‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 214 sur 294 · III. ONOMATOPÉES · texte numérisé non relu

III. ONOMATOPÉES

484. L7i aspiré se trouve enfin dans plusieurs interjections venues d’onomatopées: Ha, haie, hallali, hare, hein, hem, holà, hopla, hou, houp, huau, hue. Rappelons aussi des verbes où Y h aspiré a la même origine: haleter (pour aleter, proprement «battre de l’aile«, a la), hennir (hinnire), liôler, houper, hucher (dér. de hue), huer, hurler (ululare; peut-être aussi influence de huer).

485. L’ù aspiré des mots d’emprunt s’articulait fortement au moyen âge; mais, déjà au XVIe siècle, l’aspiration semble avoir été peu sensible; Th. de Bèze (1584) observe: «Aspira tionem Franci quantum fieri potest emolliunt, sic tamen ut omnino audiatur, at non aspere ex imo gutture efflata, quod est magnopere Germanis et Italis, præsertim Tuscis, observandum.« Au XVIIe siècle, elle ne s’entendait plus du tout; Lartigaut (1670) remarque expressément: «Le propre èfêt de Vh au comancemant du mot et uniquemant d’anpêcher l’élizion de la voyèle précédante. « Il paraît pourtant qu’on a continué à aspirer quelque peu les h dans le parler soigné. Hindret dit, en 1696: «Les h aspirées sont celles qui se prononcent par un souffle qui se fait dans la bouche, sans aucune articulation, comme vous pouvez remarquer en ces mots, le harnois, la hache, la honte, où vous entendez l’aspiration sensible de ces /i.« Et Mme Dupuis observe (1836): »L ’/i est muette ou aspi-

rée: muette, elle n’ajoute rien à la prononciation de la voyelle suivante; aspirée, elle exige un léger effort de poitrine, ce qui lui donne une sorte de ressemblance avec un soupir à demi étouffé, outre qu’elle interdit toute espèce de liaison et d’élision. « De nos jours, \’h aspiré ne s’articule que dans les onomatopées; pour les autres groupes de mots, l’aspiration a disparu complètement de la langue parlée (comp. § 487); la lettre h n’est plus qu’un signe orthographique, qui a pour effet d’empêcher la liaison de la consonne précédente ou l’élision de la voyelle précédente: les hêtres [le( — )e:tr] , la hâte [la( — )a:t] ; c’est pourquoi il vaudrait mieux l’appeler »disjonctif«.

486. Dès le moment où la prononciation de Y h aspiré fut devenue peu sensible, les mots commençant par cette lettre furent traités, dans le parler moins soigné, comme s’ils commençaient par une voyelle. Littré remarque que c’est une grosse faute de dire j’hais pour je hais, et il a raison — à son point de vue. C’est en effet une grosse faute contre les règles plus ou moins arbitraires des grammairiens, mais non contre le génie de la langue. Comme h s’est amuï, le mot commence réellement par une voyelle, et on devrait dire j’hais comme j’aime; c’est la prononciation je hais qui est artificielle. Voici maintenant quelques exemples qui attestent l’amuïssement complet de Y h aspiré. Dans ses Remarques (1647), Vaugelas observe qu’il y en a beaucoup qui prononcent j’haïs «comme si Yh en ce verbe n’estoit pas aspirée et que Ye qui est devant se peust manger«. Voltaire lui-même a deux fois omis d’aspirer Y h de ce mot:

Je meurs au moins, sans être haï de vous.

( Enfant prodigue, IV, sc. 3.)

Aurait rendu comme eux leur dieu même haïssable.

(Alzire, I, sc. 2.)

Ménage observe: «Les peuples de France qui sont voisins de l’Italie, comme les Bourguignons, les Dauphinois & les Provençaux, n’aspirent presque aucun mot. Cette vicieuse façon de prononcer a passé depuis quelques années jusques à Paris. J’y ay souvent oui dire à des personnes tres-savantes, & de la plus haute condition, mon harangue, mon haquenée, i Hollande, l’hazard, l' hallebardes ( Observations , p. 175). Res-

tant (1730) remarque que »les lingères et les marchands ont introduit l’usage de dire toile d' Hollande, chemises d' Hollande, fromage d’Hollande «. D’Olivet (1730) cite aussi les termes de l'eau de la reine d’Hongrie, du point d’Hongrie. L’Académie tolère toile d' Hollande et condamne les autres prononciations. Il y a eu la même hésitation pour plusieurs autres mots, notamment Henri et Henriette, (pii maintenant se prononcent sans h aspiré, bien que beaucoup écrivent encore de Henri. Le peuple dit de nos jours des (h)omards, des (h)aricots, des (h)ardes, etc. Rappelons, par curiosité, la scie populaire: »/‘,7i voulez-vous des z’homardsu, tirée d’une chanson lancée, en 1895, par Dufour au Moulin Rouge, et le cri d’alerte de gamin à gamin à l’arrivée de la police: nühé! Titi, ohée, g a de la grippe, g a de la cogne, prends les zardes et va l'en, passe par l’égontu (V. Hugo, Les Misérables, 3e partie, livre I, chap. VIII). Le même fait s’observe dans des chansons populaires ou argotiques: Faut avoir bonne grâce et n’être pas ’onteux (Romania, VII, 55). C’est c’ bon Dieu d’boquct (pii m’tracasse (A. Bruant, Dans la rue, p. 132).

Remarque. On trouve déjà au moyen fige, surtout en bourguignon, des exemples isolés de la disparition de 1’ h aspiré: ainsi l’auteur des )>Narbonnais« emploie l'auberc (v. 4188), Vante (v. 401 (»), l'ianie (v. 1776), à côté de le haubere, la liante, le hiame.

487. L’ancienne aspiration forte s’esl conservée dans plusieurs patois, notamment le normand, le saintongeais et le lorrain; on dit en Normandie héron [her3], hâté [hü:t', Iwnle [hô:t], etc.; le [h] normand nous paraît identique au [h] allemand ou danois. Dans quelques régions normandes, on substitue un r uvulaire voisin du ch vélaire allemand au [h], en disant rée, ramé, rankar, ronte, rou, etc., pour haie, hameau, hangar, Iwnle, houx; la forte expiration, en passant la luette, l’ébranle, et la fricative laryngale devient une vibrante uvulaire.

Remarque. Dans le style soutenu, surtout devant une voyelle accentuée, on emploie souvent une aspiration, qui paraît le simple résultat d’un effort organique. Ainsi, on peut entendre sur la scène ou dans les discours solennels la honte [lalid:t], là-haut [lalio], je le hais [galohtl, fléau [flclio], géant Ijelià], etc., sans tenir compte si l’écriture présente h ou non; eomp. § 27!!,». Une forte aspiration s’entend aussi dans plusieurs mots qui présentent un caractère onomatopéique; voir Manuel phonétique, § 65.

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