‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 49 sur 294 · IV. A -f PALATALE · texte numérisé non relu

IV. A -f PALATALE

199. A tonique ou protonique, suivi d’une palatale, devient ai, prononcé ordinairement [e], rarement [e].

Kr. Nyrop: Grammaire. I 15

1° A tonique:

fac

fai(s)

faire

p aca s

paies

mai

plaga

plaie

major

maire

pacem

paix

voir

fa et u m

fait

rai

axent

ais

essai

laisse

baise

lairme (§ 245)

canta(v)i

chantai

Cas isolés. Aqua se développe différemment selon les dialectes: on trouve au Nord-Est awe; au Nord et au Nord-Ouest ewe, qui a donné d’une part eve (conservé dans Boilève et les dérivés évier, éveux), et d’autre part eawe (iawe), eaue (iaue) et enfin eau; au Sud et partiellement au Nord-Est aigue, aighe, aiwe (comp. aiguemarine, aiguail, aiguière). Cerasia a été supplanté par *cerësia (comp. ital. ciliegia), qui devient régulièrement cerise (comp. § 197). Le développement du suffixe -arium en *-ërium, d’où -ier, attesté dans les Gloses de Saint-Gall et de Reichenau, reste obscur (comp. III, § 248).

2° A inaccentué:

pacare

payer

laxare

laisser

p lacéré

plaisir

basiare

baiser

racemum

raisin

rationem

raison

tr a c l a r e

traiter

adj utare

aider

Cas isolé. Lacertum est devenu lézard, altération de lêserl (cf. § 245, § 387), qui doit remonter à *laisert.

3° A reste intact devant les groupes cc, pj, bj, vj, cj et consonne + tj: vacca > vache, sapiam > sache, *rabia > rage, cavea > cage, brachium > bras, facio > vfr. faz (II-, § 127), factionem > façon (§ 474, i); devant [Æ] et [p] : valeam > vaille (§ 207,.s), montanea > montagne (§ 229, t), et dans la terminaison -alicum: viaticum > voyage (voir la Remarque ci-dessous).

Remarque. Dans quelques dialectes (le lorrain, le bourguignon, le wallon et, en partie, le picard1, -aticum donne -aige (-aege, -ege), qui figure dans.

les rimes jusqu’au XVIe siècle: cf. outraige : ay je (Robin et Marion, v. 145); vasselaige : ferciy-je (Richars li biaus, v. 4721); formaige : auray-je (Pathelin, v. 444); collège : soulaige (TFAR, p. 284); dommage : auray-je (ATF, II, 445); merteray-je : visaige (ib., II, 428), etc. Palsgrave admet encore la prononciation -aige; elle est inconnue aux autres grammairiens du XVIe siècle.

200. Le groupe ai, quelle qu’en fût l’origine, était d’abord une diphtongue décroissante, qui assonait avec a pur: cf. mesfait : ralcit (St. Léger, v. 89 — 90), lairmes : marbre (Alexis, v. 583 — 84). Cependant, par une assimilation anticipante, ai se change en èi, d’où è, et assone avec e ouvert; dans le Roland, il y a encore fluctuation entre l’ancienne prononciation (Caries : faire, v. 278; cald : vait, v. 2106) et la nouvelle ( faire : estre, v. 2123; frait : isnel, v. 1384). Le passage de la diphtongue au son voyelle simple a eu lieu à des époques différentes, selon la nature de la consonne suivante; au XIIe siècle, ai se prononce généralement è, excepté dans les verbes, où ai final devient é fermé; on a ainsi vrai [vre], Tournai [turne], mais parlai [parle], parlerai [parlare], ai [e], sai(s) [se], etc. Quand ai cessa d’être diphtongue, les copistes commencèrent à confondre ai et e, et ils écrivirent fere, tere, mestre, reson, etc.; on est pourtant revenu en général à l’orthographe étymologique (faire, taire, maître, raison, etc.), excepté dans les mots suivants :

Affété (vfr. affaitié ); alczc (subst. verbal de l’ancien alaisier ); églantier (pour *aiglentier, dérivé du vfr. aiglent ); frêle (vfr. fraile < fragilem); frêne (vfr. fraisne < fraxinum); grêle (vfr. graisle < gracile ni); guède (vfr. guaisde ); guéret (vfr. guarait < *varaetu m pour vervactum); guet (vfr. guait < wachl), aguet (vfr. aguait ), guetter (vfr. guaitier ); échauguette (vfr. eschalguaite ); ménage (vfr. maisnage ); merrain, à côté de mairain (< * ma teria men); métayer (< maitaiier, moitoiier, meiteiier, dér. de meitié ); quémander (autrefois caimander, dér. de caimant; cf. § 275); serment (vfr. sairement < sacramentum); vérole (vfr. vairole < variola).

Remauque. Par contre-coup (cf. § 115), ai s’écrit abusivement pour e dans: aile (vfr. ele < ala); braise (vfr. brese < alla, brasa); clair (vfr. cler < clarum); épais ■§ 159); fadaise (emprunté du prov. fadeza); faite (vfr. [este < germ. firste); pair (vfr. per < parefri); rairc (vfr. rere < radere); sais, sait (vfr. ses, set < sa pi s, sapit). On hésite entre aie/ te et èche (< esca).

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