A final s’affaiblit en e féminin [a
dura dure
a 1 b a aube
p 1 il m a plume p I u m a s plumes
a m a aime
amas aimes a mat aime(t)
amant aiment
Cas isolé. Casa se retrouve dans le vieux mot chiese, employé surtout dans la combinaison chiese-Deu (église), et dans la préposition chez, où la finale est tombée, probablement à cause de l’emploi protonique du mot (de chez le comte). Un abrègement analogue du même mot se rencontre aussi dans d’autres langues. On a dit en vieil esp. en cas de, et on dit maintenant: estâ en ca Duehas, vengo de ca de mi prima; la même forme se rencontre en italien, surtout en florentin (la ca’ de’ cani; da ca’ Quirino) et en vénitien (Ca Corner , Ca Grimani, la Ca d'oro, etc.).
Mots savants. Agenda, duplicata, errata, opéra (comp. œuvre), rémora (autrefois rémore ), visa, etc.; Agrippa, Cinna, Jugurtha, etc.; sur les anciennes formes Agrippe, Jugurthe, etc., voir II2, § 233,i.
253. L’affaiblissement d’a en e féminin est postérieur à l’assibilation de c(a), autrement franca n’aurait pas donné franche (§ 401 — 402). L’orthographe des plus anciens monuments français conserve encore l’a; dans les Serments, on trouve dunat, aiudha, cadhuna, cosa, contra, etc. (à côté de fazet < faciat); la Cantilène de Sainte Eulalie olfre buona, pulcella, (Eulalia, anima, clementia sont de purs latinismes), à côté de nombreuses formes en e, telles que polie, cose, spede, soue, ardet, etc.; des a isolés se trouvent aussi dans le Saint Léger et dans le ms. L du Saint Alexis; mais ce ne sont là, sans doute, que des manières d’écrire savantes; la valeur phonétique de la voyelle finale était probablement [a] (comp. § 162, Rem.). Ce son s’entend encore dans plusieurs patois méridionaux; en français, au contraire, il s’est généralement amuï. L’amuïssement commence déjà au moyen âge; nous en trouvons les premiers exemples dans l’anglo-normand, où Ve disparaît ré-
gulièrement après une voyelle. Sur le continent, notre phénomène se produit un peu plus tard, et d’abord, semble-t-il, dans les imparfaits: avoy, civois pour avoie (habebam), avoies (habebas) se trouvent au XIIIe siècle (II2, § 161, 1). Au temps de la Renaissance, l’e féminin final s’articulait généralement d’une manière assez faible. Th. de Bèze (1584) observe: »Galli . . . e foemineum propter imbecillam et vix sonoram vocem appellant« (p. 14). Ronsard, dans son Art poétique, en admet la suppression dans Æné’ (— Enée), nu’ (= nue), coin’ (— comme), Achit, Ulys. Desportes écrit labyrinth', choleriq’, Proté’, etc., ce que blâme Malherbe (IV, 307, 309, 314, 384). Au XVIIe siècle, le grammairien Mourgues (1685) remarque: »On prononce homme, utile, rare à peu près de même que si l’on écrivait hom, util, rar.«. D’Olivet (1736) dit également: »Nous écrivons David et avide, un bal et une balle, un aspic et une pique, le sommeil et il sommeille, mortel et mortelle, caduc et caduque, un froc et il croque, etc. Jamais un aveugle de naissance ne soupçonnèrent qu’il y eût une orthographe différente pour ces dernières syllabes, dont la désinence est absolument la même.« De nos jours, l’e féminin final est réellement devenu un e »muet« dans la plupart des cas: mère (= mer), verre (= ver), turque (== turc), publique (= public), faste [fast], écharpe [ejarp], amie [ami], etc. (pour d’autres détails, voir § 313,3, Rem., et Manuel phonétique, (§ 113, Rem. 1). Il résulte de cet amuïssement que la langue moderne n’a plus que des oxytons (§ 146).
Remarque 1. L’amuïssement de l’e féminin final explique l’existence de plusieurs doublets. Ainsi, à côté de Tartuffe, on a Tartuf (La Fontaine, Fables, IX, n° 14); comp. encore zodiac, pontif, aromat, qui ont existé à côté de zodiaque, pontife, aromate, et d’autre part, pronostique, sindique, trafique, madrigale, régale, qui ont existé à côté de pronostic, sindic, trafic, madrigal, régal. Ménage ( Observations , p. 1G5) examine longuement s’il faut dire buse ou busqué, musc ou musqué. Sur la confusion dans les adjectifs entre -// et -ile, -ic et -ique, voir II2, § 388.
Remarque 2. Les poésies modernes en argot négligent souvent Ve muet final. Dans Les soliloques du Pauvre de J. Rictus, on trouve des rimes comme chamaillaient : marseillais (p. 62), martyrs : dire (p. 62), moutard : guitare (p. 86), baladeurs : leurres (p. 88), aigri : crém'rie (p. 99), etc. Th. de Banville lui-même, à titre d’essai, a écrit une pièce tout entière en rimes de cette sorte (confus: touffues, rochers : cachées, etc.). Son exemple a été suivi par Paul Verlaine, par Jules Laforgue, et un certain nombre de poètes contemporains qui cherchent, avant tout, la rime pour l’oreille.
H hmarque 3. Le muet final a disparu de l’orthographe offieielle dans les quelques mots suivants: aqua > ectiie (encore dans Nicot) > eau; déjà au XVe siècle, le mot était monosyllabe ( Romania , UV, 94); Cap lia > Chablies Chablis ; entresole (Acad., 1694) > entresol (Acad., 1718); Padoue > padou; pasnaie >panais. Sur quelques formes verbales où l’e final est tombé, voir II2, § 49,i. Ajoutons qu’au XVIe siècle, on trouve dans beaucoup d'auteurs -oint pour oient : chantoint, partoint, sentiroint, etc. Desportes écrit aynt (= aient), forme blâmée par Malherbe (IV, 329). Comp. § 273.