II. C INTÉRIEUR CONSONNE
405. Suivi d’une consonne, le c [k] intérieur se développe de différentes manières, selon la nature de la consonne.
lu Dans les groupes CS (X), CT, CR, l’explosive disparaît en dégageant un yod qui se combine avec la voyelle précédente: axem > ais, factum > fait, facere > faire (§ 406 — 408). On a probablement passé par des formes mouillées <§ 305).
2° Dans le groupe CL, l’explosive se fond avec la latérale, qu’elle mouille: quac(o)la > caille (§ 409).
3° Dans quelques cas isolés, C devient G ou S tout en dégageant un yod: acrem > aigre, gracile m > graisle, grêle.
4° Le groupe CV (QV) suit des voies particulières et embrouillées; voir § 411.
406. CS. Ce groupe, qui s’écrit par la lettre X, peut être libre (intervocalique) ou appuyé (suivi d’une consonne).
1° CS (X) libre devient is (iss):
coxa
axem
exit
Axona
fraxinum
cuisse ais buis vfr. ist Aisne
fraisne, frêne
axilla m a x i 1 1 a e x i r e laxare u x o r e m
aisselle vfr. maisselle vfr. eissir laisser vfr. oissor
On a réintroduit 1’ x étymologique dans sex > vfr. sis > six, et sexaginta > vfr. soissante > soixante (cf. §97).
Cas isolés. Il y a eu assimilation entre les deux éléments du groupe [ks] dans exagium > essai, examen > essaim, *exaurare > essorer.
Mots d’emprunt. Auxiliaire, axiome, complexe, connexe, élixir, examen, fluxion, index, laxatif, luxe, maxime, maxillaire, préfixe, prolixe, rixe, saxifrage, sexe, silex, etc.; sur la prononciation
Kr. Nyrop : Grammaire. I 26
de x dans la langue moderne, voir Manuel phonétique, §271. L’existence du groupe [ks] dans plusieurs mots d’emprunt est due à l’influence de l’écriture (§ 119); on trouve dans les auteurs des XVe et XVIe siècles Alessandre, essemple, essemplaire, prolisse, etc.; Marot fait rimer prolixe avec propice. Notons enfin que exil a remplacé l’ancien eissil (ex ilium).
2° Devant un R, il se développe une consonne transitoire, un T (§ 499) : t e x (e) r e > tistre, d u x (e) r unt > vfr. duistrent.
3° CS appuyé. Quand le groupe [ks] est suivi d’une consonne (excepté r), il se réduit déjà en gallo-roman, par l’amuïssement de la palatale, à s -f consonne: d ex tra > destra (CIL, VII, 1336, 41 1) > vfr. destre; dextra rium > destrarium
> destrier: exclu sa > esclusa > écluse; * e x l i ge r e > esligere
> élire; extra > estra > vfr. estre; extra neum > est range, étrange; j u x ta > j u s t a > jouste, jouxte: juxtare>justare > jouster, jouter ; sextarium > sestarium > sestier, setier. Dans quelques cas, 1’ .r a été réintroduit par réaction étymologique; ainsi exploit et exploiter étaient en vfr. espleit et espteitier ^explicita re).
Remarque. La rédaction de [ks] à [s] devant une consonne est un phénomène qui se retrouve dans la langue moderne, où l’on entend, dans le parler négligé, escuser, esclure, esprimer, espression, espress, csplication, etc. Cette prononciation, que presque tous les théoriciens déclarent «d'une vulgarité révoltante», est pourtant très répandue, même parmi les gens cultivés. Le groupe .r -f- consonne est parfois adouci par l’épenthèse d’une voyelle (voir § 494, -i). Comp. Manuel phonétique, § 55, Rem. 1.
407. CT. Le groupe [kt] devient it, dont 17 se combine ordinairement avec la voyelle précédente:
truite
Pictavum
Poitou
droite
lit
dit
n octe m
nuit
factu m
fait
tectum
toit
allaiter
*pectorina
poitrine
factorem
(bien)faiteur
tractare
traiter
laitue
voiture
La forme pis (pectus) est pour piz, qui se prononçait [pits] ; voir § 384.
Cas isolés. L uct are > vfr. Initier > luiter, lutter (comp. S 455,2); on disait luiter, tuile, luiteur encore au commencement du XVIIe siècle. Le groupe et paraît s’être assimilé dans *auctoricare > vfr. otreier (tr. mod. octroyer), jactare * j e 1 1 a r e > jeter (comp. it. gettare ), rue tare (-{- ru p tus)
> rûptare >*rottare > roter.
Sur le développement de ctj (faetionem > façon), voir § 474,4.
Mots n emprunt. Acte, contracter, dicter, docteur, doctrine, facteur, objecter, octobre, octroyer, réfectoire, rétracter (vfr. retraitier), respect (comp. le doublet répit), etc. Grâce à une assimilation, on a prononcé autrefois, dans plusieurs de ces mots, / au lieu de et; on trouve, par exemple, les graphies dottrine, objetter, diton, ottroyer, etc. Dans beaucoup de mots savants, le c est tombé: pratique (practicus), étique (h ec tic us), lutrin (vfr. letrin < *lectrinum), auteur, autorité; et surtout dans les mots en -at, -et, -it; contrat, objet, préfet, projet, sujet, conflit, édit, etc. (à côté de contact, exact, correct, direct, infect, convict). Dans quelques mots, c s’écrit sans se prononcer: aspect [aspt], respect [respe], etc.; voir Manuel phonétique, § 193.
408. CR. Le groupe [kr] devient -ir, dont 17 se combine ordinairement avec la voyelle précédente:
fac(e)re faire confic(e)re confire
duc(e)re duire dic(e)re dire
fec(e)runt (II2, §182) firent
Ajoutons lacrima > lairme, devenu larme au lieu de terme (§ 245); sacramentum > sairement, devenu serement (§ 200), serment (§291); coquere > *cocere (§411,i) > cuire; cicer
> vfr. ceire, cerre, remplacé par chiche, d’origine incertaine.
Vu leur apparition assez tardive en vfr., plaire et taire
semblent non pas issus de plac(è)re et tac(ë)re, mais tirés des futurs plairai, tairai (cf. II2, §§ 75, 1 et 79, 2). Il en est de même de nuire et de luire.
Cas isolés. Acrem > aigre; macrum > maigre; alacrem
> vfr. alaigre, changé en allègre; socerum > vfr. soigre.
Mots d’emprunt. Acrobate, lacrymal, lavacre, lucre, lucratif,
sacrement, sacrer, sacristie, secret. Rappelons encore migraine (fjpixpavta).
409. CL. Le groupe [kl] aboutit à / mouillé iÀ] (conip. § 352):
oc(u)lum verni ic(u)l u m *fe n u c(u)l u m genuc (u) 1 u m
œil
vermeil fenouil vfr. genouil
canic(u)la chenille
c o r b i c(u) 1 a corbeille
quac(o)la caille
acüc(ü)La (§ 414) aiguille
Cas isolés. Dans quelques mots d’introduction postérieure, le groupe cl est devenu gl: *aboculum > aveugle; a qui la > aigle; aquilentum > vfr. aiglent, d’où églantier ; buculum > bugle, beugle, d’où beugler ; ecclesia > église ; joculatorem > vfr . jo(n)gleor > jongleur; matricularium > vfr. marreglier, marglier, altéré en marguillier. Gracilem a donné graisle g reste, grêle (comp. § 410).
Mors d’emprunt. Cénacle, miracle, obstacle, spectacle, tabernacle; article, besicles, cycle, manicle; siècle; binocle, monocle, socle, etc. L’ancienne forme eclogue (ecloga) a été remplacée par églogue. Seigle (secale) vient probablement de quelque dialecte; en champenois, on trouve la forme correcte soille.
410. C -{- nasale. Cette combinaison est très rare; elle ne se trouve que dans quelques proparoxytons. La palatale, d’abord intervocalique, se change en s [z].
1° CM se trouve dans décima > disme, dîme. Les deux formes verbales dicimus et facimus étaient en lat. vulg. *dijmus et *fajmus, d’où climes et faimes (cf. II2, § 119,2 et § 127). Rappelons encore qu’à côté de Jacob us, qui aboutit à Jacques, on a créé, probablement sous l’influence de Hieronymus, C h r y s o s t o m u s, etc., le doublet *Jacomus (ital. Giacomo), d’où en vfr. Jaimes (angl. James).
Mot savant. D rachm a (bas-lat. dragma)a donné drachme; la forme dragme est vieillie. La prononciation de la palatale est due à l’influence de l’orthographe (§ 119); elle était muette au moyen âge, comme l’indique la rime drame : dame ( E. Deschamps, vol. IX, v. 3317), et encore au commencement du XVIIe siècle. Le mot est devenu dram en danois.
2° CN se trouve dans a c i n u m > vfr. aisne, conservé dans les patois sous la forme d'aine (marc de raisin); cicinum > vfr. cisne; Vendocinum > Vendosme, Vendôme. Sequana
est devenu Secoua ou Segona (cf. Sîgen en anglo-saxon), d'où Seine. Diaconum > diacne, diacre (g 327, 2) est un mot savant.
411. CW. Le développement de ce groupe, qui s’écrivait en latin qu. n’est pas tout à fait clair; on peut établir les deux points suivants:
1° Dans quelques mots, la labiale s’est amuïe en latin vulgaire, et la palatale s’est développée conformément à sa nouvelle position: Laqueum > *laceum > vfr. laz, d’où lacs (g 98). Querquedula > *cercedula > sarcelle. Coquus > *cocus, d’où queux: comp. aussi coquere > cuire et coquin a > cuisine.
2° La palatale se change en un i, qui se combine avec la voyelle précédente, et la labiale reste: èqua > vfr. ive; *sëquere > sinre, suivre (voir § 197); æqualem > vfr. ivel (comp. la forme demi-savante igal , remplacée par égal).
Sur le développement de aqua, voir g 199,i. Pour aiguille, voir §§ 409 et 414.
Cas isolés. Après une consonne, la palatale se conserve telle quelle, la labiale s’amuït (cf. les graphies où qu est remplacé par k): unquam > vfr. onque; aliquod > vfr. alque.
Mots d’emprunt. Aquatique, loquace, équestre.