Foy. p
première qui est la bonne, et dont la création est antérieure au douzième siècle, est le produit d'une formation tout irréfléchie et spontanée ; la seconde, qui est de création récente, et remonte en grande partie au seizième siècle, est -l'œuvre réfléchie des savants qui ont introduit artificiellement dans notre langue les mots latins dont ils avaient besoin : de simulare, mobilis, rationem, le peuple fit sembler, meuble, raison, les savants. simuler, mobile, ration.
J'ai dit qu'on les distinguait, parce que les mots savants affectaient d'ordinaire une forme plus allongée, moins comprimée que les mots d'origine populaire. Mais être plus ou moins court, plus ou moins long est un caractère tout extérieur et superficiel, qui n'a rien de sûr ni de scientifique ; les naturalistes ne classent pas les animaux ni les plantes d'après leur longueur ; ils observent divers caractères internes qui leur permettent de procéder avec une sûreté parfaite ; il en est de même pour la philologie, cette histoire naturelle du langage : elle ne distingue pas les mots savants des mots populaires d'après leur longueur, mais bien d'après certains caractères internes qui empêchent de les confondre : ces caractères spécifiques, pierre de touche infaillible pour reconnaître les mots d'origine populaire, et les distinguer des mots d'origine savante, sont au nombre de trois : 1° La persistance de V accent latin; 2° la suppression de la voyelle brève; 3* la chute de la consonne médiane.