NJ > [p
(comp. § 229)
ligne
seigneur
vigne
oignon
tinea
teigne
b a (1) n ea r e
baigner
enseigne
*cuneata
cognée
montanea
montagne
Boulogne
verecu n(d)ia
vergogne
La fusion de
[n] + [j] en
un seul phonème
[p] a eue
lieu dans le parler vulgaire de Paris. Exemples: G’na plus d’argent dans ce gueux de Paris (Béranger). Vous avez pas lini de changer d'opignions (J. Marni, Fiacres, p. 1 117). Aile avait des magnières très bien (A. Bruant, Dans la rue, p. 18). On prend des magnièr’ à quinze ans (//>., p. 199). Là, c’est réglé, gnya pas d’erreur (ib., p. 188). Dans le peuple, fainéant se prononce [ftqà] (cf. feignant). L’Académie (1(194 — 1878) remarque que miniature se prononce ordinairement mignature. Hindret (1687) reprochait à »la petite bourgeoisie de Paris« de dire un pagner, un jardigner au lieu de panier, jardinier : et, comme on disait magner pour manier, on avait formé un nouveau présent: je magne, tu magnes, il magne, etc. Le même développement du groupe [nj] se retrouve dans plusieurs patois; Pierrot du Don Juan de Molière dit ignia pour il n’y a. Dans »Les fausses confidences« par Dorvigny (Paris, 1781) un matelot dit: Je sommes officier marignier. Torgnole (panaris) est probablement une forme patoise pour tourniole.
Cas isolés. Vfr. carignon (* q u a t r i n i o n e m) > carillon : vfr. espine vignette > épine-vinette, par assimilation. Dans quelques mots, le groupe [nj] ne s’est pas fondu en [p]; le yod est devenu [3] (comp. § 471), et n a disparu en nasalisant la voyelle précédente: extraneum > étrange; granea > grange;
lanea > lange. Il s’agit sans doute de mots introduits plus tardivement dans la langue. Comp. M J > [5] (§ 472,4).
Formes analogiques. Tienne et vienne remplacent tiegne (teniam <, teneam) et viegne (veniam); voir II2, § 144.
Mots d’emprunt. Union, ingénieux, calomnier, miniature, véniel.
Remarque. La nasale mouillée peut se réduire, comme la latérale mouillée, à un simple [ j ] (comp. § 351, 1); comme cette réduction n’a lieu que dans quelques patois du midi ( Annales du Midi, XIV, 224), nous ne nous en occuperons pas ici.
335. GN et NG (devant e, i) se combinent en [p]. Ce son s’est conservé jusqu’à nos jours devant une voyelle:
agnellum agneau signa (en)seigne
d ignare daigner plangentem plaignant
*in signa re enseigner fingentem feignant
Formes analogiques. Sur les formes verbales qui présentent un [p] analogique, voir II2, § 43.
Cas isolés. Cognoscere paraît être devenu *conoscere (sous l’influence de noscere), d’où conoistre, connaître. Ing u i n a > eingne, aigne, réduit à aine.
Mots d’emprunt. La nasale mouillée se trouve également dans les mots empruntés: assigner, signifier, règne, digne, signe, cygne, bénigne, maligne, ignoble; pourtant, cette prononciation est récente et provient d’une réaction de l’orthographe (§ 119). Dans tous les mots cités, on prononçait autrefois n, bien qu’on écrivît souvent gn, selon le latin. L’Orthographia Gallica remarque déjà (p. 28): »Item quando n sequitur i in media diccione in diversis syllabis, g debet interponi ut certainement, benignement, etc., sed g non debet sonari«; au XVIe siècle, Th. de Bèze observe (p. 75) que »g quiescit« en signe, signer, resigner, régné, regner, »quasi scriptum sit sine, siner, résiner, rene, rener«. De nombreuses rimes attestent également la prononciation n ; on faisait rimer régné : pleine (Rutebeuf); digne : voisine (MND, n° I, v. 877); benigne : gesine ( ib ., n° V, v. 204); rogne : digne (ib., n° X, v. 165); signes : ghelines (Jean de Condé, I, 50, v. 43); indigne : dîne (Nouv. Pathelin, v. 214); signe : latine
(ib., v. 724); répugné : rancune, etc. De telles rimes se trouvent encore fréquemment dans les auteurs du XVIe siècle: maline: médecine ( Vaux-de-Vire , p. p. Jacob, p. 30); maline : voisine (Vauquelin de la Fresnaye, Art poétique, II, 963), etc.; elles disparaissent au XVIIe, où la prononciation avec n mouillé devient générale. Malherbe (IV, 313) blâme Desportes d’avoir employé bénine au lieu de bénigne; quand La Fontaine fait rimer machine et maligne ( Fables , n° VI, 15), c’est probablement un archaïsme ou un vulgarisme: la forme maline est restée jusqu’à nos jours dans la prononciation vulgaire et dans les patois. On sait que les armes parlantes de Racine étaient un rat et un cygne (le poète supprima le rat comme trop peu noble et ne conserva que le cygne). Une dernière trace de l’ancienne prononciation se trouve dans signet [sine]. — Dans plusieurs mots savants d’introduction récente, on prononce [gn]: ignifuge [ignifyg], stagnant [stagna], etc.
336. Si la nasale mouillée devient finale, ou si elle se trouve devant une consonne, elle perd son mouillement et nasalise la voyelle précédente, tout en dégageant un i (cf. § 228):
1° La nasale mouillée devient finale:
cunenm
coin
pomg
juin
signum
vfr. sein
b a (1) n e um
bain
longe
loin
testimonium
coing
témoin
§ 230, s) étain
A la fin de ces mots on a prononcé d’abord une nasale mouillée qui, probablement vers la fin du XIe siècle, est devenue dentale et a dégagé un yod; conip. plein : desdeign (St. Brendan, v. 235); estain : airain (Brut, v. 16).
M ots d’emprunt. Magnus a été emprunté sous la forme de magne, conservé dans Charlemagne; un développement régulier aurait abouti à main, dont on trouve une trace dans Mainet, le surnom légendaire du jeune Charlemagne; les vieux textes (voir par ex. »La guerre sainte« par Ambroise) donnent souvent une troisième forme maine (contamination de magne et main?). Signum a passé sous la forme savante signe; la
vieille forme populaire sin se retrouve dans plaquesin et tocsin. Rappelons enfin le mot Scandinave (h)rogn (œufs de poisson) devenu rogne.
2° La nasale mouillée se trouve devant une consonne: dignitatem > dipitate > vfr. deintié > daintier; plangere > plapere > plaindre (§ 498,3); plangit. > plapet > plaint; in signet > insipet > vfr. enseint (comp. in signât > enseigne). Si la consonne suivante est s, elle devient z: cuneos
cupos > vlr. coinz; comp. poinz, bainz, cumpainz, tesmoinz, etc. (cf. § 307, 8).