III. L MOUILLÉ + CONSONNE
354. Devant une consonne, la latérale mouillée se change ordinairement en u, comme la latérale vélaire (§ 342), ou bien elle disparaît (§ 344); si la consonne suivante est s, elle est changée en z [ts] qui finit par se simplifier en s (§ 336,2, § 404,4):
vêtu lus (§ 341,8) vfr. vieux melior vfr. mieudre
vetulos vfr. vieux filius vfr. /îz
Beaucoup de mots dont le radical se terminait en / mouillé, avaient ainsi dans la vieille langue des terminaisons variées selon la présence ou l’absence d’un z (s) final; on déclinait travaux — travail et au pluriel travail — travaux; genoux — genouil; conseux — conseil, etc. Cette particularité existe encore pour plusieurs noms en -ail: bail — baux, émail — émaux, etc., et pour œil — yeux, vieil— vieux. Pour les autres mots, l’analogie a créé de nouvelles formes, tantôt pour le pluriel (d’après le singulier), tantôt pour le singulier (d’après le pluriel): à côté de fenouil —
fenous, on a eu fenouil — fenouils, et fenou (encore au XVIIe siècle) — fenous. La consonne mouillée a été introduite au pluriel dans gouvernails, mails, conseils, soleils, vermeils, fenouils, mils, etc.; on trouve même ails et œils, doublets de aulx et geux. La consonne mouillée du singulier a disparu dans genou, pou, verrou, dont les anciennes formes sont genouil (encore dans Corneille), pouil, verrouil. Pour les détails, voir II2, § 289 ss.
La latérale mouillée pouvait aussi se changer en i devant la consonne de flexion: d’où Iravaiz — travail, et au pluriel travail — travaiz, etc.
Cas isolés. L’ancien cas sujet fiz (d’où l’anglais fitz) s’est conservé sous la forme fils; le cas régime fil [flX] vit encore dans plusieurs patois (II2, § 279,®). La prononciation [fis] est moderne et due à l’influence de l’orthographe; on disait autrefois [fi], (voir Manuel phonétique, § 254,2); dans un des Contes du Sieur d’Ouville (éd. G. Brunet; Paris, 1883, I, p. 79) on équivoque sur fidefrage et fils de Frage. Lis (pour liz ) est originairement le cas régime du pluriel et cette forme a de bonne heure supplanté le singulier lil [IlC] (II2, § 280).
Remarque. A côté de vieil (vetulum, vetuli), on avait non seulement vieux (vetulus, velulos), mais probablement aussi un doublet syntaxique vieil (comp. § 347), qui a dû s'employer devant les mots commençant par une consonne; ce doublet existe encore sous la graphie fautive vieux (un vieux garçon). On écrit également fieux, pour fieu, forme picarde de fils, qui s’emploie dans le langage familier.