‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 126 sur 294 · VI. LL · texte numérisé non relu

VI. LL

348. Ce groupe s’est maintenu tel quel jusque dans la période gallo-romane; les deux / de bel la, villa, va lie, n ovella ont dû se prononcer avec la même articulation qui s’emploie encore en italien. Vers la fin de la période, et après le changement des voyelles libres, les deux / se sont réduits à un seul: bel la > vfr. bele (comp. vêla > vfr. veile ); va lie > val (comp. talem > taie > tel), etc. L’orthographe médiévale n’admet ordinairement qu’un seul /; au temps de la Renaissance, une restauration savante a rétabli 17 double entre deux voyelles: ilia > e/e > elle, villa :> vile > ville (on a conservé vilain), novella > novelc > nouvelle. Il est possible que l’articulation double ait existé encore dans le vieux français; on trouve dans la prose de Ste Eulalie polie, elle, bellezour, celle; mais le Jonas offre ce/e.

Formes analogiques. La latérale mouillée [X] a remplacé II dans bullire > bouillir, * fa 11 ire > faillir, par analogie avec

les autres formes qui avaient un / mouillé (II*, § 42, 2). Un / mouillé se présente aussi dans quelques mots d’emprunt: anguille (a n g u i 1 1 a), Camille (C a m i 1 1 a), camomille (e amomill a), pastille (pastillus ou esp. pastilla). Cette particularité est due soit à l’influence du suffixe féminin -illc (chenille, flottille ; III, § 257, § 694), soit à l’influence de l’orthographe. A propos de Camille , G. Paris observe: «Remarquons que ce nom, dans La Fontaine, a une / ordinaire (écrite II) et non une / mouillée, comme dans la prononciation usuelle ( Camille rime avec facile ). André Chénier traite de même le nom féminin Camille. Ce nom, emprunté à l’italien, n’a en effet aucun droit à 17 mouillée, et c’est l’influence de la graphie qui en a changé la prononciation. J’ai encore entendu dans ma jeunesse prononcer Camilea (G. Paris, La Courtisane amoureuse de La Fontaine).

Cas isolés. LL s’est réduit à L avant le changement des voyelles libres dans Stella > étoile, olla > vfr. eule. Sur gallina > geline, voir ZRPh, XXVIII, 114 ss. U lui are ou *uru- Iare se retrouve dans la vieille langue sous les trois formes urler, usler, uller, dont la première l’emporte (comp. it. ur- 1 a r e).

349. Dans la langue parlée moderne, on trouve un / double dans les cas suivants:

1° Dans des mots d’emprunt: belligérant, collègue, illégal, illicite, illustre, sgllabe, sgllogisme, villa, Allah, etc.

2° Dans des contractions ou des rencontres de mots, comme: celle-là [sella], elle lit [elli].

3° Dans le pronom le entre deux voyelles: je l’ai vu [gallevyj; tu l’as dit [tylladi] ; je voudrais l’être [gavudrelle:tr]; nous l’avons dit [nullavôdi], etc. Cette prononciation existait au XVIIe siècle; François de Callières a noté qu’on disait je le l'ag, pour je l’ag ( Mélanges Brunot, p. 299). Elle vit encore de nos jours, surtout dans le parler vulgaire, mais elle s’entend aussi dans le parler de la bonne compagnie. Elle est sans doute le résultat d’une analogie: il l’a vu se prononce [ilavy] ou [illavy], ce qui amène la création de [gallevy] à côté de [galevy] (je l’ai vu).

Page 1