I. MOTS D 'ORIGINE LATINE
479. Les mots d’origine latine s’écrivaient généralement au moyen âge sans h: on (homo), ome (hominem), ost (host e m), ostel (h o s p i t a 1 e m), ore (h o r a), aveir (h a ber e), aim (hamum), oan (hoc a n n o), erbe (herba), etc. Pourtant, des tendances savantes réintroduisent h de bonne heure dans plusieurs mois; la graphie savante honestet se trouve déjà dans la Séquence de Ste Eulalie (v. 18). Au XVIe siècle, h est rétabli presque partout; on écrit bon, homme, host, hostel, heure, bavoir, etc.; on introduit même abusivement h dans beaucoup de mots qui n’y avaient aucun droit: habondance (a b undan tia), hun (un u s), hauteur (a uct ore m), etc. La langue moderne garde 1’ h étymologique dans herbe, heure, hier, hiver, hoir, homme, honneur, horloge, horreur, hôte, hôtel, humble, et le rejette dans avoir, on, orge (horde um), ordure (de ort, ord < horrid u m).
Mots d’emprunt. Habile, habiter, habitude, hériter, hirondelle (vfr. arondelle), histoire, humanité, humidité, etc.; plusieurs de
ces mots s’écrivaient au moyen âge sans h. Rappelons aussi appréhender, cohorte, prohiber, véhicule, véhémence, etc., où ïh est intérieur.
Remarque. Un h non étymologique s’est introduit, pour diverses raisons, dans un certain nombre de mots. Hièble ou yèble (e bulum), huile (oleum), huis (Ostium), huit (octo), huître (o s t r e a) doivent leur h au désir d’éviter la confusion de i ou ii initial avec j ou (>; pour octo cependant, on trouve déjà la graphie h octo dans des inscriptions chrétiennes de la Gaule. Heur (augurium), bonheur , malheur, pour eur (vfr. ëur, § 276), boneur, maleur, s’expliquent par l’influence de heure (h or a). Enfin dans cahier, Cahors, cahoter, ébahir, envahir, trahir, trahison, h est employé pour marquer graphiquement l’hiatus; on trouve de même dans les manuscrits du moyen âge: crehanter, jehuner, vehu, etc.
480. Dans tous les mots cités, la présence ou l’absence de h est une pure question d’orthographe, 1’ h étant partout muet. Un h soi-disant aspiré se trouve exceptionnellement dans:
1° Quelques mots populaires: haut, et les dérivés hauteur, hautesse (cf. altesse, § 43, s), hausser (cf. exhausser, exaucer, sans h aspiré), hérisson (dér. de ëricium) et hérisser (< *hericiare), herse et le doublet dialectal herche (*herpïcem, pour hirpicem), hoqueton, et huppe (upupa; cf. ail. Hopf). Haut a subi l’influence du synonyme allemand hôh (§ 8, § 525); hoqueton est une contamination du vfr. huque, heuque, hoquet (manteau, cape), et auqueton (§ 20, i). L’aspiration des autres mots est sans doute d’origine expressive. Pour herse, il peut y avoir eu en outre intluence de houe, et pour huppe, influence de héron.
2° Quelques mots savants: hargne (hernia); harpie (harpya), vieilli (h)arpie; haste (hasta); héros (héros); hile (h i 1 u m); hoc (h o c).
Remarque. Pour plusieurs mots, l’usage a longtemps hésité; on a dit héros et (h)éros, héroïque et (h)éroïque ; hésiter et (h)ésiter. La langue moderne s’est décidée pour héros, (h)éroïque, (h)ésiter.
3° Quelques verbes issus d’onomatopées; voir § 484.