‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 193 sur 294 · V final, libre ou appuyé, devient F · texte numérisé non relu

V final, libre ou appuyé, devient F

nivem vfr. neif n a v e m nef

bovem bœuf

s a 1 v u m sauf c e r v u m cerf s e r v u m serf

V disparaît régulièrement en gallo-roman devant un u final (§ 448). Il se maintient ou se réintroduit grâce à l’analogie d’autres formes qui le conservent. Ainsi, tandis que rivum devient riu (§ 518,4) en vieux français, vivum, qui avait à côté de lui viva, d’où vive, aboutit à vif; comp. nativum > naïf, novurn > neuf (mais cia vu m > clou ); ovum > œuf (à cause de ovare > vfr . ouver).

450. F final, quelle qu’en soit l’origine, peut s’amuïr ou se changer en la sonore V.

1° F final s’amuïssait régulièrement devant une consonne (§ 314, i). On déclinait au moyen âge sers (servus) — serf (servum), serf (servi) — sers (servos); et de même vif- — vis, nef — nés, etc. (Il2, § 266, 1). On conjuguait laver au subj. prés.: lef ( lavem), les (laves), let (lavet), lavons (lavemus), etc. L’analogie a, en règle générale, effacé ces différences. Poulies substantifs, la forme du singulier a ordinairement réagi sur celle du pluriel, en y introduisant le f: serfs, vifs, nefs, saufs. Dans quelques cas isolés, le pluriel a réagi sur le singulier, qui a perdu son /': apprenti (vfr. apprenti f); bailli (vfr. baillif, angl. bailiff; comp. bailli ve); brandi (vfr. brandif ); clef [kle] ; joli (vfr. joli f; comp. joliveté, enjoliver ); tré (vfr. tre/j. Notons encore chégros (pour chef gros), chef fj-d.' œuvre, cer(f)volant, etc. Pour d’autres détails, voir II2, § 288, et Manuel phonétique, § 213.

2° F final libre devant une voyelle redevient V. On a dit autrefois viv ou mort, viv argent, du bœuv à la mode, veuv à trente ans, etc.; un dernier reste de cette particularité s’observe dans la prononciation de neuf heures [nœvœ:r] (comp. achever, tiré de chef). Voir Manuel phonétique, § 161,3.

451. La fricative bilabio-vélaire [w] existait en latin classique après une explosive palatale: quare [kware], equa [tkwa], li ligua [liqgwa]. Dans la langue vulgaire, elle s’est souvent dégagée d’un [u] en hiatus: tenuem > *ten\ve, januarium > janwario, etc. (cf. § 262, s). L 'Appendix Probi recommande de dire va eu a, non vaqua. Nous retrouvons le même son dans les mots d’emprunt germaniques (§ 8), où il était d’un emploi fréquent: werra, wisa, warda, sparwari, Gerwald, Godwin, Ludwig, etc. Dans tous ces mots, [w] se modifie ou disparaît; mais il se développe de nouveau, en vieux français, dans les diphtongues uo: buof [bwof] (§ 178). et oi: moi [mwe] (§ 158). La langue moderne fait entendre le son [w] assez fréquemment: oui [wi], ouate [wat], ouest [west], loin [lwê], bois [bwa], whist [wist]; toi [twa], échouer [ejwe], fouetter [fwete], etc.

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