Sort général de
1° .1 peut rester sans changement s’il se trouve entre deux voyelles: majum > majo (§ 470), et dans les groupes dj et
gj, s’ils sont intérieurs et libres: radium > radjo > rajo (475,4), exagium > essagjo > essajo (§ 477, 1). Ce yod se combine au moyen âge avec la voyelle précédente.
2° J peut se développer en une affriquée sonore [dg] ; on a la forme correspondante sourde [tj], si la consonne précédente est sourde. Les deux affriquées se simplifient au moyen âge et deviennent [3] et [J]. Ce développement a lieu à l’initiale: jam > jà [3a] (§ 469); dans le groupe initial dj: diurnum
> djorno > jour (§ 475, 1); dans les groupes médiaux bj, vj, pj, cons. -j- dj : tibia > tibja > tige (§ 472, 2); cavea > cavja > cage (§ 472, 3); sapiam > sapja > sache (§ 472,i); hordeum > ordjo > orge (§ 475,2); sporadiquement dans les groupes nj, rj: lanea > lanja > lange (§ 471, 1); cerea
> cerja > cierge (§ 471, 3).
5° J peut, en combinaison avec la consonne précédente, se développer en une affriquée sourde [ts], qui se simplifie en [s]. Ce développement a lieu dans les groupes cj et cons. -j- tj (excepté stj; § 474, 3): faciam > facja > face [fatsa] > fasse [fas] (§ 476); captia > captja > chace > chasse (§ 474,4).
4° J peut se fondre avec la consonne précédente (suivante) en un son mouillé; ce développement a lieu dans les groupes nj, Ij, rj, sj, tj, ssj , stj, qui se changent en [p], (X), [Y], [z'j, [s']: linea>linja > lipa; filia > filja > f i X a ; varia > va rj a
> var'a; basia > basja > bas'a; orationem > oratjone > o r a z'o ne; messionem > messjone > m e s'o ne; a n g u s t i a
> angostja > angos'a. (Pour nj, lj, rj, voir § 471; pour sj, § 473; pour tj, § 474; pour ssj, § 473,»; pour stj, § 474, 3.) De tous ces sons mouillés, un seul s’est maintenu jusqu’à nos jours: lipa > ligne; [X] s’est réduit à [j] depuis le commencement du XIXe siècle: fiÂa > fille > [fi:j] (§ 351); les trois autres se sont résolus, dès le Xe siècle, en ir, is (s sonore) et iss ( s sourd).
Remarque. Dans plusieurs patois, tj et kj se sont fondus en un seul et même son qu’on écrit qui dans les mots où l’orthographe usuelle offre //: amiquié (= amitié), et ti là où l’orthographe usuelle offre qui: cintième (= cinquième). On trouve un développement correspondant pour le groupe sonore dj: guieu (= dieu). Voici quelques exemples tirés surtout du Don Juan de Molière (II, sc. 1): amiquié, piquié, quien (tiens), quienne, tanquia (tant il y a), s’équians (s’étaient), beguiau (= bediau, bedeau, § 239, Rem.),
guidaient, guieu, nwrguienne , etc. ( .c phénomène, très général on normand, se rencontre aussi dans d’autres idiomes populaires au nord de la Loire. 11 se trouve dans l’argot de Paris: L’n méquier (J. ltietus, I es soliloques du pauvre, p. 11), quiens ( ib ., p. 12), quient (, ib ., p. 8(il, enquier ( ib ., p. 153), guieu (ib., p. 79), etc. Le doublet revertier et reverquier a même passé dans la langue (cf. Dictionnaire Général).