E ouvert accentué, suivi d’une palatale, devient i
dëcem dis, dix n ë g a t nie * p r ë c a t prie lëgo li, lis pëjus pis dëcimnm disme, dîme 1 ë g e r e lire pëjor pire s ë x sis, six
ë x i t vfr. ist.
1 ë c t u m p ë c t u s despëctu m ë q u a m ë d i u m p r ë t i u m p rëtiat ecc lësia m ë r e a m
lit pis dépit vfr. ive mi
pris, prix
prise
église
vfr. mire (II2, § 27, Rem.)
Ce développement suppose comme point de départ la triphtongue iei, qui se retrouve sporadiquement en provençal (miei = fr. mi), mais qui n’a été conservée dans aucun texte français; au nord de la Loire, elle s’est réduite de différentes
manières: on a ie surtout dans le Nord-Ouest (lectum > liet), ei à l’Est (lectum > leit), et i dans la Normandie du N.-E., surtout sur la rive droite de la Seine, , et dans l’ Ile de France (lectum > lit). La diphtongaison de ë ne pouvant avoir lieu devant la palatale entravée (comp. sëptem > sept), n’a pu se produire qu’après le mouillement de et (§ 407).
Cas isolés. La terminaison -ërium est représentée par -ier: ministerium > métier, monasterium > moutier. Intëgrum, accentué intëgrum (§ 138), donne vfr. entir, devenu entier sous l’influence du suffixe -ier. Pëctinem > vfr. pi g ne; Ménage connaît encore cette prononciation qu’il attribue au petit peuple de Paris ( Observations , p. 328); elle a disparu devant peigne, dû à l’influence de peigner. *Sëquere > vfr. sivre, puis suivre sous l’influence de sui(s) (< siu < *sëquo; cf. § 518,4); voir II2, § 31, Rem. Sënior s’altère en *sëjor (§ 519, i) > sire. Cerise remonte à *cerësia, pour cerasia.
198. E ouvert protonique, suivi d’une palatale entravée ou libre, devient ei, qui se change en oi (§ 157):
dëcanum doyen médian um moyen
v ë c t u r a voiture mëdietatem moitié
sëxaginta soixante mëssionem moisson
Ainsi, en syllabe faible, où ë ne peut pas se diphtonguer <§ 168), ë palatale donne le même résultat que e -|- palatale <§ 196).
Formes analogiques. Les vieilles formes régulières neiier, preiier, preisier, seiier, eissir, empeirier ont été changées en nier, prier, priser ( apprécier est savant), scier, issir, empirer, sous l’influence des formes accentuées sur le radical (§ 197): nie (nëgat), prie (prëcat), etc.; comp. § 299,2, et II2, § 28. De même le vfr. proiiere > prière.