V. O OUVERT + PALATALE
201. O ouvert accentué, suivi d’une palatale (c-f consonne, j, rlj . rj, stj, strj), devient ui [qi]:
nôctem
nuit
hôdie
hui
ôcto
huit
médium
muid
cuisse
podium
pui
nôcere
nuire
cô r i u m
cuir
nuit
huître
côquere (§ 408)
cuire
Formes analogiques. Les anciennes formes muir (II2, § 122) et muire ont été remplacées par meurs et meure. A côté de puis (II2, § 12f),i), on a formé peux.
Mots savants. Historia > histoire, eboreum > ivoire.
Remarque. Si ô est suivi d’un c médiopalatal ou post-palatal, celui-ci disparaît, et ô se diphtongue: jôcat > juee > vfr . jeue, d’où joue (ou par une autre évolution juee >jue, comme iee > ie; cf. Roland, v. lit); lôcat > l(i)eue d’où loue (II2, § 30, i). Lôcum est ainsi devenu luou > lueu > lieu (cf. ôculos > uous > ueus > ieus); fôcum de même > fueu, d’où feu (la labiale ayant absorbé le premier élément de la triphtongue); de même jôcum > jueu > gieu > jeu (l’i s’étant fondu dans le son consonne initial (comp. § 414).
202. Le développement de ô tonique -)- palatale en ui est un des traits caractéristiques du francien et du picard; il est inconnu au normand du Sud, au wallon, au lorrain et au bourguignon (cf. coist < côxit dans Ste Eulalie). Il suppose comme point de départ probable la triphtongue uei, due à une combinaison de la diphtongue ue (< ô; § 178, s) et de 17 dégagé de la palatale: nôctem > nôt’ > nuoit > nueit. La triphtongue uei, dont on trouve des traces en provençal, se réduit en français de deux manières différentes. A l’Ouest, elle devient ei: * nueit > neit, *pueis > peis, *uei > ei (cf. Romania, XXVIII, 286); au Centre, elle se contracte en ui: *nueit > nuit, etc. Cette dernière diphtongue était d’abord décroissante: cf. fuit: vencuz (Roland, v. 1047). Plus tard, l’accent se déplace: üi devient ui et rime avec i; cette rime est
encore permise (suivre : vivre, conduit : petit). Dans quelques mots, ai s’est simplifié en i: vuide (vôcita) > vide; cf. § 455.
203. O ouvert protonique, suivi d’une palatale, devient oi [wa]:
fôcarium foyer nôcere vfr. noisir
lôcarium loyer ôctobrem vfr. ôitouvre
môdiolum moyeu *ôctanta vfr. oitante
Ainsi, en syllabe faible, où 6 ne peut pas se diphtonguer, 6 -f- palatale donne le même résultat que ô -|- palatale (§ 204).
Formes analogiques. Quelques mots présentent ui, qui ne devrait se trouver qu’en syllabe accentuée (§ 201): appuyer et ennuyer, pour vfr. apoyer (*a ppôdiare) et vfr. ennoyer (*inôdiare), à cause de appui et ennui, (voir II2, § 31); cuisant, cuisine et cuisson, pour coisant, coisine et caisson (§ 474,4), à cause de cuire (côquere; § 411, i).
Cas isolé. *Côxinum est régulièrement devenu coissin (encore dans Rabelais), qui a été altéré en coussin.