboles incroyables, jusqu'à parler de leurs rois comme ils f)arlaientde la Divinité, et d'eux-mêmes comine des repties les plus abjects et les plus méprisables ; leurs langueâ fréquemment tomber dans l'enflure et le boursouflage j enfin les Grecs d'Asie, souvent dominés par leurs voisins, dégénérer dans leur langage, au point d'admettre ce luxe asiatique et cette exagération inconnus à l'école pure et sévère d*Àlbènes.

Sous l'autre aspect^ noUs trouverons la langue anglaise^ par eitmple^ abondante mais irrégulière , et manquant d'analogie^ parce qu'elle emprunte du grec les termes qui sont d'usage dans les lettres et dans les sciences ; de Titâlien, ceux qui sont relatifs à la musique et à la peinture ^ du français^ beaucoup dé termes militaires , et du flamand un grand nombre de phrases usitées dans la navigation^ outre qu'elle avait déjà hérité d'une bonne partie des mots de la langue de ses conquérans ; d'abord les Romains^ puis les Saxons et les Normands.

Si nous décoiiiposbtis lé langue d'uil peuple dàhs les mots primitifs d'où les autres se sont formées, nous décou<trirons le genre de connaissances qu'il cultivait principalement, et son caractère dominant. Ainsi, lious Vêtirons là langue des Romains toùjourlft engagés dad^ des gUërres et des ^révolutions^ devenir, comme leurs idées, labûniante en termes propres à Texpression û^s HppotVs politiques, àûx

féciU de Thistoife et à TëloqUiËnce populaire, ^\ manquer dé termes philosophiques, au pbint que Cicéron se trburë obligé de les oréer, eii créant à Rome la philosbfihie dbhl jusqu'alors la culture avait été laissée aux esclave^ et aùjt atTrauchis.

Ainsi, dans les républiques cohfédërëes de h Gréce^ i|iii produisirent les hommes les plus polis, lés plus braves et lés plus sages de la terre, où Ton vit s'élever dans le court espace d'un peu plus d'un siècle, des hommes d'état, dei guerriers, des orateurs, des historiens, des médecins^ deâ poètes, des critiques, des peintres, des sclilptèUrâ, deé architectes, et enfiti dés philosophes^ nous remarqueront uti langage Véritablement empreint de ce génie sublime et universel ; une langue riche et abondante comme la matière qui en était l'objet; des mots parfaits en tout genre comme les idées dont ils étaient les signes ; en un mot, des expressions convenables à toutes les espèces de compositions, ornées partout des couleurs du sentiment et né là peinture des mœurs.

Aussi Horace a-t-il dit des Grecs :

Graiis ingenium, Graiis dédit ore rotundo Hasa loqui, etc.

{ï)e arie poetica^

Da style et de Tesprit lé Gréé a la puissance ; Avide de la gloire, avant tout il Tencense.

(MoUÉtAbt.)

CHAJPITRË XI.

tÉodlIfOSITK»! BB Là PBOPOSlTfOir*

Nous ftvmii démontré que tout système de signes est un langage, que toute émission de signes est Une lang^ ; nous ayons décomposé le langage et les làhgùes dàriS kS différentes méthodes dé signes qui analysent là pensée. Màîlk^ tenant^ nous deVous dire, en conséquence, qtie lotit cifiplôi

d'une langue est un discours ; pour prouver cette conséquence, nous décomposerons le discours dans les diverses combinaisons quHl fait des signes artificiels pour analyser la proposition.

Certaines actions des hommes^ dit feu Destutt de Tracy, sont des suites nécessaires de leurs perceptions ; elles deviennent les signes certains de ces perceptions aux yeux des autres hommes. Ces signes sont ou des gestes ou des cris. Nos perceptions sont ou des impressions directes ou des rapports perçus entre elles ; ainsi les gestes et les cris représentent ou des idées isolées ou des propositions. Mais ce n'est point en commençant à sentir qu on démêle ses idées et qu on les isole. Ce sont d*abord les affections que nous causent nos sensations dont nous sommes émus, et auxquelles nous obéissons. Ces affections sont des espèces de jugemens que nous portons^ et que nous manifestons sans en distinguer les parties. Ainsi les premiers signes re« présentent des propositions tout entières : ce sont de véritables interjections (1).

(1) « Les inteijections, dit Harris, dans son Hermès ou Grammaire universelle , ne concoarent avec aucune partie du discours , mais on les prononce seules, on les jette en quelque sorte dans la pensée sans qu'elles en altèrent la forme, soit relativement à la syntaxe, soit relativement à la signification. »

Il en conclut que les Grecs les rangeaient fort improprement dans la classe des adverbes, et que les Latins ont mieux fait de les séparer des autres mots et de leur donner un nom qui les en distinguât.

(c Les interjections, continue-t-il, ne sont pas tant des adverbes que des sons accidentels, certaines voix de la nature plutôt que de l'art, exprimant les passions ou les mouvemens qui s'élèvent spontanément dans notre àme, à la vue ou au récit de quelque événement intéressant. »

« Les Grecs, dit Yossins, dans son Ànalogid^ liv. i, c. i, etliv. nr, G. 28, ont mis les interjections dans la classe des adverbes, et Boèce suit leur doctrine sur ce point : d'accord pour celles qui régissent quelques cas ^ mais quand on ne fait que les mêler dans le discours comme signes de quelque affection^, par exemple , de douleur ou de

L'inlerjeclion est donc le signe de la sensation, comme Iç mot est l'expression de Tiddo : et de même que les espèces de ridée sont enveloppées dans la sensation, de même les espèces da inot sont renfermées dans rinterjectiôn qui par conséquent n'est d'aucune espèce délerminée. L'interjection désigae la sensation, le mot exprime l'idée; la dénnminniïon d\interject{on s\^(\\6e jeté entre, parce que ce signe est isolé , sans relation positive et déterminée avec aucun élément de la proposition. Il est clair que celte dé* nomination est tirée de la place que l'interjection occupe; mais cQtte position isolée n'indique pas la nature et la fonction de ce signe, ou mot, si l'on peut appeler mot le signe et la sensation, La détermination d'interjection est donc fausse, ou du moins très-impropre. Bauzée a proposé de la remplacer par celle de mot affectifs à la place duquel nous aurions préféré signe d affection ou de sensation ^ car mof signifie expression d'idée, et 5?^/ie expression de sensation. Mais comme le terme de mot^ outre qu'il signi< fie signe de l'idée, veut encore dire peinture^, représentation de son articulé, et que finterjection représente un son articulé, mais d'articulation moins marquée que celle du mot, et plus près des cris ou signes primitifs de la langue parlée, il s'ensuit que l'interjection peut encore être regardée comme une espèce de mot, et entrer sous ce rapport dans la classification des mots.

Il est donc nécessaire de distinguer les roots en signes de sensation et en signes ou expressions dCidée. Les signes de sensation sont les mots de la langue primitive, conservés dans le discours, et qui se trouvent intercalés parmi les signes des idées^ sans pouvoir se mettre en relation avec eux pour figurer la décomposition de la proposition. Ils

crainte, on peut à peine leur assigner une classe particulière, puis-, qa'ils ne sont qne des tignes naturels , qai ne spnt pas , comme les autres mots> significatif par convention. »

Priscien en parle à peu près dans le même sens. Voy, aussi b Minerve de Sanctius, liy. i^ c. 2.

dérivent des cris primitifs et naturels^ et Von s'en sert quand la vivacité du sentiment ne permet fHis de dévdopr per la pensée.

Or, parce que le signe de la sensation exprime une proposition toute entière, il suit qull renferme implicitement un nom-sujet et Un attribut complet ou verbe ; à cause de cette combinaison, il ne petit avoir ni déclinaison^ ni con* jugaison.

L'interjection ne doit donc plus nous occuper dans IV nalyse du discours ; il suffit de Ta voir distinguée des ai;e très espèces de mots.

Dès que lattention s'empare de l'objet de la sensation et qu^elle décompose l'interjection, elle y trouve un nom et un attribut complet. Le nom (d'abord sous la forme de pronom dont il se distingue ensuite, car les premiers noms neisoDtque des équivalens de noms), est le premier genre de signe inventé ^ il représente le sujjet d») la proposition. li est susceptible de variations pour exprimer les genres^ les nombres, les cas : les noms sont les seuls mots variables par des causes qui leur soient propres. Les autres mots vadrinbjes ne le sont que pour exprimer leur rapport avec Im noms^ parce que le mot qui exprimie k chose dont on parle est le principal mot du discours ; c^est celui auquel se rap* portent tous les autres.

Après rinvention du nom, l'interjection n'exprime plu9 que Tattribut de la proposition.

Dès que la comparaison rapproche du nom Tàttribut^ elle sent que l'attribut est renfermé dans le nom^ qu'il existe dans le nom. Par Vacte du jugement elle démêle dans cet attribut la circonstance d'exister dans le nom qu'elle sépare de l'attribut \ elle note ces deux idées par des signes nouveaux; et voilà aussitôt inventés le connectif^i)

. (1) Ç»wM€i9re, \mi idimtHé^ ratH^U Viâeniité ei^ ee q[w Eut, 4U rAcadéini«» que d^ttx ou plusisars <À9ses »» soAt ^'u»e> seul comprises sous une même idée^U çQW^^ion est la lUûsoii i^ i» ç^rUinQS c&gses ont \^A upes avec Iqs autres. 4'ai eu d<jà l'oocssiion ^diquer le $en8 et Tétymelogie du oomieetit (Voir (* i^^)

didentilé (verbe d'existence), et le modificatij (1) (adjectif, participe).

Le modificatify après cette abstraction, se trouve dépouillé de là propriété de désigner Texistence, et il faut qu'il la recouvre pour redevenir un attribut complet.

Or le modificatify en se recomposant avec le connectîf d'identité ou d'existence qui se désigne par Pidentité sim« pie étre^ forme le verbe ou conneclif variable combiné. |

Le verbe n'exprime donc pas une idée seulement comme pouvant exister dans une autre, ainsi que le fait le modificalif^ il exprime l'idée qu'il présente comme existant réellement et effectivement dans une autre ; il est un attribut complet 5 il renferme l'idée d'une existence relative, à la vérité, mais réelle et effective. Celte relation n'exprime que le rapport de la modification au sujet ; car le verbe, comme connectif d'idcnlité simple, n'a jamais de régime ; quand il en a un, c'est en vertu de la signification du modifîcatif qu'il renferme.

Il suit de là: \^ que le connectîf d'identité est susceptible de modes et de tems 5 que tous les verbes dérivent du verbe primitif être, et qu ils sont tous composés de deux modificatifs différens, et que cette différence de signification du modificatif est le motif de la distinction des sens différens que le même verbe exprime par une variation de désinences; c*est ce qui caractérise les voix du verbe.

Les modificatifs^ en déterminant les noms, augmentent le nombre des sujets 5 eri modifiant le verbe être^ ils augmentent le nombre des attributs. Ils sont formés des noms, en substituant la forme attributive à la forme subjective ; ou des verbes qui les renferment, en retranchant l'idée d'existence. . ^

D'autres noms et d'autres verbes peuvent ensuite se former de certains adjectifs.

Après que fattention a décomposé l'interjection en un

(4) M^éifkmH&y moAficafion. Le modifkaHf est le mot qui exprime la forme, la qualité de l'être, comme on le verra plus loisu

nom et un allribut , et que la comparaison a décomposé TaUribut en connectif et en modideatif séparés d^abord ou combinés ensuite, le raisonnement analyse le produit de ces décompositions pour en déduire leur expression dans le discours en leur substituant d'autres formes qui les caractérisent d'une manière sensible et positive , en les mettant en relation avec Tacte de la parole, qui est renonciation ou production de la pensée.

Du nom le raisonnement déduit le pronom, qui n'est le nom de rien en particulier, mais qui désigne les choses par leur rapport avec l'acte de la parole.

Les pronoms joints à un nom ne le modifient que sous le rapport de la personne; et, employés seuls, ils n'ont d autres significations que celle du nom qu'ils représentent en y ajoutant l'idée de personne.

Il y a donc deux sortes de noms : le nom proprement dit^ qui désigne la nature de Télre; lepronom^ qui caractérise sa relation avec Tacte de la parole. Ces deux espèces de noms sont généralisées par la dénomination de substantif j qui exprime un élre existant {slanlem) sous (^«4) une relation à une modification.

Du modificatif le raisonnement amené le délerminatif^ qui désigne l'exlension, la quantité de l'idée du nom par rapport à la fin de la pensée ou de la parole, expressions synonymes.

Les modifications sont donc de deux espèces ; le déler-' minatif o\x quantitif{t), qui modifie une idée dans son extension en déterminant le nombre des objets auxquels on l'applique et la manière dont on les considère 5 le modificatif proprement dit ou qualificatif, qui modifie une idée dans sa compréhension en augmentant ou diminuant le nombre des idées qui la composent.

Pour que le discours soit exact, pour qu'il peigne avec précision la pensée, il faut toujours déterminer Textension des noms avant de modifier leur compréhension et avant

(1) Mot tiré du latin qmniHa$, quantité, nombre, etc.

de les fairo sujets de propositions. Celle précaution n'est pas nécessaire quand ils sont employés adverbialement ; elle ne Test pas non plus pour les noms propres.

Toutes les langues ont des déterminatifs ; quelquefois les Latins négligèrent de s'en servir j quoique cela fut nécessaire^ et souvent nous les employons dans des cas où ils sont inutiles.

Les déterminatifs et les modatifs ou modificalifs proprement dits doivent suivre les variations des noms auxquels ils se rapportent. Ils sont déclinables s ils ne sont pas toujours déclinés.

A la forme indéterminée du connectif d'identité le raisonnement substitue une forme déterminée en le délibérant par une relation avec la personne et le nombre du sujet; et, en conséquence de cette relation, le connecttf délibéré, dégagé de son indétermination, prend des variations de personne et de nombre, et, si Ton veut, de genre, pour se conformer à son sujet, sans lequel il n'a point do sens déterminé ; sous celle forme seulement il exprime la pensée.

Il résulte des observations qui précèdent, loque lé jugement décompose l'attribut du sujet en verbe indéterminé ( ou infinitif), et en modalif qualificatif (adjectif); que le raisonnement décompose le verbe indéterminé en connectif d identité simple (le verbe étre)^ et en modatif et action (participe); T que dans le mode indéterminé-, le conneclif n'est point démêlé du modatif d'action, et que dans le mode déterminé ou personnel, il est délibéré, séparé du modatif; 3® que le connectif d'identité simple être est le verbe essentiel qui a été le premier inventé.

Ce n'est qu'après celte décomposition du verbe et après l'invention du verbe simple que la réflexion, faculté composée du raisonnement, recomposant les idées, a combiné le conneclif d'identité simple avec le modalif d'action, et en a fait sortir tous les verbes composés. Puis, par abstraction de la personalité et du nombre, elle a fait des noms des verbes, et de ces verbes- noms indéterminés (sans dé-

teminatif) ; elte a fait des yerbes^modatiCs indéterminés (sans déterminatif) sous la forme de phrase dans le discours.

De ce que le verbe n'est l'expression réelle de la pensée que quand il est déterminé par une relation de personne à Taction de la parole^ il résulte que Tacte de la parole est essentiel à la production de la pensée hors de notre intelligence 'y car nos idées ne s'expriment, ne s^énoncent que par certaines actions ou des attouchemens, ou des gestes, ou des cris ; dans le langage parlé des cris, les sons se notent par des figures tracées qui sont les signes des idées. Or, les signes du langage or;il sont de deux espèces : les uns expriment nos idées, objets de nos pensées, et n'ont d^ .rapport qu'à nos idées; ce sont le honii le modificatif^uor Uficatifti le connectif au mode' impersonnel (infinitif, participe) \ ils ne peuvent seuls, dans le discours, exprimer que des idées isolées ; ils peuvent bien former des phrases^ mais des phrases^idées, et jamais des énoncés de pensées* Les autres sont destinés à mettre nos idées en relation avec la parole, à déterminer leur rapport à la fin de la peusée^ à préciser la forme et la manière dont ils sont compris dans la production de la pensée par l'acte de la parole ; ce sont lepronom^ le déterminatif {VaLVlicle, les adjectifs de quantité et de nombre) et le connectif au mode personnel (indicatif). Us sont essentiels à l'expression de la pensée ; sans eux il n'y a point de proposition, point de phrase^ pensée $ sans eux les autres signes n'ont point de sens déterminé, point de détermination marquée dans le discours.

En conséquence de ces obserjrations^ nous croyons que la pensée serait exactement définie en disant : la pensée est l'acte de ï esprit qui décompose nos sensations , nos perceptions^ en les notant par des signes qui les caracié" TÎsent sous une relation avec tacte de la parole.

Ainsi, quand Tinterjection, signe ellypiique de la pro^ position, est décomposée par la pensée ou par l'acte de la parole, nous découvrons dans sa production ou son énon«> çiation un déterminatif^ un non} ou un pronom^ un co/inecti/'variable d'identité, un modificatij. Ce sont là les

mots essentiels à Texpression de la pensëè. Ils seraient les mots essentiels à Texpression de la pensée, ils seraient les seuls mots nécessaires au discours, si toutes nos idées, nos pensées étaient absolues et isolées. Mais souvent nos idées, nos pensées sont relatives, et^ pour désigner leurs rapports» nous avons besoin d^autres signes; de là le motif de Pin-> vention des signes utiles du discours, [Le raisonnement déduit encore ces signes des attributs, non pour les ajouter au sujet comme les modatifs et les pronoms, mais pout compléter Tidée de certaines modifications ou pour réunir des idées isolées qui se servent de développement Tun à Fautre. Ces signes ne servent jamais qu'à exprimer des complémens de modification ou de rapport dos noms entre eux, des rapports des phrases entre elles. Ils ne représentent donc que des fragmens d'attributs ou de noms, des idées complémentaires et corrélatives par lesquelles deux idéeSj deux pensées se correspondent comme conséquences Tune de l'autre. Telle est Torigine des mots seuhmeni utiles au discours^ et qui ne sont point élémens de la proposition simple et absolue. Recherchons leur génération ou l'ordre de leur déduction.

Si après la décomposition de l'interjection^ l'idée de Fattribut ne se trouve exprimée qu'imparfaitement dans le modificatif, le raisonnement, par une nouvelle abstraction , démêle l'idée de ce fragment d'attribut et invente pour le désigner un signe nouveau dont la destination est de s'adjoindre ou au modificatif ou au verbe pour en compléter le sens dans la fin de la pensée 5 et ce signe, en conséquence de sa destination, prend le nom de submodor tif[\) ou modificatif secondaire.

Le submodificatif est donc une fraction de la compré^

(1) Ou submodificatitf mot tiré de modifiearê^ modifier, et de sub, soos. Ainsi , le iubmodalif ou adverbe est le mot qui s'ajoute, se joint à l'adjectif ou au modificatif pour en préciser, déterminer davan* tage le sens. L'application fera mieux comprendre l'i^tilité ou plut4| le besoin des mots nouveaux que nous employons*

hension du moJificatîf; eVst une des îdëes accessoires qui composent la compréhension de sa signification. Si après la décomposition de l'allribul, il reste à exprimer certaines idées accessoires destinées à marquer la relation du sujet avec d'autres noms, le raisonnement, après avoir désigné ce fragment d'attribut par un submodalif» abstrait Tidée d'être fictif renfermée dans ce submodalif, et exprime l'idée de rapport qui reste, par un signe fractionnel qui prend le nom de connectij abstrait ou de dépendance^ par opposition au connectif d'identité; car celui-ci désigne qu'une idée est renfermée dans une autre, et celui là marque qu'une idée en détermine une autre, est subordonnée à

une autre.

Le connectif abstrait (préposition et conjonction) est une fraction d*un submodalif ou le fragment d'un modatif mutilé auquel il ne reste plus que l'idée de rapport et qui n'est plus destiné à se rapporter à un nom, mais à lier un nom avec un autre nom, en le post-posant à la suite de ses modifications.

En effet, si l'on décompose un submodatif et même un modatif, on trouvera un connectif abstrait et un nom d'être fictif, c'est-à dire qui n'a point la forme subjective ou nominale. C'est donc par l'abstraction de l'idée de Tétre indéterminé que le submodatif se transforme en connectif de subordination ; il y a donc après le connectif de mot l'cUypse d'un nom d'être indéterminé.

Si ce fragment d'attribut est destiné à lier deux pensées comme conséquences Tune de l'autre, le raisonnement déduit de ridée intermédiaire qui communique d'une pensée à lautre le signe du rapport qui les lie; mais i| n'y a pas besoin d'inventer un signe nouveau ; car le rapport d'une pensée à une pensée est de la même nature que celui d'une idée à une idée; aussi emploie-t-il toujours le connectif subordinalif de mot (préposition) auquel il adjoint le signe conjonctif que. Le connectif de mot ne diffère donc du connectif de phrase (conjonctif) que par le que ajouté ; de même que le connectif subordinatif de mot suppose Tellypse d'un nom d'être indéterminé^ de même

le connectif suhordinatirde phrase suppose Teltypse crune phrase-idée indiquée par que : quoique je lui eusse dé/en* du, c'est-à-dire, malgré mon opposition portée à up tel point que je lui eusse défendu; vous êtes assez de mes amis pour que je puisse compter sur vous ; vous êtes assez de mes amis pour m'inspirer une confiance telle que je puisse compter sur vous; ye le sentis sans quil y pensât. L'invention de la préposition a donc conduit à Pinvention delaconjonclion^/ue^ quiseule forme la connexion des phra« ses pour les mêmes rapports à Texpression desquels la préposition nVst pas nécessaire dans les mots.

Récapitulons nos développcmens. Les élémens utiles du discours, lesquels ne sont point élémens essentiels de la proposition, sont donc le suLmodati/iy^àsethe)^ le co/inectif'Subordi natif de mot (préposition^ et le connectifsubordinaï if de phrase (conjonctifj ; le premier ex|)rime des fragmens de modifications, les deux autres des fragmens de rapports,* les deux connectifs par leur nature indiquent^ Tun Tellypsed'un nom abstrait^ l'autre l'ellypse d*une phrase ; tous deux ils désignent des rapports de même espèce entre les mots et les^ phrases ; car la préposition est aux mots ce que la conjonction est aux phrases (I).

(i) Les eonneetifS'Subordinadfi étaient nommés par les Grecs ouv^eopoi et par les Latins conjuncliones , dont les uns , servant à la liaison des substantifs-subordonnés comme terme d'un rapport dans la phrase, avaient le nom de itpoOcnxoc ouv^coiao; , conjunelio^œpoêiiivay parce qu'ils se plaçaient devant le nom en état construit ; les autres servant à la liaison des phrases comme termes d'un rapport dans une phrase composée, étaient appelés <njv^r.a|Ao; au|A7tX8XTixo;, cotijunciiO'Copulaliva , pour les rapports de parallélisme , et <riv^top.o; ouvaTrr'occ; , eonjuncUo-eonlinualiva , pour lejs rapports de dépendance et de succession, qui se sous-divisaient même en plusieurs classes particulières, selon l'espèce de {subordination des rapports qu'elles désignaient dans le discours : d'où les grammairiens modernes ont tiré la dénomination de préposilian pour les rapports de mots, et celle de conjonction pour les rapports de phrases.

Or^ le mot coii/oncaon ou conjonctifdL la même valeur étymologique que celui de connexion ou connectifs qui est de former la liaison des élémens du discours. La différence qui nous semble les ca-

Ainsi) pôQf continuer l«s décompositions de là pen^e oui n'est qu'une combinaison d*idées, le raisonnement a démêlé dans les noms et les attributs les idées de rapport ou mieux de possibilité de rapports il en a déduit les coqnectifs de subordination : il a fractionné les noms et les attributs pour en faire des adverbes ; les adverbes ont été fractionnés pour en former les prépositions en faisant abstraction de ridée d'être indéterminé ; la phrase servant d'idée intermédiaire à plusieurs phrases par le moyen d*ùne préposition placée devant et par Faide d'un nouveau signe (que) a été ellypsée, et la préposition que a formé la conjonction.

Mais parce que les élémens utiles du discours n'expri* ment que des'complémens dMdées, et quMIs ne sont pas des* tinés à modifier des noms, ils sont invariables.

Nous avons recherché exactement l'origine et la généra-» tion des élémens du discours \ nous avons insisté sur leur distinction en élémens nécessaires et en élémens utiles, parce que c'est le fondement de leur division en élémens variables et invariables. Ainsi nous avons fait une espèce d'introduction à la syntaxe.

Récapitulons en tableau la substance des décompositions de ce chapitre; on en verra d'un coup-d'œil le résultat.

ractériser, est que le eonneetif est plas propre à désigner les rapports nécessaires et principaux, tels que ceux d'identité, de parallélisme, de dépendance positive , d'intégrance ; et que le conjonelif est restreint à l'expression des rapports utiles et accessoires comme ceux d'inci* denee, de dépendance rationnelle, de supposition. D*où il suit que le nom de connectif renferme dans sa signification spécifique ces deux espèces de rapports, et que le conjonelif est seulement un usage. particulier du conn^clt/pour les rapports accessoires d'incidence. Aussi donnons-nous au pronom gwt , quœl quod , la dénomination de pronom-conjonclif et non celle de pronom^connectif, parce que, en répétant un substantif déjà nommé, il forme la liaison ou conjonction des phrases incidentes avec la principale dans une phrase composée.

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