II. MOTS D’ORIGINE NON LATINE
481. La fricative laryngale, qui n’existait pas dans le fonds latin du gallo-roman, a été introduite dans la langue par les Francs (§ 8): tous les mots germaniques commençant par h -fvogelle conservèrent leur aspiration en français:
haie
h e i ge r
héron
haubert
huis
houx
haïr
* H a i ni r I k
Henri
honnir
Haribert
Herbert
h osa vfr.
h uese ( h o usea ux )
Hubert
Voici quelques autres exemples: hache, hagard (IV, § 346), haillon, haine, haire, haler, halle, hameau (le mot primitif a été conservé comme nom de lieu: Ham, Han-sar-Meuse, Renauhan, en Ardenne), hanche, harangue, hardi, hareng, harpe, vfr. hav(e)ne ou havre, port de mer (conservé comme nom de lieu: Le Havre), hêtre, vfr. hobe (d’où hobereau), honte, houe, hourd, huche, hune. Sont d’adoption plus récente: hallebarde, halte, havresac; halbran, haveron, havet, hie, homard (III, § 354), hotte (suisse), houblon, hutte.
Remarque 1. Le [h] germanique a disparu dans ardillon, autrefois hardillort (dér. de hart). De même dans arlequin (cf. it. arleccliino) pour harlequin (Furetière), altération du vfr. hellequin.
Remarque 2. Les mots germaniques passés en français à une époque où cette langue avait perdu l’aspiration (§ 485), ne présentent pas de h: Haubitze > obus. H ornfisch > orphie. Les noms propres conservent 1’ h dans la graphie: les Contes d'Hoffmann.
482. Quand l’/i germanique se trouvait devant une consonne, l’aspiration était probablement plus forte, et l’on observe plusieurs développements différents:
1° L’aspirée devient f: *Hlothaving> Floevenc, Flovent ; * H 1 o de ber h t > Flobert; hrim > frimas: hrok > freux; h 1 a o > flou.
2° L’aspirée reste intacte, s’il se développe une voyelle accessoire (§ 494) qui la sépare de la consonne suivante: hnapp > hanap, h ring > harangue.
3° L’aspirée tombe: *Hlodwig > Louis.
Mots d’emprunt. On trouve [kl] dans quelques noms propres: Clovis (doublet de Louis), Cloud (vfr. Cloold). La prononciation [k] est due à la notation ch pour désigner l’aspirée (comp. n i c b i 1 , Abracham, etc.).
Remarque. L’aspiration germanique ne s’est maintenue intacte qu’à l'initiale des mots devant une voyelle; elle s’est amuïe à l’initiale d’une syllabe, après une consonne : Gerhard > (iôrart, R i k h a r d > Richard, Reginhard
Renard. Pour l’aspiration entre deux voyelles, on relève deux traitements
différents: elle subsiste normalement dans vfr. jehir, gehir (germ. jahjan, j ë h a n), et le dér. vfr. gehinc > gêne (XVIe siècle); elle a disparu de très bonne heure dans espier, épier, qui remonte à germ. spehon, mais sans doute par l’intermédiaire du provençal espiar.
483. Beaucoup d’autres mots étrangers, empruntés surtout aux langues orientales et américaines, au grec, à l’anglais, etc., présentent aussi l’Aï aspiré. Exemples: Hasard (IV, § 585), harem, henné, houri, housse, hachisch, halo, halurgie, héros (§ 480), hiérarchie, Hadès, Hellas, handicap, héler, hourra, humoriste, hâbler, hamac, haricot (IV, § 464), houra, houppelande, hongre, hussard, horde, hallebreda, hangar, haridelle, hibou, horion, houille, hourvari, hurluberlu.