Aphérèse
1° Noms de personnes. Exemples: Abraham > Brame ; Antoinette > Toinette; Barbizet > Bizet; Denis > Nys; Denisard > Nisard; Élisabeth > Bette; Étiennot > Thiénot; Gabriel > Briel; Hugot > Got; Margoton > Goton; Nicolas > Colas; Nicolin > Colin; Renaudet > Naudet; Renaudin > Naudin; Richardin > Chardin; Sébastien > Bastien; Silvestris > Vestris; Simonnet > Monet; Théodorine > Dorine; Thomas > Mas: Thomasset > Massenet. Voir en outre § 121.
2° Noms de lieux. Plusieurs noms de lieux présentent des abrégements curieux: Banon (Al bar no ne). Bagne (N ir b anium), Garges (Bigargium), Thoisy (Octasiacum), etc.
3° Jurons, exclamations, etc. Exemples: Sacré nom > crénom. Sacrelotte > crelotte. Sacristi > cristi. Sapristi > pristi. Notre Dame > tredame. Vertu Dieu > tudieu (lubieu), etc. Nombreuses sont aussi les formes estropiées par la prononciation rapide dans les réponses ou interjections: 'tention, 'faitement (= parfaitement), ’ fectivement, ’ turellement. ’ sent (= présent; voir Soirées de Médan, p. 227), etc. Comp. le cri de Paris: chaud d’habits (= marchand d’habits).
4° Termes d’argot. Exemples: Capitaine > pitaine, Fontainebleau (élève de) > Bleau, marchand de vin > chand de vin, municipal > cipal, omnibus > bus, boulevard Haussmann > bout’ Mann. Le mot tout récent (fin du XIXe siècle) chandail (sorte de tricot), n’est qu’une abréviation populaire de marchand d'ail, terme par lequel on désignait aux Halles de Paris les ouvriers s’occupant du marché des légumes; cette sorte de vêtement ayant eu beaucoup de succès auprès de ces ouvriers,
le nom de l’individu fut donné à l’habit qu'il portait; des Halles où il est né, le mot a passé dans la langue, où il est usuel.
Remarque. Les patois actuels présentent un grand nombre d’aphérèses: blon (~ houblon), bot (= sabot), breuvoir (— abreuvoir), font (enfant), attiser ( aiguiser), raigne ( araigne), vec ( avec), etc.
521. Il faut mettre à part quelques cas curieux d’aphérèse dus surtout à une analyse fautive des syllabes du mot:
Basin, pour bombasin (it. hombaggine), qui se trouve encore dans Oudin (1042); la première syllabe a été prise pour l’adj. bon.
Baustre, vieille forme pour labaustre (altération de alabciustre, alabastre; voir Romania, XXIX, 428), considéré comme un composé de l’article et d’un mot féminin (cf. § 261, i). Comp. cunette, emprunté de l’it. cunetta, qui est pour lacunetta («petite lagune«).
Remarque. Certains cas plus particuliers d’aphérèse ont été étudiés dans les chapitres précédents. Pour l’aphérèse de L, voir § 339, Rem.; pour celle de N, voir § 327, i, Rem.; pour celle de S, voir § 461. En ce qui concerne les voyelles, voir pour A, § 261, et pour E, § 286.