CAUSES DE LA VARIABILITÉ OU DB L*INVARIABILITÉ DU MODIFICATIF- VERBAL
Le modificatif verbal joint à son sujet parle verbe a^oir^ se. neutralise et perd le caractèro de variabilité qui appartient au qualificatif, parce qu'alors il est actif. Mais si l'objet de son action se trouve placé devant lui, il devient variable, parce qu'il est censé passif; son action semble rétrograder 'pour tomber sur lui, et ce terme objet devient idéalement le sujet grammatical de la phrase, comme il l'est réellement quand le modificatif est passif. Beaucoup de grammairiens ont nommé passif ce modificatli décliné; c'est une erreur. Il faut distinguer deux modes d'action opposés dans aimé\ ou il est actif, été aimant^ fai aimé^ fai été aimant^ ou il est passif, été aimé, je suis aimé ^ fai été aimé. D'autres grammairiens les nomment supin ^ et disent que dans j'az aimé^ le participe aimé est un supin. Mais ce que les grammairiens latins appellent supin est d'une autre nature que le participe ; le supin fait les fonctions d'un nom eh régime indirect, tt signifie jt;oar aimer^ tandis que le participe ^st le modificatif d'un nom dont il prend les désinences au passif (nous sommes aimés), désinences qu'il prenait aussi autrefois à l'actif (nous avons aimées ces dames, cous avons ces dames aimées, bas mulieres habemus amatas) et qu'il conserve encore lorsque Tobjet de son action est placé devant lui (les dames que j'ai
aimées), comme on trouve quelquefois en latin, mulieres quas habeo amatas. César a dit de lui-même (Bell. galK lib I): Ca^sar equitatum omnem^ quem ex omniproviuciâ et £duis atque eorumsociis coactum habebat^ praemittit; César envoya en avant toute sa cavalerie, qu' il avait tirée de sa province, de chez les Autunois et leurs alliés. Mais, depuis que aimant dont il est la forme antérieure , s'est neutralisé, est devenu invariable, aime (été aimant) s est aussi neutralisé. Autrefois, aimant se déclinait comme en latin amans. On en trouve la preuve dans cette phrase : Ses héritiers ou ayans cause. Il est vrai que dans ce cas il a pris le caractère d*un nom ; mais dans cette^itutre phrase* Ses oreilles esçoutantes ^ il est réellement modificatif. Or, quand la langue française s'est perfectionnée, elle a distingué dans aimant et aims deux caractères différens qu'elle a marqués par une orthographe différente. Aimant peut signifier une action passagère , une action momentanée^ qui ne se répète point à toutes les époques semblables à celles de son premier exercice : a Calypso, voyant deux étrangers aborder en son île, reconnut le fils d*Ulysse.»Dan8 celte phrase, voyant est neutralisé.
Aimant peut exprimer Thabilnde résultant de la fréquence de Faction, signifier une action permanente que sa répétition constante transforme en habitude, en qualité, et qui sous ce rapport s'est dépouillée de la force de participe, c'est-à-dire du mode d'existence, pour prendre le mode d'adjectif, mode abstrait de la signification d'existence , et pour se soumettre à la loi de concordance. Une eau dormante^ une femme aimante. Il en est de même du participe aimé : quand il est actif, il signifie être aimant^ nous a^ons luy nous avons été lisant; il est invariable, à moins que son objet ne soit placé devant lui, comme nous Ta vous dit tout à Theure. Quand il est passif,' il signifie e^reai/weiaCalypso, voyant deux étrangers abordés en son lie ; c'est-à dire, être abordés; a les ouvrages que j'ai vus commencés, » expression qu'il ne faut pas confondre avec celle-ci. <c Les ouvrages que j'ai vu commencer, ce c'est à-dire être commençant lesquels ous^rages ; car le premier
commence exprime un tems antérieur & mon action voir, et le second commençant ^ exprime simultanéité de tems entre voir et commencer. Dans le premier cas, les ouvrages étaient commencés quand je les ai vus; dans le second cas, on les commençait quand mon action de voir s^est faite. Si je disais, « Nous avons cru avoir commencé ces ouvrages avant votre départ, » je désignerais par commencé le participe antérieur à commençant, qui est participe simultané, puisqu'il signifie être commençant; si je disais ensuite, <c les ouvrages que nous avons cru avoir commencés avant votre départ, » je me servirais du même participe réellement actif que Tusage a fait variable parce que le régime est placé devant lui.
Nous avons cru devoir approfondir les différents caractères du modifîcatif, avec d'autant plus de raison que les conséquences qui eh découlent sont d'une grande importance pour la conjugaison du verbe dans les langues qui forment les tems antérieurs par le moyen des auxiliaires être et «voïV. En eflfet , il y a dans la langue française des modificatifs d'action absolue qui se conjuguent sur ai^oir et d'autres sur être. Quand ils prennent av^oir^ c'est que les vues de la pensée sont d'énoncer simplement l'action, l'existence de Faction: Tai dormi ^ foi dîné. Quand ils prennent être, c'est pour énoncer l'état qui résulte de l'exercice de l'action , c'est pour énoncer l'effet de Taclion produit dans le sujet : Je suis tombé, je suis venu. Il y a des modificatifs qui sont susceptibles d'exprimer ces deux vues de Tesprit, et qui, selon la fin de la pensée, se conjuguent sur ai^oir ou sur être: Il a sorti ce matin (sortie et retour); il est sorti tout à'Theure (affirmation de sortie, mais négation de retour) ^ il est monté dans sa chambre et il y est resté, il a monté dans sa chambre pendant la matinée j les enfans du grand-prêtre Héli ont péri misérablement^ celui qui est péri sur Véchqfaud pour la défense de sa foi, vl a pas péri, il jouit quand nous le pleurons. d'une vie bien plus parfaite que la nôtre.