III. LIQUIDE (N, L, R) + J
471. Dans les groupes nj, lj, rj, le yod mouille la consonne précédente, et l’on a [p], [X], [r'j.
1° NJ > [p] : linea > ligne, seniorem > seigneur, etc.; pour les détails, voir § 334.
Cas isolés. Dans quelques mots le yod ne se combine pas avec la nasale; il se développe librement en [5], tandis que n nasalise la voyelle précédente et s’amuït (§210): extra ne um
> extra nj o > étrange; granea > grange; lanea > lange; line 11m > linge. Comp. § 472,4.
2° LJ > [X]: fi lia > fille; meliorem > meilleur, etc. L7 mouillé ne vit plus cpie dans les patois; dans la langue cultivée, il s’est réduit à [j] au commencement du XIXe siècle; pour les détails, voir § 351.
3° RJ > r mouillé, qui se résout en ir, et l’i voyelle se combine avec la voyelle précédente: area > ar'a > aire; paria
> paire; fëria > foire; gloria > gloire; dormitorium > dortoir: côrium > cuir; *môrio > vfr. muir, remplacé par meurs (II2, § 122). On a le même développement quand r est précédé d’une ou de plusieurs consonnes: cupreum (§ 204) > cuivre; ostrea > huître; repatriare > vfr. repairier; mat(e)riamen > vfr. mairien (fr. mod. mairain ou merrain), etc. Les suffixes -arium et -erium aboutissent à -ier: prima rium
> premier, ministerium > métier, monasterium > moutier. Transformation assez obscure: c’est peut-être sous une influence germanique que -ariu a passé anciennement à -eriu partout où il était senti comme suffixe (comp. au contraire va ri u > vair), pour aboutir, comme lui, à -ier. Voir, pour plus de détails, III, § 248, et A. Thomas, Nouveaux Essais de philologie française, p. 119 ss.
(.as isolés. Dans quelques mots, le yod ne se combine pas avec r, mais se développe librement en [3]: cerea > cierge; s o r o r i u m > vfr. serorge ; * sturionem) esturgeon . A u g u r i u m , en perdant son yod, devient *aguro (§ 188, Rem.) > ëur > eur (§ 276), heur (§ 99).
Mots d’emprunt. Ministère, monastère, adultère, sobre, propre, etc. Sur -aire, doublet savant de -ier, voir III, § 299.
Remarque. La forme mouillée de 1’ r a probablement existé encore au X'1 siècle. On trouve dans les plus anciens textes glorie, memorie , ivorie, victorie, adjutorie , adversarie, armarie, sacrarie, necessarie, avulterie, baptistirie, timrtirie, etc. ; dans ces graphies, qui s’emploient jusque dans le XIe siècle, ri doit indiquer une prononciation spéciale de r: glorie, qu’il ne faut pas lire glo-ri-e, était dissyllabe ( glo-rie ) et se prononçait très probablement [glor’o].