IIL. 8. — PÉRIODE GRAMMATICALE — LIII
rapport intime avec le mouvement scientifique des Arabes. C’est à cette classe qu’appartient le Juif espagnol MENAHEM BEN SA4- ROUR, de d'ortose (vers 950), qui le premier composa en hébreu un lexique des racines hébraïques (publié par Æ. Filipowsh, 1854), ainsi que son contemporain et son critique acerbe DounASEx 1BN LaBrarT (ou pour les Juifs: Adonim ha-Lew), de Fez, dont on possède en hébreu deux écrits grammaticaux polémiques, l’un contre Ben Sarouk (publié par Filipowski, 1855), l’autre contre Saadia |voy. pag. Liv] (publié par À. Schræter, 1866). Les connaissances grammaticales de ces deux auteurs sont encore bien imparfaites, ainsi que le montre surtout leur ignorance de la loi fondamentale du trilittéralisme des racines hébraïques. Ce sont ces deux grammairiens qui ont servi de guides presque uniques aux représentants les plus importants de la grande école exégétique qui fleurissait au Nord de la France au 11° et au 12€ siècle; leurs commentaires bibliques ont conservé une légitime réputation grâce à leur attachement au sens littéral, et leurs commentaires talmudiques ont joui chez les Juifs d’une grande autorité, mais la connaissance scientifique de la grammaire hébraïque ne leur doit que des progrès de détail. Nous voulons parler spécialement, soit du célèbre Rabbi SALomon BEN Isaac (appelé par abréviation Rashi !) par les Juifs, et souvent cité sous le nom erronné de Jarch), de Troyes en Champagne (mort en 1105), qui n’a point écrit d'ouvrage grammatical, mais qui montre dans ses écrits beaucoup de tact philologique, soit de ses deux petits-fils, Rabbi Samuez BEN Méir (abrégé en Rashbam, mort vers 1150), qui fait preuve d’une grande connaissance pratique de la langue dans ses nombreux commentaires bibliques, et Rabbi Jacos BEN Méiïr (surnommé Rabbi Tam, mort en 1171), qui, disciple de son frère aîné, devint un talmudiste renommé. Leur ignorance de la langue arabe ne permit pas à ces hommes
1) Abréviation formée par la réunion des lettres initiales du nom complet PME? MAP 727,
L1V —— INTRODUCTION — TTL
distingués de tirer parti des grands progrès que les Juifs espagnols et maugrabins avaient fait faire, déjà plus d’un siècle auparavant, à la grammaire hébraïque.
C’est dans la seconde moitié du 10° siècle en effet que commence pour cette science une ère toute nouvelle. Les Juifs d'Espagne et du Nord de l'Afrique profitèrent du grand épanouissement de la culture et des sciences chez les Arabes, avec lesquels ils vivaient en contact journalier; ils appliquèrent tout naturellement à leur langue sacrée, sœur de l’arabe, les méthodes grammaticales perfectionnées que les Musulmans avaient formées pour leur propre idiome.
Mais avant de rappeler les principaux chefs de cette école nous devons nommer SAADIA, appelé Gao, c’est à dire le vénérable, parce qu’il était recteur de l’école de Sora en Babylonie (voy. pag. xxxvin), nommé chez les Arabes Said ibn Jakoub al Fayoumi. Juif originaire d'Egypte (de Fayoum), qui mourut en 949, il avait eu une activité littéraire considérable; entre autres il traduisit et commenta presque tout l’Ancien Testament en arabe; on cite de lui plusieurs ouvrages de grammaire hébraïque, qui sont perdus, sauf un petit traité arabe sur 90 mots rares de la Bible (publié plusieurs fois dans notre siècle, entre autres par Derenbourg et eiger, 1844). Vers le même temps probablement vécut Jupa 18N Koreisx, médecin africain dont il reste une intéressante épître en arabe aux Juifs de Fez sur l'utilité de l’étude des Targums et sur les rapports du chaldéen et de l’arabe avec l’hébreu (publiée par Bargès et Goldberg, Paris, 1857).
Un demi-siècle plus tard, Jupa‘Havoug, {chez les Arabes Abou Zakaria Jahia ion Daud ; mort vers 1010), médecin de Fez dans le royaume de Maroc mais établi à Cordoue, acquit par ses écrits le surnom de père et chef des grammairiens (29797257 CN). En se rendant le premier un compte exact de la nature des racines défectives, de la permutation des lettres faibles et des principes de la ponctuation, il posa la base de la saine philologie hébraïque. (Trois de ses traités ont été publiés d’après les traductions