‹ Grammaire hébraïqueChapitre 33 sur 289 · FLTS 5: — PÉRIODE TALMUDIQUE — . XLIII · texte numérisé non relu

FLTS 5: — PÉRIODE TALMUDIQUE — . XLIII

reconnaissent la manière de lire le texte telle que nous la présente la ponctuation des massorètes; cela se voit dans beaucoup de cas par le sens de la traduction, dans d’autres par la discussion de passages où l’interprétation dépend des voyelles qu’on prête aux consonnes du texte. De même, Sf-Jérôme se trouve souvent dans le cas de rendre un mot hébreu en caractères latins, et l’on y reconnaît presque toujours notre vocalisation ?).

1) Comparez par exemple la remarque qu'il fait sur le mot own et sur le zèle avec lequel les docteurs juifs se prononçaient pour la vocalisation inusitée de ce mot. — Il en est autrement des LXX; ceux-ci suivent quelquefois, en transcrivant des noms propres, une prononciation qui se rapproche de la prononciation araméenne, et quelquefois on croirait reconnaître une certaine influence du dialecte égypto-judaïque; ou bien ils adaptent les sons hébreux à la manière de prononcer des Grecs; souvent enfin la raison de leur déviation de notre texte massorétique ne peut pas être discernée. Cette divergence s’étend même parfois sur les consonnes, et il faut remarquer qu’en cela ils sont très inconséquents. Ce qu'il y a de plus régulier chez eux c’est qu’ils expriment le sheva simple au commencement des mots par &, ou bien ils l’assimilent à la première voyelle du mot; par ex. ?NYn% devient chez eux Zayuour; DNIY, Zu awd ; poiar, Zafovluv; ou bien 519, Z60oua; nŸ0ÿ, l'éuod fa. Cependant DAU?E est devenu Dolotesiu. Le sheva qui précède sheva, et qui s’est par conséquent changé en ireg, est rendu ou par &, ou par € et même par 0. Par ex. Dÿ?2, Bauladu; 1973, ledeuv; 190%, Zusv. On rencontre de même quelquefois des formes bizarres comme Zogovtus pour T3EY ;’AufBaxodu pour Pan; 711 est changé en 7/00days, forme grécisée. De même 2217 (pour lequel on trouve plus tard Y1®?, Néh. 8,17) devient chez eux /7ooùs. Le? est exprimé ou par 7 (l'ouoèba pour 722), ou par l'esprit rude (EBouïos pour 12%), ou bien pas du tout (ÆEvux pour pi»). Le n est rendu par y (Xaÿpdy pour 133) ou omis (/oudx pour pPn£7; ’/efexr/2 pour ?NPT).

Comme cette prononciation a passé des LXX dans le Nouveau Testament et dans nos traductions occidentales de la Bible, il s’est établi pour une quantité de noms propres de l'Ancien Testament une prononciation qui diffère de la vraie, non seulement quant aux voyelles, mais même quant aux consonnes.

XLIV —— INTRODUCTION — LE *p.

Dans quelques passages le Talmud paraît vouloir recommander une autre manière de lire à côté ou à la place de la Lecon reçue, mais Ce n’est pas qu’il regarde cette dernière comme douteuse; il veut seulement rattacher au mot dont il change les voyelles un certain enseignement rabbinique. La première de ces deux leçons, celle qui est sanctionnée et reconnue des écoles et dont aussi le Talmud n'entend pas contester l’authenticité, est appelée K7P2 (lecture); la seconde n’est pas une variante historique et critique, mais arbitraire, inventée et transmise par les rabbins pour y rattacher une certaine tradition à l’égard de leur explication de la Loi!) Cette leçon est nommée nD2 (tradition) ; il ne faut cependant pas confondre cette acception du mot tradition avec l'emploi qu’on en fit dans la période suivante.

La naissance et le développement d’un tel enseignement, fixé et soutenu par l’autorité des écoles, se comprend assez facilement si l’on se rappelle que déjà dans les temps après Esdras les savants scribes (077910) avaient à cœur de réunir les livres saints en un code bien fixé, dont il leur importait de garantir l'intégrité. Sans doute ces hommes doivent avoir été portés naturellement à en constater aussi la prononciation exacte et à transmettre à leurs disciples les normes d’une lecture bien assurée. De plus le profond respect des Juifs envers leur texte, disons la vénération scrupuleuse et superstitieuse qu’ils eurent, surtout après la ruine de Jérusalem, pour la lettre écrite, ne peut avoir manqué d'exercer son influence aussi sur la tradition de la lecture, particulièrement par rapport à la récitation publique dans les synagogues. Nous avons encore aujourd’hui dans les rouleaux des synagogues un échantillon de cet ancien état du texte écrit sans aucuns points-voyelles; et d’un autre côté, en

‘) Car ils disent: la Loi a soixante-dix faces (2132 272%); c'est à dire qu’elle permet un nombre infini d'explications; et c'est précisément cela qu’ils font valoir comme une preuve de son inspiration et comme un effet de la sagesse divine.

111) 5-6. — PÉRIODE MASSORÉTIQUE — XLV

voyant encore de nos jours comment les chantres juifs savent réciter et chanter ce texte par le seul exercice, sans pécher contre le moindre des accents, dont aucun n’est marqué, nous pouvons nous faire une idée de la manière dont le texte sacré à pu être lu dans la période talmudique.

B. Période massorétique.

(Voy. l’article Masorah de ARNOLD dans la Realencyklopädie de HER-

ZO&, 1re éd., et celui de STRACK dans la 2e éd.; de même celui de Le

SAVOUREUX, dans l’Æncyclopédie des sciences religieuses, tome VIIT; Drzz- MANN, article Bibeltext des À. T. dans HERZOG.)

6. Après que le Talmud, ou du moins la Guemara de Jérusalem, fut achevé, et dans le temps où prospéraient les écoles rabbiniques de la Babylonie, les écoles de la Palestine prirent un nouvel élan, en particulier celles de Tibériade (depuis le 6° siècle). Cependant les docteurs qui dirigeaient ces écoles ne s’occupèrent pas de travaux scientifiques dans le sens que nous donnons ordinairement à ce mot; c’étaient de savants et consciencieux compilateurs, qui s’appliquèrent à mettre en ordre ce qui avait été fait jusque là et à le transmettre à la postérité. Le but de leurs travaux était de mettre en sûreté de toute manière le texte sacré.

Pour atteindre ce but ils fixèrent d’abord la vraie leçon du texte quant à ses lettres, en comparant à cet effet les meilleurs manuscrits qui étaient à leur disposition. Cependant, dans les cas où une correction leur paraissait nécessaire, leur respect pour la lettre écrite ne leur permettait pas d’y appliquer directement le changement voulu; ils laissèrent intact l’ancien texte écrit (2715) et se contentèrent d'ajouter à la marge leur leçon (comme 7, voy. $ 48).

Un autre travail, reconnu comme devenant toujours plus nécessaire, fut celui d'appliquer au texte des signes pour la prononciation, afin de constater la prononciation et la récitation

Page 1