‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 125 sur 294 · V. L FINAL · texte numérisé non relu

V. L FINAL

345. L final se conserve; que la consonne soit simple ou double en latin, le résultat est le même en français:

hôtel

fl

sa 1

sel

vile m

c a bail u m

cheval

mille

mil

val

fi 1 i 0 1 u m

filleul

cælum

ciel

s o 1 u III

seul

fel

fiel

molle m

mol

bel

il u 1 1 u ni

nul

isolés. L final

peut s’amuïr,

se mouiller

ou se changer

Il s’amuït dans satullum

> vfr. saoul > soûl [su];

comp. soûl : trou (La Fontaine, Fables, II, n° 2). La terminaison -il se prononçait ordinairement soit [il]: gentil em > gentil, soit [i£]: periculum > péril [pariX]; il y a eu confusion entre les deux formes, et grâce au changement de [if] (§ 351) et à l’amuïssement partiel de [1], on constate maintenant trois prononciations différentes qui ne coïncident qu’accidentellement avec celle demandée par l’étymologie. On prononce [il] comme dans avril, péril, pro/il, ou [i] comme dans chenil, fusil, gentil, rarement [i : j] comme dans mil (millet). De fusil, on a tiré fusilier et fusiller. Comp. § 353. Dans le parler populaire, le pronom il se prononce souvent [i] (voir Manuel phonétique, §47, Rem.); cet amuïssement remonte au moyen âge (II2, § 528, i). De la même manière, quel est devenu qué: Que' sale métier (J. Marni, Fiacres, p. 269). Que’ chambardement (A. Bruant, Dans la rue, p. 105). Buffier remarque en 1709 que dans le discours familier quel monstre se prononce que’ monstre. Far un changement de suffixe, L est devenu II dans: prov. brancal > brancal, d’où brancar (encore dans Richelet, 1080) et enfin brancard (déjà dans Oudin, 1642); it. caviale > cavial (Furetière) > caviar. Plus particulier est le cas de l’ancienne interjection mare ou mar; il est possible qu’elle représente mala (sc. Iiora), où L > R; il est plus vraisemblable qu’elle est issue d’une coin-

binaison ma la -(- hora > *mara, où le son r provient de la deuxième syllabe du second élément composant (comp. le contraire bor < bona -f- hora > *bora).

346. Un grand nombre de mots qui régulièrement devraient se terminer en /, ont vocalisé cette consonne: agneau (agnellum), beau (bellum), chou (caulem), cheveu (cap ilium), fou (follem), etc. Ce phénomène est dû à l’analogie et à la phonétique syntaxique.

1° Les mots en / vocalisaient ordinairement cette consonne devant 1’ s de la flexion (§ 342); on déclinait dans la vieille langue: chevaus ( ca b a 11 us), cheval (c a b a 1 1 u m) — cheval (c a b a 1 1 i), chevaus (c a b a 1 1 o s) ; on avait de même agnel — agnecius , chevel — cheveus, chol — chous, mol — mous, filleul filleus, ciel — cieus, etc. Dans la langue moderne, il y a eu simplification, et on a créé de nouvelles formes analogiques, ou pour le singulier ou pour le pluriel. La forme du pluriel des noms en -él (-ilium), :èl (-éllum), parfois -eul et -ol, a réagi sur celle du singulier, et à la fin du moyen âge chevel, chastel, essieul, chol ont été remplacés par cheveu, chasteau, essieu, chou. Pour les autres mots, la forme du singulier a prévalu et son / a été introduit au pluriel: filleuls, glaïeuls, seuls, ciels, fiels, rossignols. L’état primitif s’est conservé tel quel dans les mots en -al: cheval — chevaux, et dans aïeul — aïeux, ciel — deux; pour les détails, voir II2, § 289 ss.

2° A côté de la forme étymologique bel (bellum), on avait non seulement beaus (bel lu s, bellos), mais aussi le doublet beau. Les mots en / vocalisaient également la latérale, toutes les fois qu’ils se trouvaient devant un mot commençant par une consonne et auquel ils étaient étroitement liés. Ce phénomène a été observé de bonne heure. Dans son traité orthographique, Coyfurelly remarque: »L eciam posita in fine diecionis, si sequens diccio incipit a consonante, sonum suum proprium dimitlet et quasi u sonabitur in effectu, ut l'amiral d’Engleterre, chival soer, fiel de fust, seal d’argent, fiel de makerel malvais est, beal filz escoutez. Si vero sequens diccio ineipiat a vocali, tune / sonum proprium procul dubio retinebit, ut nul aultre, nul enemy, nul ignorent, nul homme, nul usage. « Comp. Tel erreur en nostre lei, Teu dulur en out li rei (Chardry, Li set dormons, v. 887 — 888).

Kr. Nyrop: Grammaire. I 2:i

347. Par suite de ces circonstances, beaucoup de mots en / avaient souvent dans la langue parlée un doublet en u: mal — mau, bel — beau, nouvel — nouveau , cheval — chevau, fol — fou, etc. On trouve de ces doublets jusqu’au XVIIe siècle, et ils étaient 1res répandus parmi les substantifs. On a hésité longtemps entre oisel et oiseau, mantel et manteau, tonnel et tonneau, journal et journau, etc. Dans une farce du XVIe siècle, un des personnages dit: »Et ne suis-je mie aussi gras qu’un veel? doy-je dire un veauu (ATF, I, 53). De ces doublets, la langue moderne a conservé les suivants:

Al, au: Cheval — chevau (chevau-léger) ; mal — mau (maudire, maussade, maugréer; à mau chat, mau rat); val— vau (avau de route, avau vent, Vaucluse, Vauvert, vaudeville).

El, eau: Agneau — agnel; beau — bel; lambeau — lambel; marteau — martel (avoir martel en tête, Charles Martel); nouveau — nouvel; sceau — scel (le scel du Châtelet, scel et contrescel). Appel, dont on a tiré, par analogie, le doublet appeau, est un substantif verbal d'appeler.

Ol, ou: Cou — col; licou — licol; fou — fol; mou — mol.

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