Il faut examiner à part les groupes suivants
1° NJ; voir § 334.
2° NM. Dans ce groupe, N tombe en allongeant la voyelle précédente (§ 130, i): Hieronymum > Jérôme; anima > vfr. aneme, forme savante > âme; ou N se change, surtout par dissimilation, en 1 ou en r: animalia > vfr. armaille ou almailte, conservé sous la forme aumaille; anima > vfr. arme; minima > vfr. merme. La nasalisation normale est conservée — avec une modification purement orthographique — dans emmener, composé de en et mener.
3° NN. Ce groupe se réduit régulièrement (§ 316) à n; la consonne tombée a reparu dans l’orthographe moderne: hinnire > henir, hennir, penna > pene, penne (§ 211); grün
nire donne régulièrement gronir, qui s’altère en grogner (sous l’influence de grigner?). Pour étain, voir § 230,3. Les mots tels que annales, inné, innover, etc., où s’articule un n double, sont savants.
4° NR. Il se développe dans ce groupe une consonne accessoire: ponere > pondre; voir § 498,2. Avant l’accent, nr devenait souvent rr dans la vieille langue: conreer > correer, corroyer; douerai, don’rai (§ 291 ss) > dorrai (rarement dondrai ); mènerai > men’rai > merrai; denerée > den’rée > derrée. Pour Conrad, on trouve dans la vieille langue Corras (Guillaume de Dole). Les mots qui présentent le groupe -nr- intact ne sont pas d’origine populaire: vinrent et tinrent ont remplacé vindrent et tindrent, encore en usage au temps de Vaugelas (voir II2, § 191,2); genre a remplacé gendre, etc.
5° NS. Dans ce groupe, N avait déjà disparu en latin (§ 318,s), en allongeant la voyelle précédente par compensation (§ 130, 1): mensem > mêse; sponsa > spôsa; insula > Isola; pensare > pêsare; mansionem > màsjone; consuere > côs(v)ere, etc. Les formes françaises n’o firent aucune trace de N; mois, épouse, île, peser, maison, coudre. Les mots français qui présentent -11s- sont ordinairement savants: penser (panser), consul, monstre, sens, anse, censer, dispenser, dense, etc. Dans d’autres cas, il s’agit de reconstructions ou de formations analogiques; de cette manière s’expliquent défense, dépense, réponse, semonce, formes féminines des anciens participes defens, dépens, répons, semons, refaits sur les autres formes des verbes (II2, § 97 ss.); remarquez aussi conseil, où la nasale semble due à l’influence du préfixe con-.