III. CONSONNE -f L
341. L après une consonne se maintient ordinairement; dans quelques cas isolés, il se change en N ou en R, ou disparaît; si la consonne précédente est une palatale, il se combine avec elle.
1° L reste après une consonne initiale quelconque: plaga > plaie, clavem > clef, gloria > gloire, fl o rem y. fleur, blasphéma r e > blâmer, etc.
Cas isolés. L est devenu R dans l’ancienne forme cristère (pour clgstère ) qui scandalisait H. Estienne; il s’écrie: »Et quelle honte doneques est-ce maintenant (je suis inoy-mesme honteux de le dire) qu’on oye sortir de la bouche d’aucuns médecins ce mot cristère?« ( Apologie pour Hérodole, I, 314; comp. Deux Dialogues, I, 199). Rappelons aussi crin d’œil et compriment dans le langage populaire de Paris (Nisard, p. 202). L disparaît, par assimilation harmonique (§ 507,»), dans quincaille (< vfr. clincaille) et les dérivés quincaillier, quincaillerie; par dissimilation, dans faible (< fie b i le m) et dans cheville (< ca-
vicula, pour cl a vieil la). Dans la langue populaire, L s’est amuï dans cela > ça, celui > çui, plus > pus; de ces formes, ça et pus remontent au moins au XVIIe siècle (comp. Thurot, II, 266), çui paraît plus moderne: Ya qu’un vrai moyen . . . c’est çui-là (Bruant, Dans la rue, p. 193).
2° L reste après une consonne médiale (excepté T, C, G, .1 ; voir ci-dessous): duplum > double, ins(u)la > /s/e, île, tab(u)la > table ou tôle (g 376), *par(au)lare > parler, etc.
('.as isolés. L s’est amuï dans épisser, qui est pour esplisser (< holl. splitsen), et dans rabobiner qui remonte à rabobliner (Acad., 1694) pour rabobeliner (cf. g 291). Dans beaucoup de proparoxytons, L devient N ou R, ou il disparaît; les plus vieux textes conservent ordinairement les formes avec /. L > N après r et s, dans margula > vfr. marie > marne ; pessulum
> vfr. pesle (encore dans Riehelet, 1680) > pêne; posterula
> vfr. posterle > poterne. L > R parfois après une labiale : *umbiliculum > nombril (par dissimilation), ail. S a bel > sable (Oudin) > sabre; on trouve en vfr. ensembre, orribre pour ensemble, horrible; le passage de / à /• a lieu aussi après une palatale, voir ci-dessous n° 3. L disparaît dans amygdala > *amendola (g 426) > amande; angelum > angele > ange; Aristoteles > Aristote; dactylum > datte; glandula > glande; tempora > temple (encore Acad. 1740) > tempe (déjà dans Palsgrave); vha. wimpal > guimple > guimpe; vha. haspal > hasple > haspe (encore dans Oudin, 1655); bas-all. s t a p e 1 > étaple > étape.
3° TL. Par une assimilation anticipante, tl est devenu cl déjà en latin: vetulum > vetlo > veclo (d’où ital. vecchio, esp. viejo, port, velho, fr. vieil); situ la > sitla > sicla (d’où it. secchia, port, selha, fr. seille). L’Appendix Probi recommande de dire »vetulus, non veclus« (n 5). (Un phénomène analogue s’observe parfois dans le parler populaire de Paris, où Châtelet devient [Jakle], et en anglais, où cl, gl se confondent presque avec tl, dl; comp. la rime dans le proverbe Alany a little makes a mickle .) Dans les mots plus récents, / se change en [5] et linit par disparaître: *rot(u)lare > robler > rouler (g 383).
Mots d’emprunt. Dans les mots introduits au moyen âge, L devient R: apostolum > apôstele > apostle > apôtre; capitulum > chapitele > chapitle > chapitre; cartula > vfr. chartre,
epistola > épître, fis tu la > vfr. festre (remplacé par la forme savante fistule), *pulpitulum > pupitre, titulum > titre; on a le même changement en /• après d; glandula > vfr. glandre, idolum > vtr. idre (à côté de idele, idle), scandalum > esclandre, Wandal u m > Wandre.
4° CL, GL, JL. Ces groupes se combinent en [X]; voir § 350 ss.
5° ML. Il se développe dans ce groupe une consonne accessoire: cum(u)lare > combler, insim(u)l > ensemble; voir § 497,1.
Remarque. Le mouillement du L appuyé, qui a joué un si grand rôle dans la plupart des langues romanes (clamare > c.Camare: ital. chiamare, esp. Ilamar, port, chamar ), est inconnu au français du moyen âge. De nos jours, on constate l’existence du phénomène, et sous des formes très intéressantes, dans plusieurs patois de l’Est, du Centre et du Nord-Ouest (Calvados).