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ACCENTUATION

134. Il faut distinguer entre l’accent de hauteur, qui est un élément purement musical, provenant du degré de tension des cordes vocales, et l’accent d’intensité, qui repose sur la force de l’expiration. Il est probable que l’accent musical a joué un rôle très considérable en vieux français, comme en latin, mais nous sommes hors d’état d’en déterminer le caractère d’une manière précise; c’est seulement pour la langue actuelle qu’on a des renseignements exacts sur l’accent de hauteur ( Manuel phonétique, § 144 ss.). Par suite, toute étude historique sur le développement de l’élément musical de la langue française est rendue presque impossible, et nous devons nous contenter d’étudier l’accent d’intensité.

135. L’accent d’intensité du latin classique, l'ictus, dépend, pour les polysyllabes, de la quantité prosodique de la syllabe. Il frappe la pénultième lorsqu’elle est longue: ma rît uni, habëre, virtütem, bonitâtem, et, si elle est brève, il se reporte sur l’antépénultième: scr ibère, credëre, arbôrem, pollïcem. Les mots accentués sur l’antépénultième sont dits proparoxytons; les mots accentués sur la pénultième sont dits paroxytons; à ce dernier groupe appartiennent aussi, nécessairement, tous les dissyllabes: porta, vôtum, pèdem, vërum, nïdum, etc. Les mots accentués sur la dernière syllabe sont dits oxytons; ils ne sont représentés en latin classique que par les monosyllabes : rem, fac, sic, quod, etc. Dans la suite, nous appellerons »accentuée« toute voyelle frappée d’un accent principal ou secondaire; les autres voyelles seront appelées »atones«.

Remarque. Il faut noter qu'on trouve dans les mots paroxytons, à côté de l’ictus, qui est l'accent de force principal, un accent secondaire, qui affecte la voyelle initiale protonique: dormi re, côrOna, bônitatem, dormi torium, etc. (ef. § 144, 2).

136. L’ictus latin persiste en français, comme dans les autres langues romanes, sans changer de place :

mari

scrïbëre

écrire

avoir

croire

vïrtütem

vertu

arbore m

arbre

bonté

în s ü 1 a

île

së n i ô rem

seigneur

œuvre

Pourtant, dans le latin vulgaire et les périodes postérieures, on observe certains déplacements de l’ictus, qu’il importe de relever.

137. Dans un groupe de voyelles, l’accent de force se reporte en règle générale sur la voyelle la plus ouverte ou la plus basse (»low«):

1° Si un i accentué précède une voyelle de formation plus basse, celle-ci attire l’accent. Les groupes zo, éo, te deviennent ainsi iô, eô, ié: filfolum > filiôlo > filleul (esp. hijuelo ); miilfe rem > muliére > vfr. mouillier (esp. mujer ); comp. gladiolum > glaïeul; m odiolum > moyeu ; aviolum > aïeul; capréolum > chevreuil (II2, § 318); lintéolum > linceul; parietem > par(i)éte > paroi (esp. pared).

2° Si un z accentué suit un a, il finit également par perdre l’accent et se fond avec la voyelle précédente. L’accent est ainsi reculé dans les mots magistrum > * maïstre > mâistre > maître [mtdra]; fagina > faîne; vagin a > gaîne; *sagimen (pour sagïna) > sain (doux); haine > haine; train > train, etc.

Remarque. Un déplacement d’accent analogue s’observe en espagnol; on disait dans la vieille langue vafna, reina, trefnta et Bios, vtuda; on dit maintenant vâina, réina, tréinta, Bios, viûda.

138. La pénultième brève d’1111 proparoxyton (§ 135) placée devant une muette suivie de r, attire l’accent sans changer de quantité: catbëdra > cathedra > vfr. chaiere, chaire; co- 1 û b r a > c o 1 ü b r a, remplacé par * c o 1 o b r a > couleuvre; i ntëgrum > integrum > vfr. entir, entier; palpëbra > pal-

pëbra (§37(5,2) > paupière (it. palpèbra ); tonïtrum > tonït r u m > vfr. toneire, tonnerre.

Cas isolés. L’accentuation classique s’est conservée dans fërëtrum > vfr. fiertre (it. fèretro). On a aussi quelques doublets curieux: à côté de paupière et entier, on trouve en vfr. palpres et entre, qui remontent à p a 1 p e b r a s et integrum (voir Rom., XXXII, 593).

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