V. DENTALE
473. SJ. Ce groupe peut être libre (nausea > nausia > nausja) ou appuyé (messionem > messjone).
1 0 Si le groupe sj est libre, il se fond en un [z] mouillé qui se résout en is (s sonore), dont 17 se combine avec la voyelle précédente:
nausea noise
* c e r ë s i a cerise cerevïsia cervoise b a s i a r e baiser
f ü s i o n e m foison
ma(n)sionem maison t o (n) s i o n e m toison kausjan choisir
Faisan remonte au laf. phasianum par l’intermédiaire du provençal faisan. — Le vfr. achoison (fr. mod. occasion, mot d’emprunt) vient de *accasionem < occasionem.
Mots d’emprunt. Allusion, circoncision, collision, élision, évasion, fusion, lésion, vision, etc.
2° Si le groupe sj est appuyé sur une consonne précédente, il se développe comme sj libre, avec cette seule différence que la sifflante devient sourde: bassiar e y baisser, messionem > moisson, Suessionis > Soissons (§ 4, Rem.).
Mors d’emprunt. Admission, agression, cession, commission, convulsion, mission, passion, etc.
474. TJ. Ce groupe peut être libre (acutiat > acutjat) ou appuyé (angustia > angustja; tertia > tertja).
1 0 Si le groupe tj est libre et intérieur, il se développe comme sj libre (§ 473) et aboutit à is (s sonore), dont 17 se combine avec la voyelle précédente:
prëtiat
prise
rationem
raison
p rë tiare vfr.
preisier
saison
*acütiare
aiguiser
tï ti 0 ne m
tison
oiseux
Sarmaise
poison
Gormaise
oraison
Venise
Sur le développement du suffixe -itia, voir III, § 218.
Cas isolés. Platea s’est altéré en *plattea qui donne place (selon § 474,4); l’altération est peut-être due à l’influence de l’adjectif populaire *plattus (plat).
M oxs d’emprunt. Dédicace, espace , grâce, gracieux, patience , précieux, préface, etc. Sont également empruntés tous les mots en -ice, -uce, -ation, -ition, -otion, -ution: avarice, justice, police, service; astuce; abdication, manifestation, ration; coalition, apparition, pétition; motion, potion; absolution, locution.
Remarque. Voici comment s’explique le développement du groupe tj : l’explosive dentale subit d’abord une affrication et devient [ts] qui s’affaiblit en [dz], puis [z] (cf. § 404). Pour aboutir à raison, rationem a dû passer par [ratjone), [ratsjone], [radzjone], [razjone]. On trouve dans les textes bas-latins et les inscriptions: Ti t si u s, Acuzius, Tezianus, et osiosus, observa s i o n e, etc.
2° Si le groupe tj est libre et final, il se développe comme il l’intérieur des mots, avec cette différence que la sifflante devient sourde et finit par s’amuïr: prëtium > pretjo > pres'o > prieis (§ 197) > pris, prix; palatium > palatjo > palas'o > palais; *püteum > puits (§ 204).
3° Si tj est appuyé sur s, le groupe stj se développe comme ssj (§ 473, 2) et aboutit à iss ( s sourd) dont 17 se combine avec la voyelle précédente: angüstia > angoisse; *früstiare > froisser; bëstia > *bïstia > vfr. bisse.
A la finale, stj suit le même développement, mais le [s]
final s’est normalement amuï (§ 465): ustium (Iat. class. ostium) > huis ; * p ô s t i u s > puis.
Mots d’emprunt. Bestial, chrétien, combustion, question, etc.
4° Si le groupe tj est appuyé sur une consonne autre que s, il aboutit, comme cj (§ 476), à une. ail'riquée [ts], qui se simplifie en [s], orthographié c, s ou ss: cantionem > chanson; infantia > enfance; tértia > tierce (§ 164); fort i a
> force; sortiarium > sorcier (§ 47 1 ,3) ; *al tiare > hausser; bïbitionem > boisson (pour besson), sous l’influence de boire ; redemptionem > rançon; nëptia > nièce (§ 164); nüptias (changé en *noptias sous l’influence de nox ou de nôvius; voir § 176) > noces; *captiat > chasse; tractiare > tracer; faction em > façon; lectionem > leçon: friction em > frisson; coctionem > cuisson (pour cosson ; § 203) sous l’influence de cuire; *punctionem > poinçon (pour ponçon), sous l’influence de poindre; *mattia > masse; *mattiüca > vfr. maçue, fr. mod. massue; *p latte a (S 474, i)
> place.
A la finale, le groupe tj appuyé suit le même développement, et l’affriquée se simplifie en [s], aujourd’hui amuï, mais maintenu dans l’orthographe (§ 465): *comïnitio > vfr. comenz; tertium > tiers (§ 164); *captio > vfr. chaz (cf. le nom verbal pourchas); tractio > vfr. traz.
Mots d’emprunt. Cochon, direction, faction, factieux, friction, rédemption, rétraction, etc.
475. DJ. Ce groupe peut être initial (diurnum > djorno), médial appuyé (hordeum > ordjo; verecundia > verecundja), médial libre (gaudia > gaudja; radium > r a d j o).
1 0 Le groupe dj initial devient [3], comme le yod simple (§ 469) : d i u r n u m > jour; d i u r n a 1 e m > journal; deusque? y jusque; de ors uni > jus (§ 11 8, 3).
Mots d’emprunt. Diable, diacre, diane, diurne, diète, etc.
Remarque. Z se développe comme dj initial: zelosum > juloucc; zingiberi > gingembre; zizyplium > jujube. Sont savants: zéphyr, zèle, zodiaque, etc.
2" Le groupe dj médial et appuyé sur une consonne autre
que n, devient [3], orthographié g: horde 11 m > orge, viridiarium > verger. Il faut citer aussi gage, qui remonte à *\vaddium (et non pas wadium); on trouve vuaddio dans un document de 092 (Tardif, Monuments historiques, 30,1,9).
3° Le groupe dj appuyé sur n se simplifie par l’amuïssement de la consonne médiane: [ndj] aboutit à [nj] qui devient lp] (§ 334): verecündia > vergogne; Burgündia > Bourgogne; *rôtündiare > rogner; grandiorem > vl’r. graignor.
4° Le groupe dj médial libre ou final se réduit à un simple yod qui se combine avec la voyelle précédente: gaudia > joie; audiat > oie; gladiôlum > glaïeul; adjutare > aidier, aider; adjutat>vfr. aiue; audio > vfr. oi, ois (§ 11 8,1); badium > bai; gladium > glai; radium > rai; medium > mi; modium > mui, nuiid; podium > puy; hodie > hui. Pour le suffixe verbal -ïdiare > -eiier > fr. mod. -oger, voir III, § 449. La dentale est tombée, au plus tard, au VIIIe siècle; le glossaire de Cassel offre déjà mai < modium.
Cas isolés. Gladium > régulièrement glai; le doublet glaive s’explique difficilement. Quelques noms de lieux présentent un développement de [dj] à [3]: Leodium > Liège, M a 1 h o d i u m > M aube uge.
Mots d’emprunt. Gladiateur, médial, médiateur, radieux, répudier, etc. Étude, prélude, homicide, remède, etc.
Remarque. Un développement spécial du groupe [dj] (primitif ou venu de [tj]) se présente dans un certain nombre de mots anciens, mais non entièrement populaires, où il aboutit à r: invidia > vfr. envire; Ægidius > vfr. Gires; m e d ic u m > m e d j o > vfr. mire; r e m e d i u m > vfr. remire ; d a I m a t i c a > * d a 1 m a d j a > vfr. daumaire ; g r a m m a t i c a > grammaire ; a r [ t e m in a ] t h e m a t i ca m > vfr. artimaire. On trouve parfois des formes collatérales avec / au lieu de r; elles disparaissent avec le moyen âge, excepté Gites, qui remplace Gires.