‹ Grammaire historique de la langue française (volume 2)Chapitre 79 sur 294 · II. ATONES G O N TR E F I N A L E S · texte numérisé non relu

II. ATONES G O N TR E F I N A L E S

254. Selon la loi de Darmesteter, toute voyelle, sauf « ($ 257), s’amuït à la contrefinale (§ 248):

dormïtoriu m

dortoir

lunæ d i e s

lundi

radïcina

racine

adjütare

aider

*morïraio

mourrai

mandûcare

manger

bonïtatem

bonté

*consütüra

couture

civïtatem

cité

mêler

hospïtalem

hôtel

sembler

blasphëmare

blâmer

sanglier

*vidëraio

verrai

*impejôrare

empirer

cervoise

collôcare

coucher

libërare

livrer

*paraulare (§

» 376,i) parler

Sevrer vient régulièrement de sepërare pour sep a rare (Schuchardt, I, 196).

Formes analogiques. Puritatem devient régulièrement parte, qui a été remplacé par pureté, sous l’influence de povreté, aspreté, etc. (voir III, § 400). Les futurs en -irai, comme finirai, bâtirai, mentirai, sentirai, etc., sont dus à l’influence des autres formes qui conservent 17 (II2, § 213). Les mots tels que marier, mendier, honorer, mesurer, saluer, etc., doivent la conservation de la protonique à l’action de la tonique de mari, mendi, honor, mesur(e), salu, etc.

Mots d’emprunt. Visiter, habiter, hôpital, capital, olifant, charité, qualité, vérité, opérer, général, empereur, blasphémer, envoler, cumuler, monument, instrument, etc. Dans quelques mots, 1’/ atone a été changé en e: medicina > médecine. Dromedarius devient dromedaire (Ph. de Thaun, Bestiaire, v. 1044), d’où dromadaire.

255. La contrefinale tombe dans les mêmes conditions que la finale (§ 248). L’amuïssement paraît avoir eu lieu après la »sonorisation« des explosives intervoealiques: vindicare devient ♦ vendegare, d’où venger; comp. a dj u ta r e > aider, j u d ica re

> juger, cogita re > cuider, berbicarium > berger, subitanum > soudain, délicat um > vfr. delgié, verecundia > vergogne, etc. Si l’on trouve coucher (collocare) et douter (dubitare) pour couger et douder, on peut supposer que ces formes sont dues à l’influence de couche (*colcat <eollocat) et de doute (*dubtat < dubitat). D’autre part, l’influence des formes régulières venger, vengeons, vengeais amène le singulier irrégulier venge pour venche; venche, développement normal de vindicat, se retrouve dans le composé revanche. La chute de la contrefinale a également eu lieu avant le changement du c intervocalique en spirante sonore (§ 41(5): radie in a > racine, fi lice lia > ficelle, etc., mais *vecinum

> voisin.

256. Certains groupes de consonnes, précédant ou suivant la contrefinale, empêchent sa chute:

1 0 La contrefinale reste lorsqu’elle est précédée d’un des groupes de consonnes après lesquels une voyelle d’appui est nécessaire: d o m (i)n ic e 1 1 a > vfr. domnezelle (Ste Eulalie), dameisele, demoiselle; quadrifurcum > carrefour, la troc inium > vfr. Icirrecin; petroselinum > *petrosilium > vfr. perresil; nutritura > vfr. norreture; nutritionem > vfr. norreçon; pu tritura > vfr. porreture. La langue moderne, qui a gardé carrefour, après quelques hésitations (§ 292), écrit larcin et persil avec syncope de la contrefinale (§ 291); pour les trois autres mots, l'influence de nourrir et pourrir a amené nourriture, nourrisson et pourriture.

2° La contrefinale reste lorsqu’elle est suivie d’un groupe de consonnes: peregrinum > pèlerin ; calumniare > vfr. chalengier (ci. angl. challenge; la seconde forme chalongier semble avoir été influencée par chalonge (< calümniat et calümnia); *corruptiare > vfr. correcier, d’où courcer (II2, § 18), qui existait encore au XVIe siècle (la forme courroucer est refaite sur courroux ); *suspectionem > vfr. sospecon, d’où soupçon (§ 291).

3° Quand la contrefinale se trouve devant une consonne suivie d’un yod, il y a hésitation. Parfois elle se conserve sous la forme d’i: campinionem> champignon ; *quatrinionem > vfr. carignon, d’où carillon; Avenionem > Avignon; Sabiniacum > Savigny; pavillon a remplacé paveillon < papïlionem. Parfois elle disparaît: Nobiliacum > Neuilly; *juveniorum > vfr. joignor; materiamen > merrain.

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