‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 117 sur 294 · V. N MOUILLÉ · texte numérisé non relu

V. N MOUILLÉ

333. La nasale palatale qu’on appelle n mouillé était inconnue au latin classique; elle s’est développée dans la langue vulgaire et provient des groupes nj (§ 334), ng et gn (§ 335): vinea > vipa; unionem > opone; cingere > cepere; ungere > opéré; longe > lope; p u g n u m > popo; a g nellum > apello; signum > sepo. La nasale mouillée se maintient jusqu’à nos jours quand la voyelle suivante se conserve: apello > agneau; sinon, elle disparaît: lope > loin.

Remarque. Le nouveau son nasal est représenté par n en espagnol (senor), par nh en portugais (senhor), par gn en italien ( signore ). En français, on a longtemps hésité entre gn, ngn, ign, ingn ; on écrivait au moyen âge gag nier, gangnier, gaignier, gaingnier. Après le XVIe siècle, on a généralement adopté gn: gagner, agneau, montagne ; pourtant, dans quelques mots, on a conservé ign: enseigne, teigne, oignon, poignard, Cavaignac, Champaignac, Champaigne,

Montaigne (§ 229, «, Kein.), etc.; on hésite entre encoignure et encognure [âkojly:r]; l’Académie, dans son Dictionnaire (1931), donne l’orthographe encoignure, mais la prononciation [encognure]. Il est curieux d’observer que cet i a même pu s’introduire dans la prononciation (S 119); c’est ainsi qu’on prononce maintenant [môtfcji] au lieu de [môtaji], parce qu’on continuait à écrire Montaigne; cf. moignon et plusieurs des dérivés de poing cités au § 229,6.

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