‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 17 sur 294 · II. QUALITÉ DES VOYELLES · texte numérisé non relu

II. QUALITÉ DES VOYELLES

131. Le latin classique possédait cinq voyelles simples, brèves ou longues: â, â, e, ê, f, l, Ô, ô, ü, ü, et trois diphtongues: ae, œ, au. A l'époque où s’altère le vocalisme latin, la différence quantitative, à laquelle s’attachait de bonne heure une différence qualitative, disparaît (§ 127), tandis que la différence de

qualité ou de timbre reste en s’accentuant davantage: les dix voyelles brèves ou longues du latin classique se réduisent à sept voyelles ouvertes ou fermées; la diphtongue ae est traitée comme ë, et la diphtongue œ comme ê; sur au, voir § 188.

Latin classique:

ï, ë, œ ë, ae â, à

Latin vulgaire:

Remarque. Ce développement est commun à toutes les langues romanes. Il faut pourtant remarquer que le sarde (à l’exception du dialecte septentrional de Gallura) ignore la fusion de ï et ë, et celle de u et ô; on dit en logodourien friddu (frïgidum) et vent (verum), buka (bücca) et flore (flôrem); comp. en toscan freddo et vero, bocca et flore. La fusion de ü et ô est aussi inconnue au roumain, qui dit bucâ et floare.

132. Les sept voyelles du latin vulgaire sont représentées dans nid us, névem, nèpos, nasus, nôvus, nédus, n ud u s ; elles se retrouvent toutes dans la langue moderne : nid [ni], nez [ne], nette [net], natte [nat], note [not], nos [no], nous [nu]. Mais le vocalisme français possède encore d’autres sons, absolument inconnus au latin. On a dans la langue moderne deux variétés d’a: patte [pat] et pâte [pa :t] ; trois voyelles palatales arrondies [y], [o], [œ]: su [sy], ceux [so], sœur [sœ:r] (comp. les voyelles non arrondies correspondantes dans si, ses, sert)', quatre voyelles nasales [à], [ê], [œ], [ô]: banc [bâ], bain [bè], brun [brôe], bon [bO], et enfin une voyelle neutre [a]: brebis [brabi]. En tout, dix voyelles inconnues au latin.

Remarque. Les voyelles palatales arrondies sont propres au français; ni l’italien ni l’hispano-roman ne connaissent [y], [0], [œ] ; luna s’est maintenu comme [luna] en italien et en espagnol, mais est devenu flyn] en français.

133. Si nous nous reportons aux époques antérieures, nous pouvons constater l’existence de plusieurs voyelles et diphtongues, inconnues également au latin et à la langue moderne. On a dû avoir autrefois la voyelle orale »mixte« [ü], inter-

médiaire entre [i] et [u] (§ 187), et les voyelles nasales [F], [ê], [ô], [ÿ] (§ 213, § 215, § 225, § 227); ensuite les diphtongues orales au, éu, ou, ou, dans chevaus (§ 241), cheveus (§ 237), foudre (§ 243), moudre (§ 242), et uo, ue, dans buof, buef (§ 178), les diphtongues nasales ain, ein, oin, dans sain (§ 222), sein (§ 217), soin (§ 230,5), et les triphtongues orales eau, ieu, ueu, dans beaus, eieus, linçueus (§ 236 ss.).

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