Sur les consonnes doubles, notons les points suivants
1° Les consonnes doubles latines, conservées telles quelles en italien, se réduisent dans les autres langues romanes à des phonèmes simples. Pour le français, les consonnes doubles peuvent se trouver devant une voyelle finale caduque: becc u m > bec, siccum > sec, c a b a 1 1 u m > cheval, b e 1 1 u m > bel, crassum > gras, etc., ou à l’intérieur d’un mot: sappinum > sapin, *capponem > chapon, cuppa > coupe, pu lia
> poule. On voit que la réduction est postérieure au changement des explosives simples intervocaliques (§ 866,3): saponem > savon, mais *capponem > chapon; cap ilium > cheveu, mais *c a p p e 1 1 u m > chapeau ; p a c a > paie, mais va c c a > vache. Le plus ancien exemple de la réduction d’une consonne double se trouve dans le glossaire de Reichenau (§ 12): a b atlas < :i:abbattuas (n° 501). L’orthographe moderne a souvent rétabli la consonne double: ilia > ele > elle; bel la > bele > belle; nul la > nule > nulle; abbatem > abé > abbé; mappa
> nape > nappe; gutta > goule > goutte; mittere > métré > mettre. Le gallo-roman ne paraît avoir conservé que les groupes -II-, -rr-, -ss-, qui peut-être ont existé aussi dans le plus vieux français.
2° Les consonnes doubles de l’ancien français sont héritées
du latin (voir ci-dessus), ou elles proviennent d'une assimila-
lion: Rolland (< Radiant), nourrir (cnutrire), menai (< menrai, mènerai-, II2, § 205,s), etc., ou elles sont dues à la phonétique syntaxique ($ 112); dans certains cas, la consonne initiale d’un mot est renforcée (redoublée), si le mot précédent finit par une voyelle et que les deux mots soient intimement liés; les consonnes sujettes à ce changement sont c, /', /, p, r. s. Exemples: