INFLUENCE DE K
244. La consonne roulée r, qu’elle soit dentale [r] ou uvulaire [r], exerce une influence »ouvrante« sur la voyelle précédente (rarement sur la voyelle suivante).
1 0 Pour les voyelles palatales, notons que [e] peut passer à [e], [e] à [a], et enfin [a] à [a] devant un r suivi d’une consonne. On voit ainsi *skerpa, en passant par vfr. escherpe, aboutir à écharpe. Par analogie, la même transformation se produit devant un r simple en syllabe protonique: *hirunda > aronde. Comp. le parler parisien de nos jours où l’a de cave, gage, bave est moins ouvert que celui de rare, gare, barre. Il s’agit là d’un phénomène général de la phonétique du francien, et qui se retrouve à diverses époques de la langue; nous lisons déjà dans VAppendix Probi : Anser non ansar, noverca non novarca, etc.
A cette tendance populaire s’oppose une «réaction conservatrice« qui, en maintenant er, favorise le passage de ar à er (§115): asparagum > vfr. esparge > asperge (XVIe siècle).
Au point de vue phonétique, ces deux courants contraires semblent étroitement liés, le premier à l’action de l’ancien r dental [r], qui amène la pointe de la langue à se relever par anticipation (de là [e] > [a] > [a]), le second à l’action de IV uvulaire [r], qui amène la pointe de la langue à s’abaisser (de là [a] > [e]).
Remarque. L’r peut influencer non seulement l’a qui le précédé, mais aussi l’a qui le suit. Oracle [ora:kl] el miracle [mira:kl], à côté de spectacle |sp£ktakl], etc., sont des exemples curieux de cette influence progressive.
2° Pour les voyelles vélaires, l’influence de r est moins manifeste. On peut cependant rappeler ici deux cas déjà cités: le changement de fourme en forme (§ 181, Cas isolés) et le maintien de l’o ouvert dans clore, trésor, etc. (§ 188,i).