I) final peut être libre ou appuyé
1° D final libre s’amuït:
c r u d u ru cru nudum nu gradum (de)gré
mercedem (§ 403, 2) merci
gue
foi
Dans les plus anciens textes, la dentale se conservait, probablement comme spirante, [9] ou [p] selon la position du mot; la spirante paraît s’être amuïe dès le XIe siècle. Pour les monosyllabes, on a eu longtemps des doublets: ad, od (apud) et qued devant une voyelle, a, o et que devant une consonne; par une fausse analogie, on a même ajouté un d mobile à quelques mots qui n’y avaient aucun droit: ne — ned, se — sed (cf. en italien ned et sed). L’orthographe savante de la Renaissance a réintroduit d dans beaucoup de mots; nous avons conservé nid, nœud et pied (§ 97). Un ü final prononcé n’existe que dans les mots d’emprunt: Cid, David, Bagdad, Sud, Talmud, et devant un e muet: coude [kud], aide [ed], cède [sed], etc.
Remarque. Les mots en -ad(o), -ëd(o), -ôd(o) présentent plus ou moins sporadiquement, à côté des formes où D est tombé, des formes où il est remplacé par F: *bladum > vfr. bief (encore dans E. Deschamps, IX, v. 58); modum > vfr. muef ; nidum > vfr. nif; germ. allod > vfr. alluef; germ. bed > vfr. bief; germ. -bod > vfr. -buef, conservé dans des noms de lieux: Elbeuf, Paimbeuf Quillebeuf, et des noms de personnes: Marbeuf, Tubeuf; germ. feod > fief. L’origine de cet F est obscure. On a voulu y voir le résultat d’une analogie: bues, buef aurait amené mues (pour muez), muef. Une explication phonétique nous paraît plus acceptable, et, comme point de départ de f nous admettons une spirante interdentale (comme le [3-] espagnol dans doce): ces deux phonèmes sont en efTet très rapprochés et se confondent facilement: en russe le 3- grec est devenu f : Theodor (OeôSwpoç) > Feodor, Mar t ha (MocpS-a) > Mar fa; en anglais vulgaire on entend nu f fin pour nothing, etc. Comp. G. Paris, Mélanges linguistiques, p. 340, note 3.
2° D final appuyé devient T:
grandem vfr . grant cal(i)dum vfr. chalt
profundum vfr. parfont f r i g (i) d u m vfr. froit
tardum vfr. tart rig(i)dum vfr. roit
La dentale se prononçait encore au XVIe siècle. Tabourot (1587) recommande de dire: Il fait froit. Il est lait. Dans la langue moderne, la dentale ne s’entend que devant une voyelle: Un grand homme [œgràtom], un profond abîme [œprofôtabhm], un froid hiver [œfr\vativ£:r], quand il vient [kâtivji]. Si, dans ces exemples, l’ancienne prononciation s’est-maintenue, l’orthographe s’est modifiée; au XVIe siècle, on a presque partout réintroduit le d étymologique: chaud, froid, grand, lourd, profond, quand, rond, sourd, tard. On continue pourtant à écrire souvent (subin de), dont (de un de) et vert (viridem); cette dernière forme a été conservée à cause du féminin verte (II2, § 413,7).