AU ACCENTUÉ
188. AU s’est conservé comme diphtongue en roumain (aurum > aur), en sicilien (la unis > addauru), en sarde et en béarnais; partout ailleurs, il a subi des altérations plus ou moins graves. Le plus souvent, il est devenu monophtongue, comme au Nord de la France, où tout au, tonique (au rum) ou protonique (ausare), primitif (pauperem) ou de formation postérieure (paraula < parabola; §370, 1), s’est resserré, au moyen âge, en un o ouvert. Ce son ne s’est conservé jusqu’à nos jours que dans certains cas spéciaux; partout ailleurs, il s’est changé en o fermé ou en ou. Voici quelques détails:
1° L’o ouvert s’est conservé surtout devant ou après r : aurum > or; thesaurum > trésor; claudere > clore; au rien la > oreille; *exaurare > essorer; * 1 a u r a r i u m > lorier. laurier; taurellum > toreau, taureau: *rauba > robe; fabrica > *faurga (§ 376,2, §401,2, Rem.) > forge; parabola
> *paraula (§ 234) > parole; sagma > *sauma (§ 428) > somme; Paulum > Pol, Paul; claustrum > clostre > cloistre, cloître (influence de cloison). Pour nausea > noise, voir § 206.
Cas isolé. On trouve a pour o dans (cresson) alénois pour ollénois, forme assimilée de orlcnois (§ 362, Cas isolés) < A urelianensem.
2° L’o ouvert est devenu o fermé, surtout devant [z] : a usât
> ose; ausare > oser: causa > chose; p a usât > pose; p ausare > poser; clausum > clos; pauperem > povre, pauvre; paupertalem > poverté, povreté, pauvreté; avis struthio > *austrutsio (§ 446,2, Cas isolés) > ostruce, autruche.
3° L’o ouvert est devenu ou [u] devant une voyelle: gabata
> *gauta (§ 376,3) > joue; laudat > loue; laudare > louer. Comp. alouette (dér. de aloue < alauda), enrouer (dér. de r a u c u ni). Outarde (vfr. ostarde < *austarda < avis tarda) semble une forme dialectale. Chou a été tiré de choux (IIS, § 323).
4° Sur paucum > pou > peu, voir § 248, Cas isolés. Cauda est devenu de bonne heure coda, d’où queue (§ 182).
Mots d’emprunt. Auditeur, audition, auguste, autorité, aurifier, aurore, frauder, rauque, restaurer, Laure. On trouve aussi au dans quelques mots populaires qui onl subi une restauration •orthographique (§ 96, 2): autruche, laurier, Paul, pauvre, pauvreté, saur, taureau.
Remarque. Au inaccentué se réduit à a, si la syllabe suivante contient un « (o) ; cette dissimilation remonte au latin vulgaire: augustuin > agusto
> août; A u t u r a > A t u ra > Eure (§ 269); auscultare > ascol t ar > écouter t§ 174, Cas isolés); augurium > aguro (§ 471,3, Cas isolés) > ëur > heur (§ 99, § 479, Rem.); Sauconna > Saconna > Saône > [so:n] (cf. § 270, 1).
189. Quel que soit le son qu’offre la langue moderne, o ouvert, o fermé, ou ou, on avait partout un o ouvert au moyen âge; on disait chose [tjoza], povre [povra], joe [d309], comme ar [or] et forge [fordja]; les assonances nous le montrent; cf. apostolie : povre : chose : desconfortet : enclodet (St. Alexis, str. 61). Le passage d’au à o, inconnu au provençal, n’a eu lieu que très tard en français: les formes chose, chou, joie (gaudia) montrent que la monophtongaison est plus récente que la palatalisation des groupes ca et ga (cf. § 401 — 402); d’un autre côté, le glossaire de Reichenau (§ 12) offre déjà sora (ail. saur-), soma (sagma), ros (cf. prov. raus). Il est impossible de déterminer quand l’ancien o ouvert s’est scindé en 0 fermé ot en ou.