‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 11 sur 294 · II. LES SIGNES DIACRITIQUES · texte numérisé non relu

II. LES SIGNES DIACRITIQUES

101. Les copistes du moyen âge employaient très rarement des signes diacritiques (à part les abréviations); on écrivait parfois in, pour qu’il n’y eût pas confusion avec m; hâi, méisme, aurez, etc., pour marquer la présence de deux voyelles distinctes; gloire, etc., pour marquer la voyelle accentuée. Ce sont les imprimeurs et les grammairiens du XVIe siècle qui ont commencé à faire un emploi régulier de signes diacritiques empruntés à l’orthographe grecque; mais la valeur de ces signes n’est plus la même: en grec, ils servaient surtout à marquer la tension de la voix sur une syllabe plutôt que sur les syllabes environnantes; en français, ils indiquent généralement une différence de prononciation ou de timbre entre les mêmes lettres, mais leur emploi est très arbitraire (comp. fève et trêve). Dans quelques cas isolés, ils servent à distinguer des homonymes (comp. la et là).

102. L’accent aigu se met sur les e fermés non suivis d’un d, d’un /• ou d’un z linals: étonné, sévérité, précepte, blessé, blessée, blessés, né, nés (comp. pied, berger, panier, blesser, blessez, nez, chez, lez). Notons en outre que:

1° L’accent aigu s’emploie abusivement dans quelques substantifs: affrètement [afrttmâ], allégement [allegmâ], complètement (substantif), événement (comp. avènement), Liège; dans des futurs tels que abrégerai, protégerai, céderai (comp. mènerai).

etc.; dans les phrases interrogatives ou optatives, telles que chanté-je, veillé-je, puissé-je, dussé-je (II2, § 221).

2° L’accent aigu est souvent omis dans les mots étrangers: brasero [brazero], revolver [revolve:rj, optime, vice versa, mea culpa, Te Deum, etc. On écrit pourtant alinéa, avé, boléro, facsimilé, etc. — Il est omis souvent aussi dans des noms propres étrangers ou anciens: Gherardi, J.-M. de Heredia, Clemenceau, Lefevre, etc.

Remarque. L’accent aigu a été introduit par l'imprimeur Geofroy Tory (cf. § 37), qui l’emploie seulement pour marquer l’e fermé final: seuerité, félicité (au pluriel seueritez, feliciti z). Cet usage est généralement suivi jusque dans le XVIIe siècle; ainsi Vaugelas écrit encore securité, évité, mémoire; mais il emploie en même temps, comme tant d’autres, l’accent aigu pour marquer l’e ouvert [e] : dés, après, cét. Pierre Corneille est le premier qui ait essayé de faire une distinction rationnelle entre l’é et l’è: il s’exprime ainsi dans un Avis au Lecteur, imprimé en tête de l’édition de luxe de son Théâtre, donnée par lui-même en 1664: »Or comme ce seroit vne grande confusion que ces trois e en ces trois mots, aspres, vérité et apres, qui ont vne prononciation si differente, eussent vn caractère pareil, il est aisé d’y remédier, par ces trois sortes d’e que nous donne l’imprimerie, e, é, è, qu’on peut nommer Te simple, l’e aigu et l'e grave. Le premier seruira pour nos terminaisons féminines, le second pour les latines, et le troisième pour les esleuées, et nous escrirons ainsi ces trois mots et leurs pareils, aspres, vérité, après, ce que nous estendrons à succès, excès, procès, qu’on auoit jusqu’icy escrits auec l’e aigu, comme les terminaisons latines, quoy que le son en soit fort different. «

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