‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 169 sur 181 · ACCENTUATION DES DÉRIVÉS. T · texte numérisé non relu

ACCENTUATION DES DÉRIVÉS. T

ces suffixes (et, ain, aire), notre langue les emploie à former des dérivés nouveaux, en les ajoutant à . de mois qui ne les avaient point en latin : c'est par des additions de cette nature, qu'ont été formés les mots tels que visu-el, loint-ain, visionn-aire, dérivés créés de première main par la langue française.

Les suffixes atones latins, tels que as-inus, port-icus, jud-icem, s'éteignent tous en passant en français1, par une conséquence naturelle de la loi de l'accent (voyez l'explication de ce fait, p. 121;) as-inus donna âne; port-icus, porche; jud-icem, juge. — Ces suffixes n'avaient donc plus la force de servir à la création de nouveaux dérivés ; ce ne fut que plus tard que les savants ne comprenant plus le rôle de l'accent latin dans ces désinences, calquèrent niaisement la forme latine, en l'accentuant à faux, et en déplaçant l'accent. On eut alors des mots tels que portique (porticus), mobile (mobilis), fragile (fragilis)2, mots formés contrairement au génie de notre langue, mots barbares qui ne sont ni latins, ni français, et qui violent les lois d'accentuation de l'un et de l'autre idiome.

On distingue les suffixes français en nominaux (substantif et adjectifs) et en verbaux. Dans chacune de ces catégories, nous étudierons successivement les

4. Par français j'entends toujours l'ensemble des mots de formation spontanée et populaire, par- opposition aux mots savants introduits positivement dans la langue.

2. Notre ancienne langue, gui observait toujours la loi de persistance de l'accent, disait au Jieu de portique, mobile, fragile, porcbe {j'ôrticus) , meuble (inôbilis), frêle {Jrdgilis).

suffixes accentués en latin, et les suffixes atones, ayant soin de rejeter sévèrement tout mot introduit dans notre langue postérieurement à son époque de formation.

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