III. G INTERVOCALIQUE
432. Le sort du g intervocalique dépend du lieu de son articulation (comp. § 413).
1° La postpalatale, qui se trouve devant o, u ( vog . -)- go, gu), et devant a après o. u (oga, uga), disparaît sans laisser de trace: augustum > août, ruga > rue.
2° La médiopalatale, qui se trouve devant a, non précédée de o, u (aga, ega, iga), se change en un yod, qui, ordinairement, se combine avec la voyelle précédente: plaga > plaie.
3° La prépalatale qui se trouve devant e, i, s’amuït: régi n a > vfr. reine.
433. Voyelle -|- GU (GO). Devant une voyelle vélaire, le g intervocalique disparaît (comp. § 414):
augurium ëur, heur legumen vfr . lëun
a u g u s t u m août s e g u s i u m vfr. sens
regularem vfr. renier * H u g o n e m Huon
Cas isolés. Rappelons les proparoxytons sa rco p h a (g) u m > sarcofao > vfr. sarcou > cercueil (II2, § 320), vertra(g)um > veltrum > vautre (§ 238). Rotoma(g)um > Rouen; Novioma(g)um > Noyon. Le g de ces mots, qu’on retrouve dans les formes allemandes Neumagen, Dormagen, Remagen, etc., s’est amuï après le Ve siècle. On trouve dans les textes latins des VIIe et VIIIe siècles -o m a u s pour -o m agus (cf. RF., X, 808).
Mors d’kmprunt. Auguste, augurer, figure, légume, lugubre, négoce, régulier, vigueur, etc.
434. Voyelle f GA. Il faut distinguer deux cas selon la nature de la voyelle précédente.
1° Après une voyelle vélaire (o, u), G disparaît (cf. § 415, i): ruga > rue, sa n guis uga > sangsue (cf. § 431,i).
Cas isolés. F uga > vfr. fuie, sous l’influence de fuir. Rogare
Kr. Nyrop: Grammaire. I 27
vfr. rover, où apparaît un v transitoire (comp. douve, du vlï. doue).
Mots d’emprunt. Arrogance, arrogant, conjuguer, subjuguer, etc. Pour plusieurs verbes, l’usage a hésité entre [g] et [3]: 011 trouve abroguer, arroguer, déroguer, interroguer, subroguer, à côté de abroger, arroger, déroger, interroger, subroger; les dernières formes ont seules survécu (cf. Thiirot, II, 226).
2° Après a, e, i, G se change en un yod, qui reste indépendant: paganum > pagen; gagatenr) jaiet, ou qui se combine avec la voyelle précédente: plaga > plaie; saga > saie; ossifraga > orfraie; præsaga > / resaie; legalem> loyal: regalem > royal; après un l, le yod disparaît sans laisser de trace: castigare > châtier, castigat > châtie.
Cas isolés. Gigantem devient par assimilation (§ 506, 1) *gagante > jaiant, jéant, géant. La même réduction d’une diphtongue inaccentuée se trouve peut-être dans legal em > leial, léal, vieux doublet de loyal.
Mots d’emprunt. Alléguer, déléguer, diriger, divaguer, exiger, fatiguer, gigantesque, légal, léguer, ligament, négatif, obliger, paganisme, protéger, etc. Pour plusieurs verbes, la langue a hésité entre [g] et [3]; on a dit fustiguer et fustiger, mitiguer et mitiger, naviguer et naviger (cf. Thurot, II, 226). L’usage moderne a adopté fustiger, mitiger et naviguer; pour cette dernière forme, Vaugelas la rejetait: «Tous les gens de mer disent, nauiguer, mais à la Cour on dit, nauiger, et tous les bons Autheurs l’escriuent ainsi« (Remarques, I, 144); si la forme avec [g] l’a emporté, on peut y voir l’influence analogique de navigateur et de navigation. A côté de vagabond, on a eu longtemps la forme vacabond.
435. Voyelle + GE (GI). Devant une voyelle d’avant, la palatale finit par disparaître (en passant par yod), quelle que
soit la voyelle
précédente:
fa gin a
faîne
reine (
gaine
seel, sceau
magistru m
maître
nielle
sagimen
sain (doux)
vingt
flagell u m
flael, fléau
trente
pagensem
pays
fu g i r e
fuir
Sur le sort des hiatus produits par la chute de la palatale, voir § 275 (a -f i), § 265 (e -f- a), g 267 (c -f z), § 274 (u + z). Pour les noms de nombre qui perdent leur g intervocalique, voir II2, § 483.
M ors d’empkunt. Fragile, fugitif, légende, magistral, nigelle, registre.