IV. O + NASALE
223. O h ref ou long, tonique ou protonique, suivi d’une nasale entravée, devient [5], qu’on écrit on ou om:
contra
contre
bonté
pont
l’ôn tan a
fontaine
monte m
mont
montagne
fond(s)
fonder
comte
content
tondre
*companio
compaign, copain
Cas isolés. La vieille langue offre plusieurs exemples du passage de on à an en syllabe faible; on trouve damesche, dameiselle, dancel, dangier, danjon, danter, etc., et dans, dame qui s’employaient proclitiquemenl (§ 519, i). De ces formes la langue moderne a retenu danger (dér. de dominum), dam (dont inus) dans Dammartin, Dampierre (on a aussi les formes Dommartin, Dompierre), et dame (domina); cf. damedieu et vidame. Emprunter remonte à*imprümütare(§ 12,454) < *impromutare (pour mutuari), dont le premier ü est dû à une assimilation (§ 506, 1). Humble (hümilem) est un mot savant, repris au IXe ou au Xe siècle.
224. O tonique, suivi d’une nasale finale libre, devient [3j, qu’on écrit on ou om:
don
bon
nom
on
larron
son
raison
ton
Cas isolés. Non et homo ont subi un double développement; è côté des formes toniques non et on, on a eu les formes faibles nen et en. Nen s’est affaibli en ne. qui a reçu des fonctions différentes de celles de non (cf. VI, §§ 16 — 37); en, qui se trouve encore dans Palsgrave, n’a été conservé que dans les patois: » Hélas! l’an dit bien vrai« (Femmes savantes, v. 418).
Remarque. Dans quelques dialectes, à paraît avoir gardé sa prononciation ouverte, et il se diphtonguait régulièrement au moyen âge: bônum > buen. hômo > uem, cômes > cuens, etc., comme bôvem > buef. On trouve dans le Roland et plusieurs autres textes des formes diphtonguées, à côté de formes non diphtonguées (huent — hum), ce qui s’explique probablement par la phonétique syntaxique (§ 112).
225. Dans la plus ancienne période de la langue, tout o devant une nasale était fermé et oral (§ 209); cf. hom : maison : dolor (Alexis, sir. 44), orne : redotet (ib. str. 40); on disait front, ton, son, on, bon comme baron, maison, nom, onde, reont, etc. La nasalisation semble avoir commencé au XIIe siècle: [on] > [ôn], et l’o nasalisé demeure fermé, peut-être encore au XVIe siècle; en tout cas, Chifllet (1659) observe qu’il faut dire boun, doun, noun, etc. De nos jours, l’o de bon [bô] est, pour la position de la langue, presque identique à l’o ouvert de cote [kot], sotte [sot], etc.; mais, pour les lèvres, il présente un arrondissement plus fort; un o nasal fermé s’entend encore, assez rarement pourtant, selon nos observations.
Remarque. O suivi d’une nasale -f- voyelle se trouve dans bon a > bone, bonne; perso na > persone, personne; sonat > sone, sonne; poma > ponte, pomme; d o n a r e > douer, donner; honorem > honeur, honneur, etc. Sur le redoublement de la consonne, voir § 21 1 ,i. Hem. L’o de ces mots est maintenant oral et ouvert, autrefois il était nasalisé et fermé; Palsgrave (1530) dit que on (ont) de home, bonne, somme, tonnerre, se prononce comme la même syllabe de renom, mon, etc., »almost lyke this diphtonge ou and some thyng in the noose«.