‹ Grammaire historique de la langue française;Chapitre 79 sur 181 · ADJECTIF^ QUALIFICATIFS · texte numérisé non relu

ADJECTIF^ QUALIFICATIFS

% 3. Adjectifs pris substantivement.

Certains mots, substantifs en français moderne, mais provenant d'adjectifs latins, tels que domestique (dômesticus), sanglier (singularis), bouclier (buccularius), grenade (granatum), linge (lineus), coursier (course), etc.,, étaient adjectifs dans notre ancienne langue, conformément à leur origine latine. On disait en vieux français :

Un serviteur domestique, c'est-à-dire un homme attaché au service de la maison (domus). L'ancienne laDgue, régulière dans sa formation, disait domesche (domésticus) respectant ainsi l'accent latin.

Un porc sanglier (porcus singularis) , c'est-à-dire un porc sauvage), qui vit solitairement; on l'appelle de même en grec, p.ovîoç (le solitaire).

Un ècu bouclier (clypeus buccularius), ce qui veut dire littéralement un écu bombé.

Une pomme grenade (pomum granatum), c'est-àdire une pomme remplie de pépins (grana).

Un vêtement linge (vestimentumliueum), c'est-à-dire un habit de lin. — Sur le changement de Zineus, en linçe, ou de erùC °n ge, voir p. 116.

Un cheval cavalier, c'est-à-dire un cheval réservé à la course , p^: opposition aux chevaux de trait, etc.

Dans ces différentes expressions, l'épithète a fini par éliminer le substantif, et devenir le nom môme de l'objet. C'est alors qu'on a dit: un domestique, un sanglier, un linge, un coursier, etc., comme nous disons

aujourd'hui un mort au lieu d'un homme mort, un mortel, au lieu d'un être mortel, etc.

S h. Degrés de signification

Ici, comme dans toute la déclinaison française, les particules ont chassé les flexions or, imws,quimarquaient en latin les degrés de signification, et ont pris leur place en français. En cela se reconnaît encore la tendance analytique des langues romanes :

Comparatif. Il se forme par l'addition des adverbes plus, moins, aussi au positif, aussi hien dans l'ancienne langue que dans le français moderne. — Observons seulement qu'à côté de la forme plus..,, que, l'ancien français possédait, comme l'italien, la forme de : Il est plus grand de moi. On disait indifféremment : il est plus grand de moi, ou : il est plus grand que moi. De même en italien : Plus grand que mon livre : Più grande del mio lihro.

Quelques adjectifs ont conservé en français la forme synthétique du comparatif latin : meilleur (melidrem). L'accent se déplaçant au cas-régime (mélior-melidrem), il en résulte, comme nous l'avons vu, une double déclinaison, qui se résout, soit en un seul cas, soit dans Ja conservation des deux cas revêtus d'une signification différente.

Les cinq adjectifs Bon, Mal3 Grand, Petit, Moult ont gardé leur comparatif :

Bon : mélior, vieux ir.mieldre— melidrem meilleur.

DLGRÉS DE SIGNIFICATION. 167

Mal : péjor, pire — pejdrem, vieux fr. pejeur. Grand : major, mairç, — majdrem, majeur. Petit : mînor, moindre — min 6 rem, mineur. Moult (multus) : pluridres, plusieurs.

Les formes neutres sont: minus (moins), pejus (pis), plus (plus), mèlius (mieux, vieux fr. miels).

Ajoutons à cette liste la double forme senior qui a donné le vieux fr. sinre [lequel est devenu sire, comme prins du latin prensus est devenu pris], et seniorem qui a donné» seigneur.

Superlatif. Il se forme par l'addition de le plus, très, au positif. L'ancienne langue disait aussi bien moult (multum) beau, que très-beau.

Quelques superlatifs latins persistèrent en vieux français. On disait au douzième siècle : saint-isme (sanctissimus), altisme (altissimus), etc.1. Ils disparurent au quatorzième siècle. Quant à nos mots en issime, ils sont savants et ne remontent point au delà du seizième siècle : comme tous les mots qui ne datent point de la période populaire et spontanée, ils sont trèsmal formés, et violent la loi de l'accent : Généralissime (generalissimus), reverendissime, illustrissime, etc.

♦. Six siècles avant la naissance de notre langue, Ve latin vulgaire contractait déjà en ismus, les superlatifs en issimusy preuve de l'énergie croissante et de l'influence de l'accent latin. On trouve dans les graffiti de Pompéi, et les inscriptions des premiers temps de l'Empire cansmo, -dulcisma, felicismus, splendidismus, pientismus vicésma, etc., au lieu de carissimo, dulcissima, /elicissima, splendi. dissimusy pientissimus, vieesima, etc.

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