R final, simple ou double, se maintient généralement
cor cœur per par
par pair heri hier
avoir
féru m
fier
fleur
fer
carum
cher
pur
carrum
char
sur
Cas isolés. R devient L dans al tare > autel (on trouve au moyen âge aller, à côté de altel); ce passage s’explique le plus simplement comme un changement de suffixe; on pourrait aussi y voir l’effet d’une assimilation harmonique (§ 508): principe! alter > principel altel, puis la forme altel se serait généralisée. R a disparu dans l’interjection aga < vfr. agar, altération de agare, impératif de agarer (regarder).
364. R final se prononce ordinairement: car, par, air, chair, amer, mer, cher, fier, cuiller, douleur, bonheur, sœur, cœur, finir, plaisir, or, trésor, miroir, soir, mur, sûr, cuir. Il est muet dans les infinitifs en -er (-are) et dans la plupart des substantifs ou adjectifs en -ier et -er (-arium): donner, chercher, chevalier, premier, papier, foyer, berger, léger, oranger, cocher, etc. Aux siècles précédents, l’amuïssement de l’r final était encore plus général et s’étendait aussi aux désinences -ir (-ire), -oir (-orium)et -eur. Voici quelques renseignements historiques sur le sort de ces terminaisons:
1° ER. Pour les infinitifs en -er, la consonne finale ne s’entend aujourd’hui que dans le débit solennel; voir § 172. Poulies noms, 1’ r se prononce dans amer, fer et mer. dans enfer, hiver, qui se terminaient autrefois en n (§ 327, 2, Rem.), dans ver (vfr. verni; § 324) et dans cher, cuiller, qui se terminaient autrefois en -ier.
2° EUR. Les noms d’agent en -eur avaient autrefois perdu la consonne finale: on disait menteu pour menteur, etc. (voir pour les détails II*, § 407). De même, leurfs) se disait leu (II*, § 551). L’usage moderne a rétabli 17 dans ces cas; mais, à côté de sieur [sjœ:r], il a gardé pour monsieur la prononciation ancienne [masjo] et cela sans changer l'orthographe. Quand É. Augier associe à la rime monsieur et cœur ( L’Aventurière , I, sc. 4), il rime pour les yeux, et suit bravement l’exemple des classiques: Monsieur : flatteur (La Fontaine, Fables, I, 2); monsieur : cœur ( Dépit amoureux, I, sc. 4); monsieur : crieur ( Les Plaideurs. II, sc. 10), etc., à côté de monsieu : feu ( École des femmes, I, 2).
3° IER. Dans cette terminaison, qui s’est réduite à -er après certaines consonnes (§ 193), le r est généralement muet: premier, rocher, etc.; il s’entend dans fier et hier.
4° IR. La prononciation bâti(r), couri(r), fmi(r), mouri(r), plaisi(r), etc., dont on constate l’existence déjà au XVIe siècle, était générale au grand siècle; Vaugelas même l’accepte sans observation: »On prononce aller et courir, comme si l’on escrivoit allé et couria ( Remarques , I, 328). Depuis le milieu du XVIIIe siècle, le r s’est rétabli dans le langage cultivé. Mais [kri] est resté comme prononciation populaire de quérir, et la lorme réduite en -i s’entend encore dans quelques patois: Mon fi, quand la f’ras tu mouri (Bujeaud, Chants et chansons populaires, etc., II, 231).
5° OIR. Le r était autrefois muet dans quelques substantifs polysyllabes en -oir. On disait dortoi(r), miroi(r), mouchoi(r), tiroi(r), etc,.; cette prononciation, qui paraît n’avoir jamais été très répandue, a disparu depuis longtemps; on a pourtant conservé dans le langage technique: boutoi, cochois, riuois et tentoi (à côté de boutoir, cochoir, rivoir ); est demeuré aussi couvet, doublet de couuoir. Sur l’emploi de -oir pour -oi, voir § 115, i.
6° OUR. Dans le parler vulgaire, pour se prononçait autrefois pou. Tabourot dit qu’en prononçant «selon le dialecte parisien«, poulets trépassez représente pour les trépassez et (un soldat qui) poule appareille, pour la pareille (Bigarrures, p. 7). Comp. la graphie pou les femmes (RPF, X, 188). La locution pour l’amour de se prononçait plamou de; elle a été conservée en wallon avec le sens de »à cause de« (cf. Molière, École des Maris, v. 1042).
7° UR. Dans le parler parisien de nos jours, sur est devenu su, surtout devant un /; sur le banc > [sylbâ], sur le boulevard
> [sylbulva:r]. On trouve dans les romans de Gyp les notations su’ I’ journal, su l’ dos, su’ V museau, su' la pelouse, su’ ces outils-là, etc.; comp. Manuel phonétique, § 56.